Apocalypse-Café, Paris Berlin Années 20

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Apocalypse-Café, Paris-Berlin Années 20, conception d’Hélène Delavault, arrangements de Cyrille Lehn

 Les années 20, dites années folles cela fait déjà  un siècle ou presque! Un autre monde, celui d’une France et d’une Allemagne accablées par une guerre à la baionnette mais aussi moderne avec déjà des avions et le trop fameux gaz moutarde soit au total des millions de morts mais aussi des mutilés, des veuves et d’orphelins souvent très pauvres.  Comme un suicide  sur fond d’horreur absolue, et ensuite de désillusion.

On se mit donc à rêver d’un monde nouveau ; le jazz arrive, et Dada, avec le fameux manifeste de  Tristan Tzara, le surréalisme, l’art déco, Montparnasse avec Scott Fitzgerald, Henry Miller, et Ernest Hemingway  qui habita quelques années rue Notre-Dame des Champs, et achetait ses formages de chèvre à une vieille dame qui les élevait  à la périphérie mais aussi des peintres comme entre autres Chaïm Soutine, Amedeo Modigliani, Marc Chagall. Et  Montmartre qui était encore à l’époque un quartier excentré, un peu campagnard, voit se développer nombre de petits cafés-cabarets, avec des chanteurs populaires comme Fréhel, Damia, Georgius, Dranem, Marie Dubas.

A Berlin, même chose dans des cabarets de plus en plus nombreux, dont l’un dirigé par le grand metteur en scène Max Reinhardt mais sans doute avec des chansons plus radicales, plus politiquement engagées sans doute,sur des musiques de Hollaender, Heyman et des auteurs comme Walter Mehring, Kurt Tucholsky que l’on connaît un peu en France.
Hélène Delavault avait déjà il y a quelques années, déjà chanté le cabaret des années vingt-trente avec Les Rues de la nuit. « Dans le spectacle que je conçois, dit-elle, on mettra en parallèle, chansons françaises et allemandes de la même période sur les mêmes thèmes (l’argent, le sexe, la politique…) mis en résonance avec des extraits de chroniques de Die Weltbüne aussi drôles parfois que tristement poétiques, derniers échos de ce monde d’hier et des articles du Canard enchaîné de la même époque, dont l’impertinence n’a d’égale que celle de notre Canard contemporain ».

Et sur scène, cela donne quoi ? D’abord la joie de retrouver celle qui fut la Carmen de Peter Brook et qui créa nombre de spectacles souvent inspirés par le cabaret, avec une voix capable de chanter aussi bien des compositeurs classiques (Franz Schubert, Jacques Offenbach) que contemporains (Georges Aperghis, etc.). Un piano à queue, une table de café et deux chaises, des micros sur pied et des objets iconiques sans doute comme une tête de cochon, une médaille avec ruban, etc. suspendus sur fond de rideaux noirs. Donc une scénographie qui évoque autant le concert classique que le cabaret, et un costume, une grande robe noire très décolletée assez laide, et des habits pour le pianiste et compositeur Cyrille Lehn et le baryton Romain Dayez.

Ils chantent magnifiquement, entre autres, La Tranchée d’H. Eisler et K. Tuchoslky, mais Un agent courait de Giorgus, le fameux Duo des terres et des cochons dans Ta Bouche d’Albert Willemetz et Maurice Yvain. Hélène Delavault dit aussi quelques extraits d’articles du Canard enchaîné comme cet incroyable torrent de violentes injures à l’Assemblée Nationale, entre Aristide Briand et Léon Daudet, mais aussi des chroniques de Kurt Tucholsky pour Die Welt.

Une série de chansons et textes souvent agréables à entendre… malgré une mise en scène statique, aux abonnés absents. Cette dernière représentation, sans beaucoup de rythme, n’était sans doute pas la meilleure et Hélène Delavault avait une diction parfois approximative, et la balance était très mal réglée. Pourquoi des micros dans une aussi petite salle, et un piano sonorisé dont le son couvrait souvent les paroles des chansons de ce spectacle d’une heure vingt-qui hésite entre le récital lyrique un peu bcbg et un véritable cabaret-et qui tiendrait plutôt du récital lyrique.

Il y aurait de toute façon  fallu une véritable mise en scène comme celle qu’aurait pu imaginer le regretté Jérôme Savary, lui aussi fasciné par cette époque. Dommage ! On ressort de là donc un peu déçu, malgré encore une fois la grande qualité de ses interprètes.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la Maison de la Culture d’Amiens le 7 février.

 

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