Abigail’s party de Mike Leigh

 Abigail’s party de Mike Leigh, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène de Thierry Harcourt

Ambiance musicale d’époque pour cette tragi-comédie qui, dès sa création à Londres en 1977, rencontra le succès… Un couple, Peter et Beverly reçoit quelques amis, et, en même temps, Abigail, une adolescente, fille de Susan, leur voisine divorcée, organise une fête. Tant qu’à faire, faisons du bruit au même moment, pour éviter les ennuis !  Jeunes d’un côté, et adultes (pas encore vieux) de l’autre, dans le salon avec bar du pavillon de Peter et Beverly. La soirée donnée par Abigail, juste évoquée par le son lointain de la musique et des rires reste pour ces jeunes une chasse gardée, un monde à part avec ses codes, secrets, joies et chagrins.

Pour Peter, Beverly et Susan mais aussi pour l’autre couple invité, Antony et Angela, pourtant un peu plus jeune et qui vient d’emménager, ce monde est celui des souvenirs et de la nostalgie, pour ne pas dire des frustrations. Et c’est ici l’occasion d’une mise à nu des personnages… Le dramaturge (74 ans) et cinéaste (Palmes d’or et Oscars  pour Secrets et mensonges, Naked, Turner), entrelace ici avec brio, farce et drame tragique. Avec  Ken Loach et les frères Dardenne, il a renouvelé un certain cinéma social.

Thierry Harcourt a su rendre sensible cette tension entre rires et larmes qui parcourt la pièce et a fait un bon choix  parmi les musiques de l’époque. «De Demis Roussos à Earth Wind and Fire, l’esprit «party » est de rigueur, dit le metteur en scène; alcool à l’appui, les langues se délient, les couples partagent peut-être trop en public leur intimité. » Dans cette pièce où la parole qui ne veut rien dire, mène la danse, l’auteur porte un regard amer et sans concession sur la société de consommation des années 70, toujours présente aujourd’hui dans le monde occidental.

Décor, costumes et musiques sont ici des reproductions pur jus de cette période réputée socialement heureuse: ce choix  aide à préserver la profondeur dramatique et le comique de la pièce. On se dit, en sortant, que rien n’a vraiment changé et, qu’au contraire, tout s’est accentué. Seule nouveauté aujourd’hui: l’omniprésence des nouvelles technologies, autre tyrannie commerciale pour fuir le vide et la mort.

Les modes changent mais si les réseaux sociaux ont pris une place considérable, le fond demeure ! «Qui pouvait penser, dit Thierry Harcourt, qu’une invitation à un cocktail ferait vriller les choses à ce point? Nous sommes ici dans le triomphe du paraître, dans une grande hystérie collective d’exhibitionnisme fondé sur le vide. (…) La seule chose  différente aujourd’hui serait peut-être le sujet des conversations qui prendraient un tour plus politique ». 

Un moment de théâtre bien rythmé, mené sur le fil du rasoir par d’excellents comédiens… mais la ravissante Alexie Ribes enferme le personnage d’Angela dans un jeu caricatural et répétitif qui devient lassant. Un spectacle d’une grande actualité, cruel mais aussi très drôle…

 Elisabeth Naud

 Théâtre de Poche, 75 Boulevard du Montparnasse, 75006 Paris. T : 01 45 44 50 21

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Un commentaire

  1. Tristan Kopp dit :

    J’ai pu voir la version montée par Arthur Nauzyciel, créée à Boston en 2007 puis reprise en novembre 2013 au CDN d’Orléans (qu’il dirigeait alors). J’en garde d’excellents souvenirs. C’est un des spectacles qui ont le plus marqué mon expérience de spectateur.

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