Benjamin Walter texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

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Benjamin Walter texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

La critique pourrait bien être contaminée par la méthode même du spectacle : essais et erreurs, pistes trouvées et reperdues, fragments juxtaposés, révélations décevantes; nous essayerons de nous en tenir au récit d’une pièce consistant en récits interrompus,  puis retrouvés.
Un jeune homme part à la recherche d’un écrivain disparu et est prêt à sonner à sa porte, mais… non : un groupe d’acteurs s’apprête à écrire collectivement sur le plateau, l’histoire d’un jeune homme parti à la recherche d’un écrivain disparu… Non : un groupe d’acteurs renonce à un projet collectif sur un écrivain qui aurait renoncé à écrire… Non, restons-en à ce qui se passe sur le plateau.

On a dit réel ? Tout ici est réel, et insaisissable, comme le mystérieux Benjamin Walter. Et revoilà le récit. Il s’agit d’une enquête : troublé par un jeu de masques (ça commence par un bal masqué), Frédéric, joué successivement par différents comédiens-donc pas d’identification possible-part en quête d’indices, l’absence même d’indices étant le premier indice… Ils apparaissent là où on les attend le moins, mais, suivant un fil qui nous conduit de la Finlande au Danemark de Brecht et Walter Benjamin, de Berlin à Prague, de Prague en Bosnie, par des gares sans nom, postes de polices et autres frontières. Ces indices arrivent par SMS, mail ou autres moyens électroniques, au groupe d’acteurs toujours au travail, en l’absence productive de leur  chef. Ou encore par télépathie, avec les fantômes géants de Charles Baudelaire ou du 2666, le roman de Roberto Bolano dans sa fascinante plongée à la recherche de l’écrivain perdu.

Ce jeu de poupées russes a aussi un côté satirique : quelle compagnie de théâtre précaire, n’a pas connu un directeur de théâtre-producteur débordé qui se dérobe, une salle de répétition loin de tout et sans chauffage, ou des discussions sans fin, truffées de citations de Gilles Deleuze ou de Jean Baudrillard, cela joué devant nous en vraie grandeur ? En profondeur aussi dans ce théâtre en abyme mais aussi tricoté, tissé à l’infini, juxtaposant différentes temporalités, sons, images projetées, avec bien sûr, toujours là, les acteurs.

Qu’est-ce qui est réel ? De quoi sommes-nous faits ? De l’étoffe des rêves, William Shakespeare l’a dit. Mais, de quoi sont faits nos rêves ? De tout cela : images furtives (d’une vertigineuse beauté), textes, bribes de littérature, dont le montage donne une matière vivante, sans limite. Et induit une pensée philosophique: nous sommes structurés et destructurés, qu’on le veuille ou non, en rhizomes. L’être, perméable au monde, forme provisoire qui se défait en pixels quand on l’approche de trop près, n’a pas de limites…

Benjamin Walter est la seconde pièce de la trilogie de Frédéric Sonntag sur les identités incertaines, dont la troisième aura pour thème B.Traven, du nom d’un auteur à succès qui a réussi à échapper presque complètement à la notoriété! La première, George Kaplan,  (voir Le Théâtre du Blog) jouait déjà de façon étourdissante, sur une identité fuyante : « zadiste » ? Concept publicitaire? Nom de code d’un réseau secret de super-puissants? Ici, l’affaire prend une dimension nouvelle et cette écriture au scanner traverse toutes les couches de réalité et les rend visibles. L’emblème ? Cet être étrange inventé par Franz Kafka : Odradek, pelote de fils usés et hétéroclites qui vit de sa propre vie…

Scénographie, comme il se doit, très mobile qui se solidifie au cours du spectacle, avec un mur qui ressemble à celui des enquêtes policières des séries télévisées. Les acteurs sont justes dans leurs diverses fonctions, même au cours d’inutiles vraies-fausses interruptions du spectacle. On rit souvent et l’on suit l’affaire avec passion, l’intellect en éveil, jusqu’à ce que… Le tout étant logiquement et par définition, in-terminable (voir ci-dessus), cela devient… interminable. Trop long, ce spectacle de trois heures finit par s’embrouiller et se répéter  sans raison (car il y a eu d’heureuses répétitions) et perdre de son vertige dans la démonstration. Un entracte inutile-fatigue des comédiens ?-fige et appesantit le propos.

On peut être sévère avec un spectacle aussi passionnant : allez-y pourtant. Lestés de ces quelques reproches, vous serez, pour le reste, «déçus en bien», comme disent les Suisses.

Christine Friedel

Théâtre de la Cité Internationale, Boulevard Jourdan Paris XIVème jusqu’au 7 mars. T  01 43 13 50 60

Benjamin Walter et George Kaplan sont publiés aux Editions Théâtrales

 

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