Traversées du monde arabe: GaliléE

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Traversées du monde arabe :

 GaliléE, extraits de La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, traduction d’Eloi Recoing, adaptation de Frédéric Maragnani et Boutaïna El Fekkak, mise en scène de Frédéric Maragnani, (en français et en arabe)

 Pendant un mois, on pourra voir à Paris, une dizaine de spectacles constitués de regards croisés entre artistes du monde arabe et de la sphère occidentale: Syrie, Algérie, Maroc, Liban, Belgique, Québec, France, Roumanie… Du théâtre surtout mais aussi de la danse avec Fatmeh d’Ali Chahrour. Le chorégraphe libanais y aborde la condition des femmes, en revenant aux sources de l’imaginaire islamique et en puisant dans ses références culturelles anciennes et contemporaines « pour faire surgir le mouvement » (voir Le Théâtre du Blog) .

Un spectacle atypique, Kamyon de Michael De Cock, se déroule dans un semi-remorque garée place de la Réunion, dans le vingtième arrondissement : émouvant voyage clandestin raconté par une petite fille en exil. Créé à Istanbul, en turc, en juin 2015, il a ensuite sillonné l’Europe. Joué en slovène en Slovénie, en néerlandais en Belgique, et en français dans plusieurs villes de l’hexagone (voir Le Théâtre du Blog). Bien d’autres découvertes, assorties d’expositions de photos, et de rencontres; donneront à voir le travail d’artistes qui continuent à produire dans l’adversité et qui, transcendant les frontières, nous font voir autrement notre monde en plein bouleversement, …

 « GaliléE sera une femme, on partira de la femme que je suis, pour créer la fiction d’une chercheuse contemporaine, confie Boutaïna El Fekkak à qui le metteur en scène a confié le rôle-titre. La difficulté a été de dépasser les tics de l’actrice et d’aller du côté de la puissance d’une chercheuse politicienne, d’une femme tribun, tantôt lyrique tantôt froide. » La comédienne qu’on avait remarquée dans Elle brûle, mise en scène par Caroline Guiela Nguyen, transpose ici, avec naturel, le rôle d’un savant italien persécuté par l’Inquisition en celui d’une Marocaine, en but aux instances religieuses de son pays. Avec toute la distanciation que cela implique, on reçoit le message cinq sur cinq : la liberté d’opinion et d’expression reste à défendre aujourd’hui comme hier, pour ceux qui ne craignent pas la vérité. Et les femmes payent à présent un lourd tribu à cette lutte.

 L’adaptation de la pièce de Bertolt Brecht, conçue pour cinq comédiens, va droit au but. En une heure et demi, la vie de Galilée est bouclée. On est loin des trois heures de la récente mise en scène de Jean-François Sivadier avec Nicolas Bouchaud (voir Le Théâtre du Blog). On connaît l’histoire: mathématicien et physicien, Galilée construisit, en décembre 1609, un télescope grossissant vingt fois, avec lequel il découvrit les montagnes et les cratères de la lune. Il constata aussi que la voie lactée se compose d’étoiles et découvrit les quatre plus grands satellites de Jupiter. Fort de sa nouvelle réputation, il quitta Venise et l’université de Padoue pour la Cour de Florence, et consacra son temps à la recherche et à l’écriture.

En décembre 1610, il observa les phases de Vénus, ce qui entrait en contradiction avec l’astronomie de Ptolémée et qui le conforta dans sa préférence pour le système copernicien. il ébranla par ses découvertes les dogmes en cours, fondés sur Aristote et Ptolémée  mais il sera arrêté et forcé à se taire. Il abjure. «E pur si muove» (Et pourtant elle tourne), auront été ses derniers mots mais il continua à travailler en secret..

 Ici, on ne s’attarde pas dans les méandres des disputes physiques et métaphysiques ni sur la complexité du personnage, sur ses états d’âme quand il se soumet. On reste sur des faits, rien que des faits. Le personnage apparaît comme un pédagogue. Et l’auteur allemand n’a pas lésiné sur les explications et les démonstrations de Galilée, pour exposer ses découvertes. Ici, un ballon, une balle et une cuillère suffisent au scientifique à enseigner exposer ses théories à son assistant Andrea. Ce personnage, joué par Joseph Bourillon, seul Français de la distribution, concentre les rôles de tous les défenseurs du savant.

Les comédiens, ponctuent leurs interventions de mots arabes, et donnent  ainsi une tonalité particulière à la pièce, sans toutefois parvenir, dans l’ensemble, à nous convaincre, malgré l’efficacité de l’adaptation et de la scénographie réduite à quelques accessoires. Mais il faut replacer GaliléE dans son contexte : conçu sous l’égide de L’Institut Français de Marrakech comme un spectacle tout terrain, destiné à tourner au Maroc, il a la simplicité d’un théâtre d’intervention, direct et sans fioritures. Confier le rôle a une femme était aussi une gageure… réussie. Les lycéens qui assistaient en nombre à la représentation ont pu aborder une pièce de Bertolt Brecht dans une version simplifiée, sans que soient sacrifiées sa structure narrative et didactique, ni ses vertus pédagogiques. Ils en retiendront peut-être la leçon…

 Mireille Davidovici

 Le Tarmac 159 avenue Gambetta 75020 Paris T : 01 43 64 80 80, jusqu’au 25 février et

Traversées du monde arabe du 21 février au 31 mars.

www.letarmac.fr

 

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