Je n’ai pas peur, d’après le roman de Niccolò Ammaniti

 

Je n’ai pas peur, d’après le roman de Niccolò Ammaniti, adaptation et mise en scène de Martial Anton et Daniel C. Funes. Cie Tro-Héol.

©Pascal Pérennec

©Pascal Pérennec

Accents italiens chantants, joie de vivre les longues vacances estivales qui ne semblent guère finir, courses libres dans les champs ensoleillés loin des parents occupés par leurs soucis d’adultes,  deux enfants, Michele et Maria, ont maille à partir avec leur propre équipée. Cette petite sœur ne le lâche pas d’une semelle son frère aîné qui se demande:«Comment gagner dans ces conditions la course avec les copains et copines du village ?» Ce garçon vif, adroit et souvent vainqueur, a dû cette fois-ci faire machine arrière pour retrouver Maria qui avait chuté et cassé ses lunettes !      

Ce ragazzo n’est donc arrivé qu’avant-dernier! Mais il récupère les gages du dernier arrivé, une petite fille dont tous se moquent avec méchanceté. Michele veut instinctivement la sauver des désirs scabreux auxquels les plus durs à cuire des gamins voudraient la soumettre, et il a tendance à avoir de la gentillesse et de l’empathie… qui le perdront dans un monde cruel qui n’écoute pas les âmes en peine et se moque des fragilités de chacun, d’autant que les familles du  village sont loin de vivre dans l’opulence. De fil en aiguille, Michele, parti explorer après avoir reçu un gage une maison abandonnée qui fait peur, il y découvre, par hasard, une trappe qui le mène à un autre enfant de son âge, Philippo, enlevé par la maffia et abandonné là. Nous ne dévoilerons pas l’histoire où sont impliqués les parents de Michele! Bref, une sale affaire.

Dilemme cornélien: choisir l’honneur clanesque dû aux siens et se taire, ou bien sauver l’innocent, un autre soi-même, et agir alors en garçon qui a foi en l’humain ? Une réalité dure et sèche comme le soleil qui n’épargne personne en Italie du Sud. Dans la maison ombragée, la mère repasse, au son festif des chansons populaires, en attendant son époux qui a affaire avec un certain Sergio… peu recommandable.

Le travail de Martial Anton et Daniel C. Funes, adaptateurs, metteurs en scène et scénographes est absolument inventif, et joue de la gouaille italienne et d’un parler populaire à couper au couteau, moqueur, ironique et cru parfois. Les personnages vivent libres et gais, malgré une relative pauvreté. Et ces interprètes passionnés manipulent des marionnettes émouvantes de vérité, de douceur mais aussi parfois d’âcreté.

L’enfance avec ses couleurs et ses ombres est ici, comme mise à nu, avec ces poupées énergiques, offertes au regard du public émerveillé par tant de vitalité. Frédéric Rebiere, Daniel C. Funes et Isabelle Martinez coulent leur être et leur parole dans ces petits personnages que sont le père, la mère, le fils, la fille, les méchants camarades et intrus, comme ce vieux Sergio ambigu.

Quelques planches de bois en forme de trapèze se balancent dans les airs, que  des poulies hissent ou rabaissent. On assiste ainsi à une course essoufflée sur la colline, à une chute dans une trappe insoupçonnée, et à des moments au-dessus du vide de ces jeunes en pleine croissance. Quant aux parents, à la fois chaleureux  et durs, ils aiment leurs enfants d’un amour presque animal. Michele, narrateur de son aventure initiatique, sait les conséquences d’une expérience réservée à des adultes qu’il s’est réappropriée par hasard, en défendant malgré tout une profonde affinité avec les valeurs de l’existence.
Les enfants (à partir de dix ans) et  les enfants devenus adultes aujourd’hui, affrontent ici une vie de violence où se mêlent à la fois attrait et répulsion, amitié forte et carnage…

Véronique Hotte

Le spectacle a été joué au Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis 59 Boulevard Jules Guesde, 93200 Saint-Denis, du 22  au 24 février.

La Garance, Scène nationale de Cavaillon, les 7 et 8 mars.Théâtre Massalia, Scène conventionnée, Marseille, les 10 et 11 mars. Théâtre des marionnettes de Genève, du 14 au 18 mars.

Maison des arts du Léman, Scène conventionnée, Thonon-les-Bains, les 22 et 23 mars. Le Trident, Scène nationale, Cherbourg, du 28 au 31 mars.

Théâtre Gérard Philipe, Scène conventionnée, Festival Geocondé, Frouard, les 23 et 24 avril. La Halle aux grains, Bayeux, les 26 et 27 avril. Théâtre de Duclair, le 28 avril. Les Champs de foire de Plabennec, le 30 avril.

Centre culturel du Bocage mayennais, Gorron, le 16 mai. Centre culturel d’Erdre et Gesvres, Grandchamps-des-Fontaines, du 18 au 20 mai. Théâtre des Bergeries, biennale des arts de la marionnette, Noisy-le-Sec, le 23 mai.

 Le  roman est publié aux éditions Grasset.

 

 


Autres articles

Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...