La Règle du Jeu, mise en scène de Christiane Jatahy

 

La Règle du Jeu, d’après le scénario de Jean Renoir, version scénique, réalisation et mise en scène de Christiane Jatahy

 

©AGATHE POUPENEY

©AGATHE POUPENEY

Cela commence par un film de vingt-six minutes, tourné entièrement dans les coulisses loges, etc. de la Comédie Française, place Colette. Après tout,  ce théâtre ressemble à un palais, et au somptueux hôtel particulier de Robert Le Chesnay. Invitée à la Maison de Molière, Christiane Jatahy  a trouvé le matériau idéal pour monter une comédie sociale d’après La Règle du jeu de Jean Renoir.

Une bande de gens riches et célèbres qui en font un peu trop dans les effusions d’un début de soirée, à moins que ce ne soient les comédiens du Français, excités comme des puces de jouer dans un film tourné dans les extérieurs de leur théâtre…. Après quoi, naturellement, ils s’emparent de la salle Richelieu et de son plateau.

For me, for me, formidable : ils lancent un karaoké avec Charles Aznavour. Plus tard, il y aura Paroles, Paroles de Dalida, et un piano plus ou moins bastringue, pas toujours gai. Les hauts et les bas d’une soirée : l’excitation monte, puis retombe et il y a des moments d’épuisement. Si l’on voulait résumer cette soirée, on citerait Marivaux,  Beaumarchais ou Musset, mais aussi Tchekhov. Il manque à cette société un médecin pour dire, comme à la fin du premier acte de La Mouette : « Comme tout le monde est nerveux ! Et que d’amour ! »

L’envers de cette légèreté un peu amère ? Une inquiétante chasse au lapin, sado-maso filmée dans les couloirs et la salle, en raccord avec le “direct“, audacieux défi pour adapter au théâtre, la fameuse séquence de la chasse. Ce sont les cuisines (filmées) étroites et fonctionnelles : à l’exception de Lisette, plus proche de sa patronne que de son mari jaloux, les domestiques, nous dirions plus pudiquement, le personnel, n’ont pas droit à une identité privée.

Marceau, un  braconnier, poursuivi par Schumacher, le garde-chasse, et immortalisé par Carette chez Jean Renoir,  illustre l’inconséquence de Robert La Chesnay qui l’a embauché par caprice et le renvoie par caprice, ce qu’on voit clairement dans le spectacle, bien que le personnage ne soit pas développé. Mais c’est  tout à fait clair… pour qui connaît le film : Marceau est ici transformé en vigile africain (un rôle pour Bakary Sangaré!)  L’adaptation est donc parfois entrée un peu au chausse-pied…

Peu importe et le plus intéressant : l’enfermement d’une société de l’entre-soi.  Nous savons comme ces riches peuvent se rendre inaccessibles, nous voyons comment la violence d’un simple vigile (Bakary Sangaré en Schumacher, époux frustré de Lisette), et la mort du « héros du jour » n’en troublent qu’un moment le mécanisme.

La vraie réussite de Christiane  Jatahy : avoir pris la Comédie-Française à bras le corps, comme un tout.  Du genre : chiche que le bâtiment me serve de décor et de terrain de jeu. Et je veux tout : la colonnade, les escaliers, la place, les balcons… Et pour mon film, la salle, les loges, la scène et ses découvertes, pour le théâtre vivant qui y fait irruption. Et je récupère aussi les costumes des précédents spectacles, pour le bal masqué du spectacle.

Des «effets de réel», un défi, secouent les acteurs et le public : tout le monde est content. Avec un sens précis du rythme ? Christiane Jatahy ménage des moments d’émotion, des attentes : qui ose aujourd’hui mettre en scène un vrai temps d’attente ? Chiche que les jouets de Robert (caméra ultra-légère sophistiquée…) fabriquent réellement devant nous,  et avec nous, ce qui se passe au cours de cette soirée ? Chiche encore : on  parie sur le jeu de la troupe, avec la distribution donnée au générique final projeté à l’écran.

Au second rang dans la loge d’avant-scène, on peut voir les visages déformés sur l’écran (effet d’art ?), les trois quarts de la scène, et le reste relayé  sur l’écran. Pas de quoi se plaindre. Et on peut aussi revoir le film…

Christine Friedel

Comédie-Française, salle Richelieu 1 Place Colette Paris 1er, en alternance jusqu’au 15 juin. T : 01 44 58 15 15

 

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Archive pour février, 2017

Rain chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker

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Rain chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker

 Quel bonheur de découvrir Rain, pour ceux qui ne l’ont pas vu en 2001, lors de sa création, ou à la reprise en 2011 à l’Opéra de Paris. Cette pièce mythique est  la troisième que la chorégraphe  a conçu sur une musique de Steve Reich. Après, en 1982, Fase, four movements to the music of Steve Reich, pour deux danseuses dont Anne Teresa  de Keersmaeker elle-même, et, en 1998, Drumming, sur une partition éponyme (1971).  Le compositeur américain fascine et l’inspire, tout comme Trisha Brown ou Lucinda Childs et plus que Merce Cunningham dont la jeune Flamande de vingt ans, après la Mudra School de Maurice  Béjart,  avait suivi les cours, en 1980, à la New York University.

Music for 18 musicians (1976), avec ses grandes vagues sonores et subtiles variations, déverse ses ritournelles tantôt lascives, tantôt rythmées, envahissantes. À ce tsunami, Anne Teresa De Keersmaeker répond avec la même énergie vibrante et virevoltante, sans qu’on puisse déterminer qui, de la danse ou de la musique, épouse l’autre. Un mariage réussi.

Les dix interprètes se déploient en une infinie cavalcade sur un espace marqué au sol par des traits de couleurs et cerné par un long rideau de cordes blanc nacre, semi-circulaire, figurant la pluie. Ils forment des rondes, des lignes droites ou diagonales, et un ou deux  danseurs se livrent à des figures solitaires avant d’être réabsorbés par le groupe. Mouvements qui pourraient sembler erratiques, mais obéissant en fait à de savantes combinatoires où alternent chorus, solos, duos, trios…  Ils tracent droites, courbes ou diagonales, avec spirales, sauts, chutes, rebonds…

Dans les premières minutes les danseurs évoluent à distance les uns des autres, puis quelques complicités s’établissent et, quand approche la fin du ballet, dans une lumière plus intime, des pas de deux ou trois s’esquissent, avec roulades et portés compliqués…
Les trois hommes se livrent à des démonstrations musclées et, en contrepoint, les sept femmes dansent avec grâce et légèreté. Parfois, quelques danseurs s’esquivent en coulisses pour se changer. Car tout joue sur l’harmonie, jusqu’aux  costumes : d’abord beiges avec quelques touches de rosé, ils auront bientôt des dominantes de rose fuchsia, pour finir avec des teintes nacrées et mordorées.

Nous sommes submergés par les volutes de la musique, nos regards ne savent plus où se porter tant les figures se multiplient sur tous les points du plateau. Il ne faut pas chercher de narration dans cette danse purement abstraite mais on peut lire dans les derniers corps à corps, des fragments d’émotion et d’intimité que la pluie n’a pas tout à fait balayés.

Une soirée inoubliable où la danse s’affirme ici avec toute sa beauté, sans afféterie.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy le 13 février.

Teatro Central – Seville, les 17 et 18 février.  CC de Belém-Lisbonne, les 22 et 23. février .

 Et le 1er mars, Théâtre de la Ville de Luxembourg – Luxembourg ;  le 3 mars, Scène Nationale d’Orléans; du 8 au 10 mars  30CC/Schouwburg, STUK & 30CC (Dubbeldans) – Leuven, Belgique ; le 14 mars, Charleroi Danses & PBA;  les 19 et 20 mars,  Les Treize Arches  à Brive-la-Gaillarde ;  du 21 au 23 mars MC2 Grenoble ;  le 25 mars,  L’Equinoxe de Chateauroux ; les 28 et 29 mars, L’Onde Vélizy-Villacoublay; 31 mars Théâtre de l’agora,  Evry .

Du 4 au 6 mai, Théâtre  Maisonneuve, Montréal; les 13 et 14 juin, Sadler’s Wells , Londres.

Goebbels’ Lesson de Rhea Leman

©cg

©cg

 

Goebbels’ Lesson, texte et mise en scène de Rhea Leman

 

Quand on entre dans  la salle, un choc : une armoire, un bureau et derrière, une grande toile avec une grande croix gammée qui procure un réel dégoût ! Difficile, en attendant le début du spectacle, de la regarder en face. Dans un fracas d’explosions et rafales de tirs, un homme s’extrait de cette toile de fond. Uniforme ajusté avec boutons lustrés, croix gammée en brassard, Goebbels est face à nous. Le temps semble s’être arrêté et on retrouve ici l’un des plus influents dirigeants du troisième Reich.

Comme tout droit sorti d’un cauchemar, il nous parle depuis un bunker souterrain de  Berlin. Proche d’Adolf Hitler,  avec Herman Goering et Henrich Himmler il fut l’un des responsables les plus puissants et influents du Troisième Reich. Antisémite et antichrétien, il joua un rôle essentiel dans les persécutions contre les Juifs allemands, notamment en déclenchant la trop fameuse nuit de cristal! Après le suicide d’Hitler, il  se donna la mort à Berlin le 1er mai 1945, afin d’échapper à tout jugement, avec son épouse Magda qui, auparavant, empoisonna leurs enfants au cyanure.

Il nous montre ici, après avoir vanté les mérites du troisième Reich, les portraits de ces enfants dont les prénoms débutent tous par le H du salut Heil Führer. Après le complot du 20 juillet 1944 contre Hitler, ce salut était devenu obligatoire à tous les rassemblements militaires. Mais, effet comique dans plusieurs films, dont Le Dictateur de Charlie Chaplin ou To be or not to be d’Ernst Lubitsch, il est ici une réalité historique.

Goebbels, boitant, s’adresse aux jeunes qui composent la majeure partie du public; il veut relancer une émission de radio Salut les jeunes, les harangue et leur demande de se lever, de faire un peu d’exercice : remuer les épaules, détendre le cou, lever un bras puis l’autre. Et ceux qui se sont prêtés au jeu, font alors sans s’en rendre compte, le salut nazi et un collégien se voit même confier la garde du drapeau! En France, ce salut est considéré comme une incitation à la haine raciale et/ou une apologie d’une organisation criminelle, donc comme une infraction répréhensible. Une partie de la salle est plongée dans l’effroi…

Le spectacle s’appuie sur la manipulation des masses et semble nous rejouer l’Histoire. Sans aucun artifice, il nous détaille ici les méthodes du Troisième Reich… proches de certains programmes électoraux qui fleurissent aujourd’hui. En jouant sur la prise à partie d’une personne et sur le groupe, il est assez facile de faire faire presque n’importe quoi à quelqu’un. Bien sûr, cela marche encore mieux au théâtre,  surtout avec un public de scolaires. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement!

Ina-Miriam Rosenbaum incarne très bien Goebbels ; elle lui donne la juste et nécessaire dose de burlesque pour en faire un véritable personnage théâtral, et on ne peut s’empêcher de penser à Charlie Chaplin jouant Le Dictateur. Elle déclenche chez nous des rires nerveux ou coupables qui nous empêchent de plonger dans la seule détestation. Belle prouesse d’actrice, et finement dosée. Après le spectacle, l’actrice a précisé qu’au moment où Rhea Leman, dramaturge et metteuse en scène danoise, lui avait proposé le rôle, elle avait d’abord refusé. Après réflexion, elle avait trouvé, dit-elle, que, comme femme et juive elle pouvait mettre assez de distance pour incarner ce personnage et faire ainsi œuvre de pédagogie.

Rhea Leman a trouvé le bon positionnement et ce spectacle coup de poing nous saisit mais fonctionne chaque fois de façon différente, selon la réponse du public. Bravo à Nova Villa qui l’a programmé dans le cadre de Reims/Scènes d’Europe. Goebbels’ Lesson laissera sans doute une trace chez les jeunes qui l’ont vu. Un directeur de théâtre allemand pour jeune public a souhaité programmer le spectacle mais, dans son pays où la blessure n’est pas refermée, il est interdit de faire manipuler des symboles nazis à un public. Ce spectacle danois y aurait aussi pourtant sa place…

Julien Barsan

Spectacle vu au festival Reims/Scènes d’Europe.

 

D’autres vies que la mienne

©Annabelle Jouchoux

©Annabelle Jouchoux

D’autres vies que la mienne d’après le roman d’Emmanuel Carrère, mise en scène de Tatiana Werner

On se souvient de L’Adversaire, un autre texte d’Emmanuel Carrère, créé  l’an dernier  dans ce même lieu qui avait pour thème l’histoire de Jean-Claude Romand, 39 ans, qui, en 1993, avait tué femme, enfants, et parents puis avait essayé, en vain, de se suicider. L’enquête avait révélé qu’il n’était pas médecin et Jean-Claude Romand et qui se faisait passer pour un brillant chercheur à l’OMS à Genève, comme il le prétendait depuis dix-huit ans et qu’il ne faisait rien de ses journées. Sentant que sa supercherie allait être découverte, il avait préféré assassiner  sauvagement toute sa famille dont il ne pouvait plus supporter le regard. Il fut condamné en 1996, à une peine de sureté incompressible de vingt-deux ans.Il a maintenant 63 ans.

 Ici, comme dans L’Adversaire et Un roman russe, Emmanuel Carrère écrit à la première personne et se met lui-même en scène. Le récit débute au Sri Lanka où il passe ses vacances avec sa compagne Hélène, son fils Jean-Baptiste et le fils d’Hélène, Rodrigue. Mais  un tsunami dévaste  le Sri Lanka en 2004.Et une  famille française en vacances perd elle Juliette leur fille, emportée par la vague.  L’auteur avait fait connaissance avec cette famille, raconte leur vie et à son retour à Paris, va être confronté à la mort de sa belle-sœur Juliette, mariée et mère de trois filles atteinte d’un cancer. Il va faire le récit de son agonie. La famille ira voir son ami et ancien collègue à elle qui va raconter son métier de juge, devenu unijambiste à la suite d’un cancer lui ayant fait perdre une jambe.  Ils ont été ensemble juges dans un tribunal d’instance  où ils s’occupaient de familles surendettées.

Ici, c’est un solo déchirant, peuplé de nombreux cadavres. D’abord avec ce voyage au Sri Lanka d’un couple qui avait envisagé de se séparer. À la plage, un temps radieux, puis tout d’un coup, une vague immense! Un tsunami submerge les enfants qui jouaient joyeusement; ce couple part dans une quête éperdue à la recherche de leur fille; ce tsunami avait fait 4.300 morts au Sri Lanka,  et. 10000 morts en Indonésie. Ils finissant par retrouver leur enfant en robe rouge,  qu’ils vont faire incinérer à Colombo.

Puis, nous assistons à la belle rencontre professionnelle entre ce juge devenu unijambiste et sa collègue qui formaient un couple de travail efficace. David Nathanson, seul en scène, incarne tous ces personnages avec un belle vivacité, sur un plateau nu, où il y a juste un canapé et un pupitre. On ne décroche pas une seconde…

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de la Reine Blanche, Paris, le 8 février. T: 01 40 05 06 96.

Le Nouveau monde, une histoire générale et poétique

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Deuxième biennale des Arts du Cirque de Marseille Creac Archaos :

Le Nouveau monde, une histoire générale et poétique de Gilles Cailleau

 

Gilles Cailleau avec sa compagnie Attention Fragile, a été en résidence à Gap puis à la Gare Franche  à Marseille, lieu fondé en 2001 par le merveilleux Wladyslaw Znorko, disparu il y a déjà trois ans (voir Le Théâtre du Blog). Il y a aussi présenté un ancien spectacle Gilles et Bérénice et y  répété Le Nouveau Monde, qu’il vient de créer à l’Ecole fragile, un lieu d’enseignement des techniques circassiennes (cela fera plaisir à M. Laurent Wauquiez!!!) à La Valette-du-Var, avec un beau chapiteau, et tout autour, des caravanes pour une dizaine de personnes (cuisine/salle à manger, chambres et douche). Rien de luxueux mais un outil simple et efficace…

Gilles Cailleau élabore une histoire générale et poétique du XXIe siècle, dans une  sorte de voyage poétique très personnel, pour dire à la fois le monde actuel et imaginer le suivant. Comme à tout le monde, cela lui fait sans doute fait toujours un peu drôle, quand on dit : «Au siècle dernier », et qu’on évoque des événements situés, au maximum, il y a une quinzaine d’années… Mais ainsi va la vie!

«C’est, dit-il, un spectacle d’enfant qui ne comprend pas le monde et joue à la poupée pour essayer de se dépatouiller de ce qui lui tombe dessus. Il joue aux marionnettes, aux petits avions, il fabrique des bateaux en papier. Il cloue des planches, il les attache avec des ficelles, il joue avec des couteaux, il se déguise, il essaye, il tombe, il réessaye, il fait des échasses, il fait de la magie, il veut épater ses parents, ses copains, ses copines. Il fait semblant d’être mort, d’être un héros, d’être une star, il aime les berceuses, danser, chanter à tue-tête, c’est un garçon il aime les drapeaux, compter, écrire des poésies. Quand il tombe devant les autres il est vexé comme un pou, des fois aussi, il s’en fout. »

A mi-chemin entre entre le cirque avec sa piste et son chapiteau qui imposent d’autres règles de mise en scène à cet acrobate devenu aussi acteur, qui dit justement devoir trouver un autre langage que celui habituel du théâtre pour donner corps à ses inquiétudes métaphysiques  devant le monde compliqué où il n’a pas d’autre choix que de vivre avec ses petites illusions mais aussi avec ses petites richesses personnelles. Allez, on va encore vous ressortir ces vers  fameux de l’immense Eschyle: «Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte car la richesse est vaine chez les morts », règle que Gilles Cailleau semble s’être imposée, quand il s’agit pour lui de dire le monde dans un cirque.

Il parle longuement de la planète qui suffoque à cause de la folie des hommes qui mangent trop, qui veulent toujours plus de plaisir immédiat, qui voyagent trop en avion, au mépris de la Nature qui n’en peut plus de leurs déchets. Il accuse aussi l’Occident de n’être pas lucide, alors qu’il commence à payer-et cher-la dette qu’il a contractée depuis longtemps avec les pays pauvres. Gilles Cailleau raconte notre époque à sa manière. Il jette horizontalement de très longs couteaux, se coupe en deux avec une scie musicale, puis fait écrouler les deux trop fameuses tours new yorkaises, de façon la plus poétique qui soit et réussit-on se demande encore comment-à se maintenir en équilibre un moment sur une des deux piles faites de feuilles de contre-plaqué; deux avions de papier se mettent alors à vriller en flammes.

Images à la fois toutes simples, presque « naïves »  mais,  cela se sent, longuement concoctées, brillantes d’intelligence et de sensibilité.   Il  y a aussi toute une longue mais fabuleuse installation entre deux chaises,  d’une mince planche qu’il peint en bleu pour figurer la mer et où il installe, avec l’aide d‘une jeune spectatrice, des marionnettes à gaine, figurant des gendarmes qui surveillent les côtes où va venir s’échouer un petit bateau chargé d’autres marionnettes, des  migrants,  qui va flamber. Il va lui-même aller d’un côté à l’autre de cette planche en pin souple mais prête à craquer. Image qui va servir de caisse de résonance à la première. Le tout dans une vague de brouhaha insupportable, comme l’est la situation de ces désespérés. Il dit aussi, à la fin, avec un mégaphone, toute l’instabilité du monde sur des chaises empilées, coiffé d’une dérisoire couronne royale en carton pour nous inviter à inventer la fin du siècle.

Ce «déséquilibriste» comme il se nomme joliment lui-même, qui est surtout un faiseur de déséquilibre physique, a une belle approche clownesque et donc philosophique des événements qui façonnent notre monde. On repense aux mots fameux de Léonard de Vinci : « La pittura é cosa mentale ». Il prépare longuement ses images de toute beauté avec le public, ne craint pas les ratés ou les approximations : avec lui, c’est à prendre ou à laisser. Nous, on prend… mais le spectacle encore un peu brut de décoffrage-ces deux heures patinent sur la fin et Gilles Cailleau parle trop-devrait être absolument resserré et  le  metteur en scène aurait pu épargner à  l’interprète, une fausse fin, après cette merveilleuse image quand il perché sur les chaises empilées; elle  précède une participation, sans grand intérêt, des spectateurs auxquels il demande de s’armer de leur téléphone portable/émetteur de lumière.  Malgré ces réserves, cette histoire générale poétique, aussi inquiétante que forcément inachevée du XXI ème siècle, avec toute sa fragilité et ses moyens dérisoires, loin des micros HF, loin aussi d’inutiles et encombrantes vidéos, et/ou de scénographies compliquées, a quelque chose d’aussi merveilleux qu’indispensable.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 4 février au Pôle Jeune Public-Scène conventionnée. École Fragile, 1140 avenue Pablo Picasso, La Valette-du-Var. T. : 06 17 45 84 59.

Festival village de cirque, Paris du 6 au 25 octobre. Théâtre d’Arles scène conventionnée, Festival Les Indisplinés du 23 au 29 octobre. Théâtre de Grasse du 3 au 5 novembre et du 9 au 12 novembre.

Les Cahiers de l’Égaré éditeront le texte avec un cahier photos en juin prochain.

 

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Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié

Moooooooonstres, conception de Laurent Fraunié, regard extérieur d’Harry Holtzman et Babette Masson

 

 Sébastien Lefebvre

©Sébastien Lefebvre

Laurent Fraunié a fondé le collectif Label Brut, avec Babette Masson et Harry Holtzman, après une collaboration avec Philippe Genty et le Nada Théâtre. Moooooooonstres avait été créé en avril 2012 et présenté en France et à l’étranger.  Aucun problème de traduction avec ce spectacle pour tout petits enfants puisque muet…

Armé d’un questionnaire et d’un micro, Laurent Fraunié avait d’abord, mené une enquête dans plusieurs écoles primaires du pays de Château-Gontier en Mayenne et de Paris, pour recueillir les documents nécessaires à la création de la bande-son du spectacle: «Soudainement éclairé par le paradoxe de l’œuf et de la poule et après diverses rencontres avec des enfants, et leurs réponses à une série de questions philosophiques et existentielles sur les monstres, la vie, la mort… Je suis arrivé à me poser une question qui va occuper mes insomnies de l’automne et de l’hiver, à savoir : qui, du monstre ou de la peur, est arrivé en premier ?»

 Le lit, élément essentiel de la scénographie imaginée par Grégoire Faucheux était installé dans une salle de classe vide, où, chaque jour, les élèves étaient invités à assister à une étape de la journée où on voit, dans son lit, Laurent Fraunié garder sa veilleuse allumée pour prévenir les cauchemars…. « Le jour, dit-il, s’éloigne dangereusement dans la solitude du lit… Mais le dormeur tombe dans une somnolence. Son drôle de corps dans son drôle de lit est le théâtre d’une sarabande d’apparitions fugaces, de fantômes et d’ectoplasmes…De quoi vous mettre la tête à l’envers…Et découvrir le plaisir de se faire peur et de manipuler les monstres. C’est parfois très utile un monstre. Mais à quel prix trouver le sommeil ? L’abandon ou le traité de paix ? »

Le polochon va se révolter, l’édredon engloutir le dormeur  et toutes sortes de monstres moelleux le réveiller. Il saute, tombe du lit et tente d’y remonter à force d’acrobaties. Ce solo tendre  de quarante cinq minutes fait éclater de rire les très jeunes enfants qui peuvent y reconnaître leurs terreurs nocturnes. Une habile manipulation acrobatique dans ce lit, tremplin de tous les rêves…

 Edith Rappoport

 Théâtre Paris-Villette samedi 11 février à 17 h, et  dimanche 12 à 11 h. T : 01 40 03 72 23
 resa@theatre-paris-villette.fr

En tournée à Figeac, Franconville, Mézidon Canon, Saumur, Cognac,Marcheprime, Maisons-Alfort, Limoges.

 

Le Garçon incassable

 ©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Le Garçon incassable, texte de Florence Seyvos, adaptation et mise en scène de Laurent Vacher

 Dès trois ans, Buster Keaton (1895-1966)  joue au music-hall, dans un numéro de ses parents saltimbanques ; la mère joue du saxophone et le père fait de son fils, un projectile qu’il lance dans la salle ou dans les coulisses! Pince-sans-rire, humour et burlesque à froid, regard triste et expression figée, le grand acteur maîtrise l’art du gag et provoque le rire immédiat.  Au lieu en effet de commercialiser ses talents burlesques dans une revue célèbre de cabaret, Buster Keaton réalise avec grand talent, de courts métrages, et crée un duo accompagné de gags et tours de magie avec, entre autres, Fatty Roscoe Arbuckle.

 Passer de l’autre côté de la caméra va le fasciner:  il devient ainsi le metteur en scène qui déplace les rôles et les choses pour réinventer un autre monde, dans un cinéma pas encore parlant. Buster Keaton, créateur de gags et de trouvailles inouïes, artisan de son cinéma au temps du muet, incarne son propre personnage, mélancolique et passionné. Concentré sur son art, il s’interdit naturellement de rire, et même de sourire. Laurent Vacher fait défiler sur un écran, à la façon artisanale d’antan, des images Steamboat Bill junior (1928) un film muet, de et avec Buster Keaton. Une histoire de père et de fils, l’un déçu par les choix personnels du second, soit l’illustration de liens d’amour et de haine, d’attachement et de rejet.

 Florence Seyvos propose une mise en perspective de personnages qui n’ont rien de commun, sinon un décalage, une certaine marginalité et une différence par rapport à la norme : un demi-frère, Henri, pas comme les autres et atteint en effet d’une déficience physique et mentale, et Buster, à l’aura étrange et singulière, inclassable et non «récupérable». Tous deux, hors du temps et du monde, fixés sur leur vision intérieure, dégagent une étrange impression de force et d’insoumission, face à la détermination de leur père ; l’un veut gagner la célébrité de la scène, et l’autre, la normalité, conquêtes dont ces pères font leur gloire personnelle implicite.

 Pour Buster, supporter les coups et les chutes, les leçons ardues à l’école, et pour Henri, les séances de kiné qui font mal : «Il faut casser les enfants » pour leur bien. Odja Lorca, joue avec élégance, le rôle de la narratrice qui relate et commente les situations de l’un et de l’autre garçon, et se glisse aussi dans d’autres  personnages. Cette actrice radieuse forme un trio enthousiaste avec, paradoxalement cocasses et sérieux, étranges et illuminés, Martin Selze et le magicien-fakir Benoît Dattez, qui jouent tous les autres rôles. Le premier incarne, entre autres, le père de Buster et Arbuckle, un artiste de cabaret, et le second qui lui ressemble un peu, Buster Keaton. Ils dansent, amuseurs et amusés, chorégraphiés par Farid Berki, sur les notes joyeuses et mélancoliques d’un ukulélé : ils évoluent dans une grâce gestuelle,  et la clarté de la langue même de Florence Seyvos.

Le spectacle est empreint d’une poésie mélancolique-regrets de l’enfance disparue, avec ses sourires et rêves que le temps amenuise et aussi souvenirs du cinéma muet, à une époque de saltimbanques artisans. Avec des acteurs un peu fous, ivres de liberté et d’absolu, personnages beckettiens revenus de l’inouï et voulant encore en découdre, qui s’imposent sur la scèn et derrière l’écran de cinéma avec un beau théâtre d’ombres.

Même impression d’étonnement chez les gens « normaux » devant les « autres »…  Nous avons tous une fascination pour ce qui dépasse une vision trop rationnelle du monde : illusionnisme, magie,fakirisme, prestidigitation… Certains phénomènes restent inexplicables, du moins selon le cours ordinaire de la vie. Comment ne pas subir la séduction de ces mondes, autres et illisibles, qui n’en appartiennent pas moins au Cosmos, en le réintégrant davantage ? Le fakir, concentré et paisible, marche ainsi sur du verre, sans se blesser. Un spectacle enchanteur avec une tonalité enfantine et une vraie grâce portée sur les êtres et les choses…

 Véronique Hotte

Comédie de Béthune/Centre Dramatique national jusqu’au 10 février. T : 03 21 63 29 19.

Théâtre Ici & Là, les 15, 16, 17 mars 54790, Mancieulles. T:03 82 21 38 19. Office Municipal d’animation, le 24 mars, 55200 Commercy. T : 03 29 91 23 88. Le Nouveau Relax, les 28 et 29 mars, 52000 Chaumont. T : 03 25 01 68 80.

Le texte de Florence Zeyvos est publié aux éditons de l’Olivier.

 

 

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Charlotte Delbo, la vie retrouvée

Charlotte Delbo, la vie retrouvée, rencontre avec Ghislaine Dunant, lecture par Sophie Bourel

 

timthumb.php« C’est, écrivait Charlotte Delbo (1913-1985), parce que tu as tenu un jour encore, que tu reviendras, si un jour tu reviens. » Ghislaine Dunant, sa biographe, a travaillé sept ans à explorer la vie et l’œuvre de celle qui, revenue d’entre les morts, put ainsi témoigner. Elle a fouillé dans les archives nouvellement accessibles et recueilli des témoignages, mais ne s’est pas contentée de mettre en ordre sa documentation, elle est entrée en symbiose avec le texte imagé et rythmé de cette femme qui a su trouver les mots pour dire les camps de la mort et réparer les vivants : «J’ai rencontré dans les livres de Charlotte Delbo une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie, pour toucher l’âme, dit-elle. Le trou que faisait dans mon humanité la catastrophe d’Auschwitz, un écrivain me donnait le moyen de le raccommoder avec une œuvre qui en faisait le récit. Elle avait cherché la beauté de la langue dans le terrible des mots, ciselés en arrêtes coupantes.»

 Au cœur de cet ouvrage, prix Fémina 2016 de l’essai, la relation de Charlotte Delbo avec le théâtre et son mentor, Louis Jouvet. Tout au long de sa captivité, le théâtre et ses personnages l’habitent et l’aident à tenir: «Electre et moi seule, savons ce qu’est l’attente (…) Chaque minute était une victoire mais pour si peu d’entre nous (…).  Don Juan était là pour pester contre l’enfer (…) Antigone avait une grandeur qu’elle n’a jamais eu ailleurs…» Son premier livre fut édité dix-neuf ans après sa rédaction (1946) et les suivants trouvèrent leurs lecteurs encore plus tard. Cette biographie tente aussi d’en donner les raisons.

Depuis quelques années, on a mis en scène ses textes. Mais rares sont ceux qui ont trouvé, comme Ghislaine Dunant, le ton juste pour entrer dans la vie de cette résistante communiste qui, pendant l’Occupation, partit en mai 1941 avec Louis Jouvet et la troupe de l’Athénée pour une tournée en Amérique du Sud mais décida de rejoindre Georges Delbach son mari resté en France et d’entrer avec lui dans la Résistance clandestine. Mais elle sera arrêtée avec lui; il sera fusillé au mont Valérien en 1942, et elle, déportée à Ausch­witz puis à Ravensbrück jusqu’en avril 1945.

A travers sa propre écriture, la biographe nous transporte au cœur d’une œuvre magistrale restée trop longtemps confidentielle. Elle nous a transmis son enthousiasme, le temps de cette rencontre, soutenue par la lecture de Sophie Bourel. La Maison de la poésie de la Ville de Paris, lieu de création, de diffusion et de rencontres créé en 1983, consacré initialement à la poésie, s’avère, une fois encore, un lieu privilégié d’écoute et de transmission des textes contemporains.

Mireille Davidovici

Maison de la poésie, 157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris T : 01 44 54 53 00, le 7 février.

Charlotte Delbo, La vie retrouvée de Ghislaine Dunant, éditions Grasset, 2016
Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo, éditions de Minuit (1ère éd. : 1965.)  

 

J’ai 17 pour toujours, de Jacques Descorde

J’ai 17 pour toujours, texte et mise en scène de Jacques Descorde

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© photo simon gosselin

Cofondateur en 1989, du Théâtre des Docks à Boulogne-sur-Mer, il crée et met en scène des spectacles qui tournent dans la région Nord-Pas-de-Calais, dont J’aime pas l’été et Cut d’Emmanuelle Marie, et En Live, un spectacle écrit et joué par un groupe de 25 personnes en réinsertion. Il crée en 2005 entre autres, Kid-âme d’après des témoignages et interviews sur le thème de l’enfance, texte d’Emmanuelle Marie et Le Veilleur de nuit de Daniel Keene.
Il créera à Boulogne-sur-mer, Les Marathoniens, son premier texte, à partir de témoignage et paroles d’adolescents, Un thème que l’on retrouve ici, souvent traité dans le théâtre contemporain: le passage de l’enfance à l’adolescence.

Adèle et Stella sont de grandes copines de dix-sept ans qui se retrouvent sur le toit-terrasse d’un grand immeuble. Et Stella compte, hiver comme été et depuis deux ans, les fenêtres illuminées des autres immeubles d’en face dans un sorte d’exorcisme de la réalité quotidienne qui ne doit pas toujours être rose, depuis surtout, dit-elle, la mort de sa mère : «1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17. Jʼai 17 ans. Je suis née et je vis dans une ville plantée en bord de mer dans le nord de la France. Là où certains jours par beau temps, on peut y voir les côtes blanches de lʼAngleterre. Là où il se dit que quand elles se laissent apercevoir, cʼest signe de pluie pour le lendemain et quʼil vaut mieux ne pas les voir ces anglais maudits. Elle cʼest mon amie. (Adèle apparaît) Elle nʼest pas dʼici. Ses parents sont venus sʼinstaller dans la ville pour leur travail il y a 5 ans. Elle dit souvent que la mer, ça lui raconte rien et que ça lʼennuie. Elle dit souvent ça. Mais je sais que cʼest pas vrai. Depuis deux ans, depuis la mort de ma mère, je vis seule avec mon père. Depuis deux ans, je ne lui ai pas dit un mot ».

Soit, comme le dit justement Jacques Descorde, «le monde rêvé de l’adolescent contre le monde réel de l’adulte. C’est une vision du monde contre une autre vision du monde. Un idéal contre un ordre établi. » Et ici, les deux ados qui ne le sont quand même plus tout à fait (à un an de leur majorité…) essayent-on est toujours plus fort à deux-de faire face à un monde qui n’est pas le leur, celui de leurs parents qu’elle disent peu responsables et paraissant dans l’incapacité absolue de jouer leur rôle de parents.

Ce mal de vivre et ce refuge dans l’amitié, ces deux gamines le disent dans leur langage à elles, tel du moins que le voit l’auteur, et parfois un peu caricatural dans sa crudité… Mais on voit bien ici et il dit qu’il a rencontré pas mal d’ados dont ses personnages sont les cousins, assoiffés de donner un véritable sens à leur vie. Souvent même, et quelle que soit leur place dans la société, au mépris de cette vie dont ils n’ont pas les codes. Adèle a un petit ami mais attend docilement qu’il l’appelle. Stella rêve d’échapper à l’univers qu’elle a toujours connu depuis son enfance. Elle sont complices et très intimes mais, en même temps, un peu rivales, comme si elles savaient déjà que leur profonde connivence et leur grande amitié, au sortir de l’adolescence, avaient de grands risques d’être emportées par leur histoire personnelle.

Pour le plateau de la petite salle du Théâtre du Nord, Jacques Descorde a imaginé une scénographie séduisante sur le plan plastique mais assez peu convaincante : un sol de caillebotis métallique industriel et aux murs, un curieux assemblage de tubes fluo bleu. Ce qui donne une lumière qui éclaire mal les deux jeunes comédiennes, Astrid Bayiha et Nathalie Bourg. D’autant plus dommage qu’il les dirige très bien et qu’elle sont toutes les deux impeccables et très crédibles dans des rôles pas faciles, si on ne veut pas tomber dans la caricature ou la mièvrerie : la marge de manœuvre est des plus étroites!.
Un spectacle court (62 minutes) mais souvent intense et de grande qualité dans sa langue et le jeu des jeunes comédiennes, et que le public suit avec une rare attention.

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre du Nord à Lille, le 20 janvier.

 

 

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Les Fragments mobiles, chorégraphie d’Yvann Alexandre

Faits d’hiver 2017 :

Les Fragments mobiles chorégraphie d’Yvann Alexandre

 

© fabrizio clemente

© fabrizio clemente

 La Conciergerie à Paris, le plus ancien vestige du Palais de la Cité, résidence médiévale des rois de France, est devenue une prison à la Révolution française. Dans la vaste salle des gens d’armes (69 x 27 m), aux voûtes gothiques supportées par de larges piliers, s’égaillent une trentaine de danseurs.

Pour habiter cette imposante architecture, chargée d’histoire, Yvann Alexandre a réuni un grand nombre d’interprètes, professionnels et amateurs, venus de Sciences Po-Paris ou de l’association ACT.

Quelques tubes fluo, posés contre les piliers, mettent en valeur l’appareil de pierres et une bande-son discrète accompagne la cavalcade des artistes quand ils entrent en scène, tel un essaim déferlant dans l’espace vide devant un public disposé sur ses trois côtés. Plus tendre, un lied de Schubert clôturera la soirée. Aucun spectateur n’aura une vue d’ensemble de la performance. Les épaisses colonnes lui obstruant la vue, chacun saisira seulement des fragments de corps, des duos ou scènes de groupe au lointain ou bien, dans une grande proximité, des figures en gros plan, quand l’architecture délimite devant lui une alcôve qui sert d’écrin à des mouvements dansés.

IMG_3786Vitesse et lenteur alternent… A des  farandoles et mêlées où les danseurs se rassemblent, succèdent de petits noyaux de quelques-uns. La chorégraphie joue avec le vide et le plein, le minéral et le vivant. Mais la tension baisse parfois, et notre attention aussi…

On a alors tout loisir d’admirer le monument. Mettre en valeur le patrimoine est le but de Monuments en mouvement, initié par le Centre des monuments nationaux et associé ici à Faits d’hiver, qui propose, pour la troisième saison, des performances artistiques dans les châteaux d’If ou de Pierrefonds, le Panthéon à Paris, l’Abbaye du Mont Saint-Michel, ou encore à la Villa Cavrois (1932) contruite par Robert Mallet-Stevens à Croix (Nord) … Performances confiées à Nathalie Pernette, Nacera Belaza, Yuval Pick, Ambra Senatore, Bérangère Vantusso, Nathan Israël… A suivre.

 

 Mireille Davidovici

Spectacle joué du 6 au 8 février, à la Conciergerie, 75004 Paris
Château d’Angers, le 10 mai. Théâtre du Quai Angers, version plateau avec 13 interprètes, en janvier 2018.
Prochain spectacle de Faits d’hiver : Inertia de  Kirsten Debrock à Micadanses

 www.faitsdhiver.com  

www.monuments-nationaux.fr/Actualites/Monuments-en-mouvement-3

 

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