L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner

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L’Avaleur, d’après Other People’s Money de Jerry Sterner, adaptation d’Evelyne Loew, mise en scène de Robin Renucci

La pièce, montée avec succès en 1986 dans le Off Broadway, puis adaptée à l’écran par Norman Jewison en 1991, avec Danny DeVito et Gregory Peck (dont ce fut l’avant-dernier film), n’a pas pris une ride. Transposée en France au début des années 2000, elle met en scène le PDG vieillissant des Câbles Français de Cherbourg et son équipe de direction, face à un trader de la City de Londres qui a jeté son dévolu sur cette petite entreprise bien portante, pour n’en faire qu’une bouchée. Une jeune avocate ambitieuse va essayer  de contrer l’insatiable gourmandise de cet Avaleur, qui se goinfre de gâteaux  et… d’argent.

 Le dramaturge américain (1938-2001) connaissait bien son sujet, puisqu’il venait du monde de l’immobilier et de la finance. Grossissant le trait, il écrit un conte édifiant et cruel qui dévoile, en une succession de tableaux, les rouages d’une OPA hostile et l’affrontement entre deux univers, celui d’une entreprise familiale et celui la finance. Dans l’un, on parle bilan positif, bénéfices réinvestis dans la production, emplois et développement de la ville, et dans l’autre, restructuration, délocalisation, optimisation des marges et profits…

Robin Renucci joue le narrateur et le directeur de l’usine pris entre deux feux. De vert vêtu, il préfigure le traître qu’il deviendra. Il a choisi d’orienter sa mise en scène vers  la farce et imaginé des personnages affublés de perruques en synthétique, sorte de casques et, pour  Nadine Darmon (secrétaire et maîtresse du PDG) et Xavier Gallais (l’Avaleur), des costumes rembourrés aux entournures; les comédiens sont ainsi proches de héros de la bande dessinée.

Le décor, très simple, déploie, à jardin, l’espace un peu poussiéreux d’une entreprise familiale et, à cour, le bureau du trader, dominant les gratte-ciel de la City. Efficace il sera facile à transporter pour les grandes tournées des Tréteaux de France. Créé en 1959 par Jean Danet, ce Centre Dramatique National ambulant propose depuis 2011, sous la houlette de Robin Renucci, leur nouveau directeur, des saisons thématiques. Après Le Faiseur (voir Le Théâtre du Blog), la troupe continue à s’interroger sur « le travail, la richesse et la création de valeur ». 

Le spectacle emplit sa mission de théâtre populaire avec des adresses au public, et un jeu sobre et direct. Malgré quelques longueurs et baisses de rythme dues à l’écriture mais aussi aux noirs entre les séquences, cette narration, sans faille, décrit le mécanisme implacable de L’Avaleur.

Le côté pédagogique de la pièce s’efface quand les commentaires ou clins d’œil des protagonistes mettent à distance la crudité réaliste du récit. Une belle et instructive démonstration, digne d’un manuel d’économie mais beaucoup plus amusante. Ne la manquez pas, si l’occasion se présente dans votre voisinage.

Mireille Davidovici

Maison des Métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 75011. T: 01 47 00 25 20 , jusqu’au 18 février.
Et en tournée jusqu’au 14 avril :  www.treteauxdefrance.com

 

 


Archive pour février, 2017

Ce qu’on a de meilleur

Ce qu’on a de meilleur, texte et mise en scène Ludovic Pouzerate

 

IMG_0540 Il était une fois une forêt millénaire, où vivait simplement, dans une ferme partagée, un  groupe d’hommes et de femmes. Ce n’est pas le début d’un conte : ça se passe aujourd’hui, dans un  forêt menacée d’être déchirée par une inutile autoroute.  Une ZAD, et sur un champ de bataille entre le consensus d’un progrès du toujours plus et la dissidence de quelques « décroissants », qui ont réfléchi sur la valeur de la vie.

C’est vraiment la guerre, avec ses victimes : un jeune homme tabassé à mort par les nervis des grands groupes intéressés à l’affaire, ou peut-être même par la face cachée d’une police dévoyée. La menace monte, l’inquiétude aussi, dans cette petite communauté qui devient nerveuse. Evidemment, on pense à Notre-Dame des Landes, au barrage de Sivens et aux «terroristes» du groupe Tarmac. Ou au documentaire d’Olivier Azam La Cigale, le corbeau et les poulets.

«Dans des bouts de campagne qui mélangent autochtones gens de passage et nouveaux arrivants, j’ai rencontré, dit Ludovic Pouzerate, des hommes et des femmes libres qui inventent concrètement leurs vies, dégagés des injonctions du libéralisme contemporain (…) Une autre approche de l’existence que la lutte solitaire pour la reconnaissance sociale, l’enrichissement matériel et l’exercice d’un pouvoir.

L’auteur contourne ce que le  thème pouvait avoir de tragique –il y a mort d’homme-, ou de trop unilatéralement militant, d’abord par la complexité de l’écriture, qui fait parfois se chevaucher en simultané plusieurs pensées, plusieurs niveaux d’échanges. Les didascalies, écrites comme dans un scénario : “extérieur nuit“, “la cuisine“-, sont aussi une évocation poétique de la forêt, de ce monde à l’écart du monde. Dans son dispositif dramatique, « la plus libre des radios libres » est partie prenante du groupe et en même temps, en donne le commentaire et en crée la légende. Une astucieuse mise à distance qui ne casse pas la fiction.

Plus important encore, essentiel, le choix de production du spectacle. Comment parler de ce qui émerge, de ce qui vit, avec des moyens anciens, hors d’usage ? Chiche, utilisons ce qu’on a de meilleur. On ne tombera pas dans le piège, comme le paysan ligoté par l’endettement dès la première aide reçue. On fera avec les moyens du bord : deux tables de bois, des chaises récupérées, un vieux canapé (même si c’est celui du bureau de Travaux 12), une machine à fumée dérisoire et à vue.

Mais précisément ce pari instaure un rapport direct et réel aux choses et au propos de la pièce. Libre. Oui, la nature des objets, leur vérité fait partie de la pensée du spectacle. Et cela, sur le fond d’une band-son sobre et précise, dope  le jeu des comédiens, excellents. Mélina Bomal, Stéphane Brouleaux, Antoine Brugière, Frédéric Fachena, Elsa Hourcade, Etienne Parc, Bryan Polach ont mis leurs forces en jeu : tous jouent dans des productions plus « riches »,  et ont accepté un salaire au ras des pâquerettes parce qu’ils croient à la cohérence du projet qui donne au spectacle sa qualité : le public ne s’y trompe pas qui retient son souffle avant d’applaudir avec jubilation.

Un spectacle radical dans sa fabrication, convivial et généreux, qui pose des questions d’actualité pas gaies, mais avec une joyeuse énergie. Heureux hasard de l’actualité : Ce que nous avons de meilleur s’est joué en même temps qu’à la maison des Métallos : L’Avaleur, présenté par les Tréteaux de France (voir Le Théâtre du blog), portrait sans concession (et drôle) de l’ennemi numéro-un, la finance incarnée. En deux volets, le public a une image forte de la réalité de monde. Et il n’attend que ça, et ne demande pas qu’on lui bande les yeux. Mesdames et messieurs les directeurs de salle, vous voyez ce qu’il vous reste à faire. 

Christine Friedel

Collectif 12 à Mantes-la-Jolie jusqu’au 4 février- T : 01 30 33 22 65

contact@collectif12.org

 

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Antoine et Sophie font leur cinéma

Antoine et Sophie font leur cinéma, création du collectif ildi, textes d’Olivia Rosenthal, Bambi dans la jungle, d’après Bambi et Le Livre de la jungle de Walt Disney et Tous les hommes sont des vampires, d’après plusieurs films de vampires, mise en scène de Sophie Cattani et Antoine Oppenheim

Chaque soirée est composée de deux épisodes choisis parmi les cinq d’une série entre théâtre et cinéma. Sur le plateau, un grand canapé beige confortable mais qui a des heures de vol, avec de  vaguement style Louis XVI, quelques accessoires et tout le petit  bazar technique ordinateurs etc. nécessaire au son (voix inutilement  amplifiées, les dieux savent pourquoi!!!!) et à la projection sur grand écran . «C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui ont vu trop de films. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui confondent le cinéma et la vie. C’est l’histoire de deux amoureux qui aimeraient être Cary Grant et Ingrid Bergman, mais qui s’appellent Antoine et Sophie », dit Olivia Rosenthal.

Sur scène, un couple s’amuse et s’interroge un peu sur leur relation amoureuse, à propos de films célèbres;  Antoine et Sophie (mais dommage! avec une voix inutilement amplifiée, ) vont donc commenter ces extraits de films.Gros plan, arrêt sur image et analyse/dézinguage des films de Walt Disney;  Bambi créé en 1942, donc en pleine seconde guerre mondiale et sous  la terreur nazie mais en Europe, dont Antoine  une analyse lucide mais teintéée de noir.

Sophie elle, analyse Le Livre de la jungle (1967) donc pendant la révolution sexuelle au Etst-Unis puis en Europe; et bien entendu, à des années-lumière, de la gentille morale des productions Walt Disney. On voit ici-mais c’est loin d’une découverte-que, sous couvert de ces  fables pour enfants, plane l’ombre de tous les méchants -isme : capitalisme surtout mais aussi machisme, totalitarisme, sexisme etc. soit une bonne dose de bêtise planent sur les fleurons des dessins animés américains concoctés par le célèbre studio. On voit ici que la perception et la représentation du réel  est biaisé par une poétique  à deux sous. Et apparaît bien ici, avec ces arrêts sur image, toute la vulgarité d’un dessin  sommaire qui participe, bien entendu, à cette intoxication de masse. Cette mise à mort, assez habile, parfois drôle mais aussi un peu facile, est bien jouée par Antoine Oppenheim et Sophie Cattani dont le costume est des plus laids: jean serré peu seyant, chemisier ouvert sur un soutien-gorge fait de deux grandes coquilles Saint-Jacques…

Après quarante cinq minutes, arrive un entracte-trop long-histoire sans doute de laisser modifier le plateau: quelques projecteurs latéraux dispensant une lumière rouge, le même gros canapé,une table basse et à proximité, une fontaine de vin rouge où Antoine Oppenheim maintenant seul en scène, en scène va souvent remplir son verre. Le rouge, élémentaire mon cher public, nous sommes chez les vampires au cas où on l’aurait oublié! Vous avez dit: surligner, du Vignal?

Et cette seconde partie marche nettement moins bien: il y a un côté préchi-précha du genre : moi je sais et vais vous expliquer. Antoine Oppenheim parle bien mais son personnage suffisant et cynique a quelque chose d’antipathique, et l’analyse d’Olivia Rosenthal participe souvent d’une démonstration universitaire au mauvais sens du terme.Et erreur de mise en scène, le comédien assis sur le canapé, n’est guère mis en valeur :nous avons tendance à regarder, plus que lui, les extraits bien choisis des films, d’autant plus qu’ils sont servis par des vedettes: Tom Cruise, Catherine Deneuve, Brad Pitt, etc. Et, à la fin, on se demande bien pourquoi le comédien se met à parler de sa famille et de de ses enfants…

Bref, une soirée hybride trop longue, mais avec un public jeune-cela est exceptionnel pour les spectacles de théâtre à Paris (mais pas au 104). Ce qui fait toujours du bien. A voir? Oui, si on n’est pas trop exigeant! Mais où cette synthèse un peu rigide théâtre/cinéma, considérée comme un principe, ne fonctionne pas bien. A mi-chemin entre une sorte de performance où on aurait aimé plus de folie, et une action théâtrale qui nous a laissé sur notre faim. Ce spectacle revendiqué comme “série originale” n’est pas si original que cela et, côté mariage cinéma et théâtre, on a fait mieux notamment avec le merveilleux et si inventif Blockbuster (voir Le Théâtre du Blog).

 Philippe du Vignal

 Le 104 5 rue Curial, 75019 Paris T : 01 53 35 50 00, jusqu’au 5 février.

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Aglaé, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux

©Alain Richard

©Alain Richard

Aglaé,  texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux

 Pas de scène. On entre dans une salle éclairée par des tubes fluo colorés. Pas de quatrième mur.   Un écran blanc, un coin bar,  des petits podiums aux deux coins de la pièce et des tabourets répartis ça et là; des bancs le long des murs, offrent aussi quelques places supplémentaires.

Claude Degliame, seule marche au milieu du public et s’adresse à nous avec les mots d’Aglaé. « C’est, dit Jean-Michel Rabeux, la langue parlée qui nous a amenés à tenter cette extrême proximité. Les rapports que les gens entretiennent avec la prostitution sont plutôt de l’ordre de l’ombre. (…) Nous recherchons une mise en lumière, délicate peut-être, mais aussi crue que peut l’être Aglaé «  . 

Mais qui est cette femme au prénom un peu désuet ou sorti tout droit d’une bande dessinée ? Pas un personnage  théâtral, au sens classique du terme… Aglaé existe bien et vit à Marseille où «elle travaille toujours comme prostituée, malgré ses soixante-dix ans, et fortune faite». Pas non plus une prostituée ordinaire: à douze ans, tout en ayant une enfance comme les autres, elle a commencé de façon ludique, mais en échange d’un franc, avec ses frères, la pratique du sexe. Pratique devenue ensuite profession librement choisie, et non sans joie.  Elle est sa patronne, et n’a d’ordre à recevoir de personne, qu’on se le dise !  Et la loi pour la pénalisation des clients ? «Je suis adulte et consentante, non ? Alors, qu’on m’emmerde pas avec la loi ! » 

«Elle est très crue, Aglaé, mais tout ce qui pèse, tout ce qui porte, dit Jean-Michel Rabeux qui a recueilli ses paroles incroyables; elle nous a livré nombre d’anecdotes et de réflexions». En collaboration avec Claude Degliame, à qui il tenait impérativement pour ce rôle, il a décidé d’adapter son récit pour le théâtre. «On a enregistré. Ce sont ses mots, ou presque, les miens sont de liaison, insignifiants. Ce spectacle participe d’un théâtre témoignage plus que d’un théâtre- documentaire,  et Jean-Michel Rabeux  a mis en lumière, à travers le destin d’Aglaé, le milieu de la prostitution. Mais le public prend vite conscience d’autres enjeux, tout aussi importants aux yeux du metteur en scène et de son actrice : ceux de la différence, et du choix de la liberté, coûte que coûte.

La proximité physique et mentale des spectateurs avec cette femme drôle, intelligente, aurait pu contribuer à faire jaillir théâtralement cette «différence» et la volonté viscérale que possède Aglaé, de «vivre libre». Mais, au fur et à mesure, une certaine déception s’empare du public. L’émotion n’arrive pas à prendre sa place dans cette mise en scène, sans doute trop illustrative.  Pourquoi avoir  costumé l’actrice avec une combinaison de satin très courte et des bas noirs, et lui avoir imposé un maquillage prononcé? Pourquoi cette voix aux intonations banlieusardes ? Le récit dramatique s’en trouve affaibli ! Ici, fond et forme n’ont pas rendez-vous. Dommage…

Pourtant, les mots de cette héroïne au sens noble du terme, ne manquent ni de force politique  ni de sensibilité. Comme le dit Jean-Michel Rabeux : « Aglaé s’en fiche qu’on ait fait un spectacle sur elle ». Personnalité rare et désarmante, elle n’a pas ici trouvé son messager avec ce metteur en scène qui s’est emparé de son univers mais qui n’a pas su faire résonner en profondeur, théâtralité et charme poétique.

Elisabeth Naud

Le spectacle a été créé au Centre Dramatique National de Montluçon, du 29 au 2 décembre.

Les  4 et 5 mai, Scène Nationale de Dunkerque, Le Bateau Feu.

 

 

 

 

 

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Initio-Opéra chorégraphique

Festival Faits d’hiver:

Initio-Opéra chorégraphique, livret d’Alexandre Salcède, composition musicale de Pedro Garcia-Velasquez, chorégraphie de Tatiana Julien

®NinaFloreHernandez.

®NinaFloreHernandez.

Le titre de cet opéra semble faire référence à la notion de début, d’acte primitif ; construit pour un chanteur et cinq danseurs sur un argument simple, plus poétique que narratif, duquel découlent la musique et la danse. Une troupe d’errants, sous la conduite d’un (faux) prophète, cherche un lieu où s’abriter. Là où le gourou promet eau et vivres, et la protection providentielle d’un dieu bienveillant, ils ne trouvent que mort et désolation… «Dieu n’a pas daigné venir.»

L’action s’exprime par la danse et s’articule autour des personnages principaux, l’Ermite, et la Sibylle. De sa voix chaude de contre-ténor, Rodriguo Ferrera danse et chante la quête de l’absolu, et Tatiana Julien, qui incarne une sorte de nymphe des forêts., danse, accompagnée par la voix off de la soprano Léa Trommenschlager. Les autres  interprètes sont réunis dans un chœur anonyme où chacun se distingue par une gestuelle ritualisée mais minimaliste.
  

Malgré la minceur du livret d’Alexandre Salcède, la musique trouve son rythme et sa modernité par l’addition d’un synthétiseur aux instruments traditionnels: clarinette, saxo, violon, violoncelle et contrebasse. Ces sonorités des années quatre-vingt donnent, surtout dans le deuxième (et dernier) acte, un tour dramatique à une chorégraphie jusque là très statique, et qui avait du mal à occuper le plateau vide.

Au prologue, le contre-ténor, poursuivi dans le noir par des faisceaux de lampes de poche, déplore la société humaine. Il rompt avec ce «lieu du commerce de l’argent» et renonce définitivement, en s’émasculant, à «l’affreuse femme, créature la plus vile». Les deux actes qui suivent proposent une danse décousue, abstraite, où les corps se livrent peu, engoncés dans des costumes peu seyants . Il faut attendre la moitié du spectacle et la gracieuse apparition de la virevoltante Sybille, pour que la scène s’anime de mouvements circulaires et de déplacements sonores.

 Malgré un travail musical et vocal plein de rigueur et d’intelligence et la belle présence de Rodrigo Ferrera, très à l’aise en chant comme dans ses mouvements, cet opéra ambitieux, créé en novembre dernier à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, n’est pas encore abouti. Il trouvera peut-être son allure de croisière dans une autre version pour cinq danseurs, deux chanteurs et les sept instrumentistes d’un ensemble de musique électronique-prévue à la rentrée à Chaillot. À suivre donc.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu au Théâtre de la Cité Internationale, boulevard Jourdan Paris XIVème le 31 janvier.

Les Quinconces-l’Espal, Le Mans, le 2 février ;

Théâtre National de Chaillot, du 20 au 24 septembre.

 

 

 

 

Meurtres de la princesse juive

Meurtres de la princesse juive, bon titre, publicité mensongère d’Armando Llamas, mise en scène de Michel Didym, avec la collaboration de Luc-Antoine Diquéro

 

 © Eric Didym

© Eric Didym

Quelle bonne idée de mettre en scène cette pièce pour un travail de fin d’études  à l’ENSATT. Pour de jeunes comédiens, un pari aussi risqué que jouissif! Cette réalisation haute en couleurs et en musique emporte le public dans l’univers très original d’Armando Llamas : «Celui ou celle qui a pris parti pour le père, périra par le père. Le père est un leurre. Pourtant, l’humanité entière se fait chier à cause du père. Les princesses font obstacle à toute vie. Mes personnages essayent d’y échapper. Quelques-uns réussissent. D’autres échouent. Des destinées se tissent en pure perte. Mais n’est-ce pas l’amour,  la perte la plus grande à laquelle on puisse prétendre ? »

La pièce, composée d’une succession de tableaux, la plupart introduits par un intermède musical ou chanté, est portée par l’interprétation sensible de ces jeunes comédiens, et le travail soigné et inventif des techniciens, scénographes, costumiers, musiciens… tous fraîchement sortis de cette 75ème promotion Ariane Mnouchkine de l’ENSATT. Mais Armando Llamas renverse les codes classiques de l’écriture théâtrale; ce qui, chez lui, peut aller parfois jusqu’à brouiller l’entendement du spectateur.

Dans cette comédie, où burlesque, absurde et étrange se côtoient, il est question, avant tout, d’amour sous toutes ses formes, et non de sexe, dans un contexte de mondialisation et de métissage. La pièce commence par une déception amoureuse: Serge, quitté par son amant, décide, pour combattre sa douleur, de s’envoler pour le Pakistan.
Ce voyage, existentiel et géographique, sera pour lui l’occasion de rencontrer d’autres couples très fantasques, et des intrigues aux situations diverses vont se nouer: comiques, caricaturales au meilleur sens du terme, crues ou romantiques. La richesse de l’écriture, inventive et bigarrée, laisse l’imagination du spectateur libre de cheminer vers des horizons surprenants mais inscrits dans un réalisme social et contemporain. Ce que confirme Michel Didym: «Il s’agit d’une œuvre extraordinairement ouverte et il faudra de nombreuses générations pour épuiser les richesses de ce texte magique… ».

Les jeunes acteurs s’emparent avec fougue et sincérité de ces histoires d’amour,  joyeuses ou cruelles, de ces couples aux destins multiples, poétiques, voire délirants, qui laissent certains spectateurs un peu déroutés, mais heureux. Cet atelier donne aux élèves sortants une matière forte à explorer et un riche terreau de création. Il y a ici un rythme enthousiasmant et nous (re)découvrons  un grand auteur contemporain (1950-2003), visionnaire quant à l’avenir de notre humanité. Une belle performance de cette équipe déjà très professionnelle!

Elisabeth Naud

Ce spectacle, créé à l’ENSATT de Lyon en 2016, a été joué à La Manufacture-Nancy. Puis au Théâtre Le Manège de Maubeuge, au NEST de Thionville, au Théâtre National Populaire Villeurbanne et à  l’Espace Malraux, Scène Nationale de Chambéry.

 

La nouvelle saison danse 2017-2018 de l’Opéra de Paris

 

La saison danse 2017-2018 de l’Opéra de Paris

1op_garn_esc5 OperaDevant le public accueilli, cette fois-ci, à l’Opéra-Bastille, Stéphane Lissner a dressé un portrait élogieux de la vénérable institution forte de ses mille cinq cent  employés. Plus d’un million de billets vendus pour 405 représentations, avec 92 % de fréquentation: monsieur le directeur a de quoi se réjouir!

Aurélie Dupont, nouvelle directrice de la danse, a présenté les treize chorégraphies du programme, et a insisté sur l’unité du corps de ballet. Et ont été projetées  les photos des étoiles dont deux partiront en cours de saison: Marie-Agnès Gillot qui reprendra Orphée et Eurydice, un opéra dansé de Pina Bausch, et Hervé Moreau qui dansera à nouveau Roméo et Juliette, un ballet de Sacha Waltz, musique d’Hector Berlioz.

Trois séries de créations contemporaines seront à l’affiche : Saburo Teshigawara-qui a fait danser  à Tokyo, Aurélie Dupont, il y a trois ans (voir Le Théâtre du Blog)-est associé à un programme Georges Balanchine, et Pina Bausch avec Le Sacre du printemps. Alexander Ekman, avec Play, promet de belles  surprises scénographiques pour les fêtes de fin d‘année. Enfin, au printemps, trois nouveaux créateurs : James Thierrée, Ivan Pérez, et Hofesh Schechter seront associés à la reprise de The Seasons canon de Crystal Pite qui a bouleversé le public de l’Opéra Garnier en septembre dernier.

Les passionnés de danse classique ou néoclassique pourront (re)découvrir Joyaux de Georges Balanchine avec les magnifiques costumes de Christian Lacroix, un Don Quichotte de Rudolf Noureev qui n’avait plus été présenté depuis quinze ans, et Onéguine, un ballet de John Cranko. Et on pourra voir les pièces autrefois dansées par Aurélie Dupont et Daphnis et Chloé, chorégraphie de Benjamin Millepied, et le Boléro de Maurice Béjart sur les musiques de Maurice Ravel.

A cela, s’ajoute le gala d’ouverture de saison, les présentations de l’école de danse, le retour d’Anne Teresa De Keersmaeker et une chorégraphie de Frederick Ashton, La Fille mal gardée qui terminera la saison. «Je crois qu’on danse pour s’évader de quelque chose», dit une voix off dans le film de Clémence Poésy sur le ballet de l’0péra de Paris. Le moment est en effet venu de voyager ailleurs

Jean Couturier

Operadeparis.fr

       

 

Petites virtuosités variées

 

Petites virtuosités variées, un spectacle de Samuel Murez

© CherylynnTsushima

© CherylynnTsushima

Belle découverte que ces Danseurs du 3e étage, une compagnie créée en 2004 par Samuel Murez et composée de danseurs de l’Opéra de Paris. Le nom de cette compagnie  fait allusion au poids de la hiérarchie et du rang de cette grande maison, dont les loges du troisième étage sont en effet occupées par  le corps de ballet; à mesure que ses membres montent les échelons de la gloire, ils descendent les étages du Palais Garnier… Une hiérarchie nécessaire à la stabilité de cette vieille maison, comme Benjamin Millepied l’a constaté!

Samuel Murez, lui-même membre du ballet, met en scène ses collègues qui  ont pris sur leur temps libre pour participer à l’aventure. Avec plusieurs pièces à leur répertoire, ils font fi des contraintes corporelles traditionnelles. Petites virtuosités variées allie rigueur du danser et folie d’une gestuelle débridée.

Dans une succession de tableaux oscillant entre tendresse et ironie, les codes de la danse sont ici  déconstruits, avec jeux visuels et sonores sophistiqués à l’appui. Les saluts, souvent interminables dans les spectacles de  danse classique, donnent lieu à de multiples variations surprenantes. Et ici fait irruption sur scène, le travail précis, habituellement masqué, de la conduite-lumière : il met ainsi à jour les rapports d’amitié et de jalousie entre interprètes.

Le metteur en scène-chorégraphe, tel un Spike Jones de la danse, donne libre cours aux mouvements, tout en gardant une vraie discipline corporelle. Ce spectacle jubilatoire, à la lisière du théâtre et de la danse,  emporte le public par sa légèreté communicative. François Alu, Takeru Coste, Simon Le Borgne, Lydie Vareilhes et Clémence Gross   interprètent cette pièce avec un réel bonheur. À leurs côtés, Léonore Baulac et Josua Hoffalt, devenus depuis danseurs-étoiles,  garderont certainement en mémoire ces  beaux instants de joie.

Jean Couturier

 Spectacle vu au Théâtre Claude Debussy de Maisons-Alfort,  le 29 janvier. www.3e-etage.com      

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