9 de Stéphane Guérin, mise en scène de Manuel Fuchs et Georges Bigot

photo Enaut Castagnet

photo Enaut Castagnet

de Stéphane Guérin, mise en scène de Manuel Fuchs et Georges Bigot

Fondé en 1994, le Petit Théâtre de Pain, une troupe permanente de dix-sept personnes de langue et culture différentes, réside à Louhossoa  dans la province basque du Labourd à dix kilomètres de l’Espagne. Les choix artistiques se font de manière collective, mais avec impératif «d’aller vers un théâtre populaire, de jouer là où le théâtre est absent, tout en gardant l’exigence des propos et un rapport complice avec le public ».

9 de Stéphane Guérin-un procès d’assises, ou du moins, un de ses épisodes, est un thème souvent traité dans le théâtre contemporain. Cette pièce est  inspirée de celle, fameuse créée en 1953, Douze hommes en colère de l’écrivain américain Reginald Rose (1920-2002), adaptée au cinéma par Sidney Lumet avec Henry  Fonda.

Cela se passe en France d’aujourd’hui dans une salle anonyme avec une scénographie quadri-frontale: gradins sur la scène du Théâtre 13, et fauteuils dans la salle pour le public. De grandes tables, dans le fond une fontaine à eau et, comme une menace permanente, un peu stylisés les bois de la guillotine, pour les délibérations d’un jury à huis-clos. Ici, pas d’exposition des faits ni d’interrogatoire de l’accusé, d’auditions de témoins, enquêteurs et d’experts, pas non plus de plaidoiries d’avocat, ni de procureur et président mais juste la dernière partie d’un procès d’assises, une délibération souvent très longue dans la réalité.

La plus éprouvante aux dires de tous ceux qu’ils l’ont vécu, soumis au secret le plus absolu pendant et après les débats. Et dont ils se souviendront toutes leur vie. Avec, d’abord, la délibération: une majorité de huit voix est  requise pour toute décision défavorable à l’accusé. Déclaré non coupable, il est acquitté. Et s’il est déclaré coupable, on délibère sur la peine qui sera ensuite prononcée en audience publique. Avec trois magistrats, soit douze personnes qui doivent prendre ensemble une très grave décision…

Mais il sera question ici de la seule  culpabilité ou non-culpabilité, du prévenu, un adolescent originaire des Comores, département d’Outre-mer, qui a été adopté par un couple de la métropole, et accusé d’avoir assassiné ses grands-parents!  Un crime absolument clair, à considérer les faits … mais dont les preuves sont loin d’être évidentes. Cette fable ne se situe pas tout à fait dans le droit français; il y a bien un strict huis-clos, avec ce que cela peut engendre de stress intense, mais pas de président: la direction des débats a été confiée-à titre expérimental!-à une des jurés qui doivent rendre leur verdict à l’unanimité…

Deux d’entre eux mènent le bal: un jeune chef d’entreprise dynamique mais assez conservateur, voire un peu égoïste, et de l’autre côté, une graphiste, très  méfiante quant à la culpabilité du jeune homme. Mais, bien sûr, remontent à la surface, le passé et les différents traumas de chacun des jurés, ce qui va évidemment influencer aussi sur leur décision…

Georges Bigot, qui a entraîné les comédiens du Théâtre de pain depuis de longues années, a repris du service pour cette nouvelle série de représentations d’un spectacle créé il y a trois ans, et il les dirige avec une rare efficacité, dans la tradition du Théâtre du Soleil où il a joué autrefois Shakespeare. Et ils sont remarquablement crédibles: Hélène Hervé, Guillaume Méziat, ,Cathy Coffignal; Jérôme Petitjean, Tof Sanchez et, en particulier, Eric Destout qui joue un petit pépé, Marya Aneva (la jurée qui mène les débats) et Ximun Fuchs (le jeune chef d’entreprise) et Fafiole Palassio (la graphiste).

Leurs personnages, tous socialement différents, sont pris mais pas en même temps, dans un tourbillon de sentiments contradictoires: intime conviction de la culpabilité, puis au contraire de l’innocence soudain évidente pour eux du prévenu, doute et retour pour certains sur leur première décision. Mais aussi, avec comme dénominateur commun, une intense fatigue chez ces quatre femmes et ces cinq hommes, épuisés par des longues journées de travail, prêts parfois à se bagarrer entre eux, et qui ont envie d’en finir au plus vite avec ces débats. Ils sont souvent influencés par la parole des autres et très conscients de la gravité de la décision  qu’ils doivent prendre. Une des jurés finit même par s’évanouir… Le dénouement?  Pas mal vu mais on vous laisse la surprise de le découvrir …

Unité de jeu, rigueur de la mise en scène comme de  la direction d’acteurs: le spectacle se déroule sans rupture de rythme, même s’il y a quelques longueurs sur la fin. Et on accepte volontiers ici, ce qui ne peut exister dans la réalité, mais qui prend tout son sens dans cette fable: les comédiens jouent un  petit air de luth, ou de piano, bien utiles pour faire retomber la tension de plus en plus perceptible qu’ils réussissent à créer avec une grande efficacité. 

Ici, aucune de ces béquilles qui sévissent en permanence dans le spectacle contemporain, comme le théâtre dans le théâtre, les criailleries, les projections vidéo, les voix amplifiées via des micros HF, et des lumières trop sophistiquées. Mais du vrai théâtre, intelligent, très bien réalisé et, ce n’est pas un gros mot: populaire, au meilleur sens du terme. Et la troupe vous servira après le spectacle, avec une grande gentillesse, un verre de cidre basque… Donc, allez-y, vous ne le regretterez pas.

Philippe du Vignal

Théâtre 13/Seine 30 rue du Chevaleret, Paris 13ème. T: 01 45 88 62 22,  jusqu’au 26 mars.

Théâtre de Privas, Ardèche, les 5 et 6 avril. Théâtre Jean Marais, Saint-Fons (69),  le 7 avril;  salle Georges Brassens  de Lunel (Gard), le 28 avril, etc…

 

 

 

 

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