Honneur à notre élue

Honneur à notre élue

©Giovanni Cittadini Cesi

Honneur à notre élue de Marie NDiaye, mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia

 

Il s’agit d’une sorte de conte sur la vie d’une démocratie, avec une élection locale, ou plutôt sur ses dessous pas toujours glorieux: calomnies, achats de vote, et coups bas dans la campagne d’affichage, et cela, quelque soit le parti en cause. L’auteure a écrit la pièce, il y a trois ans, donc, dit-elle, mais sans rapport avec les élections présidentielles à venir. Disons que le hasard fait bien les choses dans une programmation de saison…

Une élue depuis vingt ans, bien sous tous rapports, mariée, deux enfants, très intègre, sans aucune casserole. Bref, cette femme qui dérange, a remporté des élections par 17. 398 voix contre 2.101 voix, et, comme on le voit au début dans une trop longue vidéo, elle est applaudie et respectée par tous même par son adversaire, dit «l’Opposant». Mais Sachs son adjoint et lui, furieux, n’acceptent tout de même pas d’avoir été battus. Et, si on a bien compris, ils vont monter une machine de guerre : un vieil homme et son épouse-assez caricaturaux-arrivent un soir dans la maison de l’Elue où ils s’installent; ils prétendent être ses parents!

Lui et elle, odieux avec son mari comme avec leurs enfants, et tous les deux d’une insupportable vulgarité,  disent partout que cette prétendue fille leur a fait subir les pires saloperies. L’Elue prise au piège, semble accepter  cette situation mais, on ne sait pourquoi, ne dit rien, et semble tétanisée, même quand son mari qui n’en peut plus, menace de partir avec les deux enfants. Un des rares moments un peu crédibles de cette pièce.

Frédéric Bélier-Garcia a mis en scène une sorte de conte fadasse qui se voudrait cruel mais finalement pas très subtil, même si pour le metteur en scène, «ce n’est pas un conte mais une tragi-comédie chorale, contemporaine, fantastique, sur le monde tel qu’il va ici». Un grand écran de télévision, quelques meubles pour figurer salle à manger et salon avec tapisseries aux murs, quelques gradins de stade couvert pour une grande réunion de parti avec une table nappée de blanc pour un pot de fin d’élections. Voilà pour ce qui ressemble à une scénographie qui peine à remplir ce grand plateau où les acteurs semblent un peu perdus.

Le compte n’y est pas tout à fait : les scènes se succèdent sans véritable fil rouge et on peine  à s’intéresser à ce semblant d’histoire, pas très subtile, qui navigue entre actualité électorale et conte philosophico-socio-politique. La faute à quoi? A la fois à des dialogues bavards et peu convaincants, à des personnages et à l’intrigue pâlichons mais aussi à une mise en scène qui manque singulièrement de rythme. Ce qui pourrait être une pochade, passerait peut-être en une heure, mais a bien du mal à exister, pendant… quelque cent dix très très longues minutes !

Jean-Paul Muel et Chantal Neuwirth, grands-parents de comédie de boulevard, apportent bien une petite bouffée de comique-courte sans doute mais savoureuse-dans un océan d’ennui. Isabelle Carré, comme toujours impeccable, essaye en vain donner vie à un personnage inconsistant. Et, comme les autres comédiens, tous avec voix amplifiée (on se demande bien pourquoi! cela n’arrange rien), Patrick Chesnais ne semble vraiment pas croire à cette pauvre intrigue, et a souvent une diction des plus approximatives…

Bref, rien ici n’est vraiment dans l’axe. Une soirée décevante, et on ne vous poussera vraiment pas à aller y voir de plus près…

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point 2bis avenue Franklin-Roosevelt Paris 8ème. T : 01 44 95 98 21, jusqu’au 26 mars.

 

 

 


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