Soudain l’été dernier de Tennessee Williams

© © Élizabeth Carecchio

© © Élizabeth Carecchio

 

Soudain l’été dernier de Tennessee Williams, traduction de Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier, mise  en scène de Stéphane Braunschweig


La pièce, écrite et créée en 1958, fut réalisée l’année suivante au cinéma par Joseph L. Mankiewicz avec Katharine Hepburn, Elizabeth Taylor et Montgomery Clift, ce qui la rendit célèbre. Mrs Violet Venable, une très  riche veuve de la Nouvelle Orléans ne cesse de pleurer la mort de Sébastien, son fils chéri mort l’été d’avant, lors d’un voyage en Europe. Par ailleurs, mais on va vite coprendre pourquoi, elle a demandé au docteur Coukrowicz, un jeune neurochirurgien, adepte de la lobotomie!, de soigner sa nièce Catherine, atteinte selon elle de démence. Cette jeune fille avait accompagné Sébastien en voyage en Europe, et en le voyant mort, serait devenue folle! Le médecin qui aimerait bien que la riche veuve l’aide financièrement pour ses recherches (joli conflit d’intérêts.. comme on ne disait pas encore à l’époque !), vient voir  la jeune fille mais ne la considère pas comme folle.

  Mais que s’est-il passé en fait à Cabeza de Lobo,  une plage esapgnole où le jeune et riche poète homosexuel Sébastien est mort? Et qui était-il vraiment ? Selon Catherine, très proche de lui,  Sébastien a été tué par une bande d’adolescents très pauvres et affamés, une “horde de petits moineaux noirs déplumés » prêts à se prostituer aux riches qui passent des vacances dans leur pays. Ils auraient ensuite déchiqueté et mangé le corps de Sébastien…

Alors que  Mrs Venable répète à qui veut l’entendre, que son fils était un être pur et chaste… En fait, arrogante, jalouse et très possessive, elle ne se remet pas de deux vérités qu’elle veut se cacher à elle-même, et aux autres: l’amitié de son fils pour sa cousine qu’il avait emmenée en voyage et non elle, sa mère. Et la seule idée qu’il ait pu être homosexuel et qu’il ait sans doute frayé avec des loubards qui l’ont tué, lui est aussi insupportable pour elle, la grande et riche bourgeoise qui serait en effet la première à être éclaboussée par des révélations sur la vie de son fils.

Quand, paniquée, elle voit que Catherine, dernier témoin de la tragédie, peut se mettre à parler, elle ne reculera devant rien : en lui faisant subir une lobotomie, elle s’assurerait du silence absolu de sa nièce. Mais le jeune neuro-psychiatre décidera  d’injecter un sérum de vérité à  Catherine pour essayer de démêler le vrai du faux, et pour essayer de faire sortir la vérité de la parole. Il et conclura par ces seuls mots: « si cette jeune fille disait la vérité. »… Telle est la fin de cette pièce , à la fois datée, mais qui renvoie aussi à l’actualité la plus récente, sur fond de racisme, de tourisme sexuel et d’homophobie! Pas aussi bien construite que les grands chefs-d’œuvre de Tennesse Williams. Mais en grand conteur, il réussit cependant  à créer des images fortes par la voix de ses personnages, comme celle de la plage surchauffée et du restaurant où déjeunent Catherine et Sébastien, ou comme celle,  allégorique, des oiseaux qui dévorent les tortues des îles Galapagos.

Sur fond de haine familiale, de sexe et de folie,  Soudain l’été dernier  se déroule  dans une  société américaine très normative qui ne tolérait guère l’homosexualité, ce dont Tennessee Williams, qui, même s’il avait reconnu la sienne, devait en souffrir toute sa vie. Comme la lobotomie que sa mère fit subir à Rose sa sœur schizophrène morte il y a vingt  ans, et dont il assura l’existence par testament quand il mourut en 1983 …

Reste à savoir comment, plus d’un demi-siècle après sa création dans un pays qui a considérablement évolué, on peut mettre en scène cette pièce, intéressante mais  souvent bavarde, surtout au début, avec de trop  longs monologues. Plus difficile à aborder  et donc peu montée, elle ne ressemble pas en effet à celles plus connues de l’auteur, comme Un Tramway nommé Désir ou Chatte  sur un toit brûlant. Mais René Loyon avait bien réussi son coup en 2009 avec une mise en scène simple et rigoureuse (voir Le Théâtre du blog).

Pour Stéphane Braunschweig, “Tennesse Williams trouvait trop réaliste, et reprochait à Mankiewicz d’avoir pris au pied de la lettre, sa métaphore de la «dévoration» alors que, pour lui, il s’agissait d’une «allégorie» sur la façon dont «les êtres se dévorent entre eux».
 Il aurait sans doute préféré qu’une part de fantasme demeure, sans doute parce que le fantasme porte parfois plus de vérité, que la réalité proprement dite, donne accès à d’autres strates de la réalité… et cela, le théâtre sait le faire. D’ailleurs, il insiste pour que le décor ne soit pas réaliste, la villa de Mme Venable étant constituée en partie par une jungle de fougères géantes d’avant la création de l’humanité ».

La direction d’acteurs est toujours chez lui soignée et le travail de Luce Mouchel (Mrs Venable) et de Marie Rémond surtout  est tout à fait remarquable, surtout dans le récit final de la jeune fille. Le docteur joué par un comédien français d’origine africaine que l’on a déjà  pu voir chez Braunschweig et l’an passé dans Big Shoot de Koffi Kwahulé  voir Le Théâtre du blog) a plus de mal  à imposer ce personnage ambigu.

Là où cela va moins bien : on comprend bien l’idée de ce « monde halluciné », de ce poème plus que fable théâtrale, que le metteur en scène veut imposer. Mais la scénographie signée de lui-très belle sur le plan plastique et on pense bien sûr aux tableaux du Douanier Rousseau-avec des lianes tombant des cintres, un grand arbre et des fleurs tropicales aussi belles que monstrueuses, ne fonctionne pas.On n’est pas en effet « dans la tête de Sébastien mais aussi dans  celle de Tennesse Williams », comme le souhaite Stéphane Brauschweig.

Ce décor bouffe en effet l’espace scénique mais aussi les personnages qui semblent peu à l’aise pour y circuler. On oubliera aussi leurs costumes assez laids, entre époque contemporaine et années 1950, et, dans la seconde partie, ces grandes lianes qui remontent aux cintres et qui laissent place à des murs capitonnés… Avait-on besoin de ce surlignage inutile et maladroit?
Une autre chose que l’on comprend mal : le recours aux micros HF dans toute la première partie, ce qui donne souvent des voix cassantes, sans nuances, et criailleuses, sans doute à cause d’une balance mal réglée… et que l’on peine à entendre ensuite, quand on en revient à la voix naturelle.

Un travail rigoureux et honnête, mais un peu décevant où il n’y a guère d’émotion, sauf à la fin… et qui n’est peut-être pas vraiment à sa place sur la scène de l’Odéon, trop grande, trop officielle pour en accueillir  toute la dimension tragique…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon, Paris VIème. T : 01 44 85 40 40 jusqu’au 14 avril.

Théâtre du Gymnase à Marseille du 25 au 29 avril.
Piccolo Teatro de Milan du 11 au 14 mai.


 


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