Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco

 

 © Steve Olagnier

© Steve Olagnier

  Le  Roi se meurt d’Eugène Ionesco, mise en scène de Julie Duchaussoy

Dans cette pièce créée en 1962, il y a le roi Bérenger Ier et ses épouses, deux reines, la plus jeune, Marie, et Marguerite, un rôle créé par la grande Tsilla Chelton décédée il y a cinq ans, qui a aussi été la remarquable interprète de onze des pièces d’Eugène Ionesco, et de la vieille Tatie Danielle chez Eugène Chatilliez mais aussi la prof de sombres inconnus à l’époque, comme, excusez du peu : Gérard Jugnot, Christian Clavier, Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Thierry Lhermitte!

Il y a aussi dans Le Roi se meurt, un médecin qui cumule les fonctions de chirurgien, bactériologue, bourreau et astrologue, et Juliette, la femme de ménage-cuisinière-infirmière-jardinière, et un garde. Des personnages caricaturaux bien sûr… Il fait froid dans le palais car le chauffage ne fonctionne plus: cela fait pleurer la reine Marie, et la reine Marguerite le lui reprochera vertement. Alors que la fin du règne de Bérenger Ier très malade, approche à grands pas selon le médecin-astrologue, lui, très pragmatique!

Marguerite doit l’en prévenir mais le Roi ne veut rien savoir de son état et ne se résigne pas, du moins pour le moment. Désemparé, il va se révolter contre cette situation inadmissible pour lui… mais tout à fait banale pour les autres. Mais il a du mal à se lever, semble aussi en colère contre lui-même et finira résigné, par mourir comme tout le monde! Béranger 1er, c’est aussi chacun de nous. Et son «Je mourrai quand je voudrai, je suis le roi, c’est moi qui décide»  sonne encore plus pathétique! La Reine Marguerite, plus lucide, l’accompagnera dans son agonie et écartera Marie qui veut garder le Roi près d’elle.

Eugène Ionesco tricote ainsi une remarquable-mais parfois longuette-réflexion sur le temps qui passe et la dégradation bien réelle et irréversible du corps humain. S’invitant et nous invitant à réfléchir à notre condition: «J’ai écrit cette pièce pour que j’apprenne à mourir.» Un thème que l’on retrouve dans toute son œuvre…

Ce sacré bonhomme, que nous avions rencontré une fois dans les années 80, ressemblait fort à son personnage, obsédé par sa prochaine disparition, avec une grande tristesse sur son visage qui nous avait frappé. Et il semblait quelque peu amer, et agacé d’avoir été reconnu un peu trop tardivement selon lui: il rappelait que sa célèbre Cantatrice chauve, jouée partout dans le monde depuis sa création en 1950, avait précédé de trois ans En attendant Godot… Allez, tiens, on va faire un cadeau à nos fidèles lecteurs qui pourront toujours le resservir dans les salons à l’heure de l’apéro… Pourquoi La Cantatrice chauve s’appelle-t-elle La Cantatrice chauve ? Selon Nicolas Bataille, son premier metteur en scène qui nous l’avait raconté : à la première lecture de la pièce dans un café du boulevard Saint-Michel à Paris, un comédien avait sauté par mégarde une page et avait enchaîné « cantatrice » à « chauve » ! Pas mal, non? A quoi tient un bon titre de pièce!

On connaît, bien sûr, la magistrale interprétation de Michel Bouquet, dirigé par Georges Werler. Mais il était intéressant de voir comment une jeune metteuse en scène comme Julie Duchaussoy, avec ses copains du Conservatoire de Bordeaux et du Théâtre national de Bretagne (Lucie Boissonneau, Denis Boyer, Yoan Charles, Clémentine Desgranges, Mathilde Monjanel, mais aussi l’excellente Karen Rencurel…) pouvait monter cette pièce moins connue du grand écrivain.
Elle a réussi sur ce plateau peu profond, à maîtriser l’espace  et assez bien la direction de ses acteurs qui ont une bonne diction mais aussi trop souvent tendance à la criaillerie. Là, il faudrait vite faire quelque chose…

Mais Julie Duchaussoy a une belle intelligence d’un texte parfois bavard… Et Yoan Charles s’empare de ce rôle de roi âgé, qu’il finit par imposer, après un début un peu difficile. Pas de décor, sauf un sorte de lit-banquette qui, au besoin, devient table. C’est bien comme cela, mais les costumes qui n’en sont pas vraiment, demanderaient à être revus, mais bon… En tout cas, il faudra suivre Julie Duchaussoy quand elle fera la mise en scène d’une autre  pièce sur un plateau correct.

 Philippe du Vignal

Ciné Théâtre 13, 1 avenue Junot, Paris XVIIIème. T : 01 42 54 15 12, jusqu’au au 19 mars, les mercredi et vendredi à 21h, les jeudi et samedi à 19h et le dimanche à 16h.

 

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