Le Horla,d’après Guy de Maupassant, mise en scène de Slimane Kacioui

Le Horla,d’après Guy de Maupassant, mise en scène de Slimane Kacioui

 

le horla Horla, un  néologisme créé par Guy de Maupassant. Peut-être composé de : hors la loi et de horsain en patois normand : étranger, avec la juxtaposition des mots «hors» et «là» où apparaît à la fois l’anormalité de cette créature, et sa présence. Démence du narrateur ou réalité des faits qu’il rapporte, comme dans Soudain l’été dernier chez Tennessee Williams? Guy de Maupassant avait l’impression de se voir à l’extérieur de lui, ou d’être  étranger à la personne qu’il voyait dans le miroir. Avec le suicide- auquel il avait pensé dans cette situation sans issue. Avec Le Horla, on retrouve cette fascination du double dans la littérature fantastique depuis Hoffmann (1776-1822) mais aussi l’intérêt de Guy de Maupassant pour l’hypnose et les travaux sur l’hystérie vers 1865 du grand neurologue Charcot à la Salpêtrière…

Un homme normal  sombre dans une grave  délire et voit vraiment un être invisible près de lui, qui se nourrit de sa vie pendant son sommeil. Est-il victime d’hallucinations ou bien d’un être surnaturel  qui fait de lui son esclave ? Il écrit son journal où il consigne  chaque jour les phénomènes auxquels  le soumet cet Horla, un être invisible donc potentiellement dangereux. Le narrateur croit qu’il a déplacé une page de livre, ou qu’il a bu de l’eau et du lait alors que les bouteilles sont rigoureusement fermées, ou  qu’il se glisse  entre  lui et son reflet de dans un miroir…

 Sur le petit plateau, juste des pendrillons noirs, une chaise en bois paillée et un tréteau. Florent Aumaitre, un jeune comédien sympathique aux yeux bleus, grand et mince, les cheveux blonds, a quelque chose de Pierre Richard, et il s’empare de ce conte, avec parfois un certain bonheur. Ce solo qui a déjà été beaucoup joué, est parfaitement rodé, mais la direction d’acteurs reste approximative. Et Florent Aumaitre va sans cesse du simple récit-ce qui aurait sans doute donné une autre dimension au spectacle-et l’interprétation d’un personnage schizophrène : gestuelle mal maîtrisée comme diction ne sont pas toujours au rendez-vous, et on reste sur sa faim, passé les dernières minutes. Adapter un conte, surtout fantastique, au théâtre: un exercice de haute voltige, surtout quand il est pratiqué en solo…

Il s’agit bien ici d’une fiction avec ce que cela représente d’illusion,  et cela donc met donc en jeu une relation entre un conteur et son public qui doit le trouver crédible… Une opération pas facile pour un metteur en scène obligé de naviguer à vue entre narration et confession en direct, d’un personnage unique  sur  un  plateau nu et dans un temps assez  court. Avec ici une sorte de mise en abyme, puisqu’il s’agit d’une auto-représentation, le conteur étant aussi le personnage central qui joue ses hallucinations devant nous. Avec une nette tendance au sur-jeu.

Et là, cela ne va plus très bien. Malgré la bonne volonté de Florent Aumaitre, on s’ennuie un peu… Une fois de plus, le théâtre actuel fait flèche de tout bois et les metteurs en scène semblent préférer adapter de longs romans ou des contes pour un seul comédien-on le voit tous les ans dans le off à Avignon-plutôt que de s’attaquer à de vrais textes de théâtre, classiques ou contemporains. Avec tous les risques que cela comporte…

Philippe du Vignal

Théâtre Michel 8 rue des Mathurins, Paris VIIIème. T: 01 42 65 35 02, à 19h. jusqu’au 6 mai, les mardis et mercredis à 19h; et les samedi 25 mars à 16h30, dimanche 26 mars 17h00, jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 mai à 19h00.

 

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