Palestro de Bruno Boulzaguet et Aziz Choauki

 

Palestro de Bruno Boulzaguet et Aziz Chouaki, mise en scène de Bruno Boulzaguet

 

Luc-Antoine Diquéro dans Palestro mis en scène par Bruno Boulzaguet. Luc-Antoine Diquéro dans Palestro mis en scène par Bruno Boulzaguet. Alain Richard.

©Alain Richard

Une guerre est toujours perdue, et des deux côtés. Surtout celle qui ne dit pas son nom, comme la guerre d’Algérie : « pacification », « événements ». Le rappel du contingent, puis l’embuscade de Palestro, le 18 mai 1956, qui ont mis l’opinion française face à une réalité dont on ne voulait pas : la guerre, et engagée depuis longtemps. Une patrouille part reconnaître le terrain vers Palestro au Sud-Est d’Alger, (du nom d’une victoire du Piémont et de son allié Napoléon III sur les Autrichiens en 1859 !), aujourd’hui Lakhdaria. R.A.S. : un simple contrôle du territoire, avec une chef qui croyait dur comme fer à l’amitié franco-algérienne et au chemin vers la paix. Mais soudain, c’est l’embuscade, et toute la patrouille est massacrée. À l’exception d’un seul survivant : il faut bien un messager pour raconter la tragédie…

Avec l’escalade de la revanche : villages brûlée, populations anéanties par des soldats abandonnés à la vengeance et à la haine, que la hiérarchie n’a peut-être pas cherché réellement à contrôler. Une histoire ancienne (1956) et pourtant, ça brûle encore. Bruno Boulzaguet, lui-même fils d’un ancien d’Algérie, explore les traumatismes souterrains de cette guerre sans nom. Il imagine une fratrie découvrant, à la mort du père, un abîme de dettes et une mystérieuse carte de vacances en Algérie. Petit à petit, ils découvrent le sens de cette dette, l’histoire se recompose, avec ses témoignages contradictoires et ses interprétations divergentes.

On passe d’un naturalisme frontal, avec un premier degré presque brutaliste assumé par des comédiens qui prennent le texte à bras le corps, en direct et sans chichis ni fioritures, à un théâtre qui assume la distance du récit. Cécile Garcia Fogel, Luc-Antoine Diquéro et Stanislas Stanic ont assez d’expérience et de générosité pour faire passer ce qui, joué par d’autres, ferait «vieux théâtre», au ras d’un langage quotidien et d’une dramaturgie un peu trop explicative.

Mais le spectacle s’en sort par le jeu : face aux grands enfants-car les adultes restent toujours des enfants quand il s’agit de leurs parents-trois jeunes acteurs : Guillaume Jacquemont, Étienne Bianco et Tom Boyaval ont l’âge des petits soldats du contingent. Une nouvelle génération prend le relais du récit, se passe la balle et la parole pour raconter cette histoire. L’interprétation reste un rien formel et sent l’exercice d’école-celle, très bonne, d’Asnières d’où sortent ces comédiens, mais cela donne une dimension à la pièce et permet de sortir de la convention naturaliste.
Et puis le jeu a cela de bon, selon les deux auteurs de la pièce, qu’il confronte non des adversaires, mais des partenaires. Un rêve fugace, l’illusion de ce qu’auraient pu être les relations entre la France et l’Algérie, avec beaucoup de si… Ici, pas de bons ni de méchants, mais seulement l’insupportable violence de la guerre. Palestro en évoque les traumatismes et les silences. Un spectacle à la fois imparfait et essentiel.

 Christine Friedel

Théâtre de l’Atalante, Places Charles Dullin Paris 18e, jusqu’au 1er avril. T. 01 46 06 11 90.

 


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