Les Bas-Fonds de Maxime Gorki

 

 Les Bas-Fonds de Maxime Gorki, d’après la traduction d’André Markowicz, adaptation et mise en scène d’Eric Lacascade

 IMG_0611Une immense cave aux allures de vaste grotte, avec voûte de pierre grisâtre lézardée : c’est un refuge douteux qui accueille, pour une nuit ou deux, des misérables et marginaux en vrac, des sans abri, sans domicile fixe, exemples involontaires et criants d’une exclusion, entre pauvreté et quart-monde, admise par la société. Ici, des êtres incapables de résistance, même individuelle, sombrent dans la folie, jouent et assistent aux histoires de cœur et aux affaires des maîtres et malfrats du lieu, comme Vassilissa et son mari véreux. Elle est la maîtresse de Pepel, un jeune voleur au service des sales besognes du couple; mais il en pince désormais pour Natacha, la sœur, plus jeune, de Vassilissa.

Le succès vint à Maxime Gorki avec  la première des Bas-Fonds au Théâtre d’Art de Moscou.  Sur la scène russe, en 1902, la vie des marginaux est un thème nouveau avec une mise en lumière pittoresque d’un asile de nuit accueillant «ses hôtes, des ci-devant mêlés à des hommes du peuple, déchus, compliqués, passionnants», comme l’a écrit Nina Gourfinkel.

Constantin Stanislavski (1863-1938) découvre dans Les Bas-Fonds qu’il va créer, «un nouveau ton, une nouvelle manière de jeu, un nouveau réalisme, un romantisme particulier». La langue, très vivante, résonne entre spontanéité et didactisme et le héros de la pièce  héros a l’allure d’un vagabond fantaisiste qui ne plaide pas pour le changement de l’homme mais pour ses conditions d’existence. C’est un personnage moderne, tourmenté et contradictoire, «un instrument de démolition du monde ancien, un explosif révolutionnaire».

Satine, l’un des personnages de cet asile de nuit dégradé, montre sa foi en l’homme et en sa capacité de création, mais aussi en son lien avec la nature. Eric Lacascade qui avait monté Les Barbares de Maxime Gorki, au Festival d’Avignon 2006 puis Les Estivants en 2008 au Théâtre National de Bretagne, monte à son tour cette pièce-culte qui révéla il y trente cinq ans, les metteurs en scène Gildas Bourdet et Alain Milianti, et le comédien Jacques Bonnaffé.

La direction d’acteurs des Bas-Fonds, que ce soit le chœur ou les personnages irradiants, offre une matière théâtrale mobile et vivante avec un élan d’humanité vivifiante. Tous envahissent l’espace, l’ouvrier et son enclume, sa femme malade qui va et vient, une jeune fille égarée qui lit beaucoup, le Baron, l’Acteur, et les autres… dont Louka qui, différent en cela des autres, amers et hargneux,  offre à tous une parole de réconfort.

Murielle Colvez, Jérôme Bidaux, Mohamed Bouadla, Arnaud Churin, Christophe Grégoire, Alain d’Haeyer, Pénélope Avril, Laure Catherin, Georges Slowick, Leslie Bernard, Arnaud Chéron, Stéphane E. Jais, Christelle Legroux et Gaëtan Vettier et Eric Lacascade lui-même entrent fougueusement dans le jeu. Quand ils interprètent cette armée de laissés-pour-compte, via l’art théâtral, ils diffusent un souffle libérateur, un ouragan d’espérance et une foi dans la bataille livrée contre les bas de la vie, en quête d’un équilibre minimal, pour rester debout, et dans la dignité.

 Telle une danse silencieuse, des habits de ville descendent des cintres et désignent ceux qui les portent comme des êtres appartenant à la société des hommes à part entière, enfants devenus trop grands, entre les rangées de petits lits bordés de couvertures, comme ceux des nains de Blanche-Neige… Quand la crise survient à l’acmé des tensions conflictuelles entretenues par les autorités de l’asile, les lits sont renversés, cassés et amassés en gravats informes. Plus alors d’enfance, plus de repos  ni d’un peu de confort pour aider pour cette  pauvre humanité !

 Restera l’oubli dans l’alcool, le rêve et les chansons conviviales, grâce à un tour de passe-passe où excelle Eric Lacascade:  à la fin, il y a un bar à canettes de bière dansantes, sonnantes et trébuchantes, un festival de jets de liquide entre cirque et jonglage: les buveurs s’en donnent à cœur joie! Reste la passion de l’homme qui n’en finit pas de détruire, pour toujours reconstruire…

 Véronique Hotte

Théâtre des Gémeaux-Scène nationale de Sceaux/Théâtre de la Ville à Paris (fermé pour travaux) du 17 mars au 2 avril. T. : 01 46 61 36 67.

 

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