Le Fils de Marine Bachelot Nguyen

© Thierry Laporte -

© Thierry Laporte -

 

Le Fils de Marine Bachelot Nguyen, mise en scène de David Gauchard

Une femme s’adresse au public : «Vous savez ce que c’est d’être mère ? » Et de nous conter par le menu, la naissance de ses fils, son mariage, son métier de pharmacienne tenant boutique avec son époux. Une femme d’aujourd’hui, dans une ville de province, à la vie bien ordonnée entre famille et travail… allant à la messe le dimanche avec mari et enfants…  Deux fils qui grandissent, si différents l’un de l’autre. Elle s’engage dans des mouvements catholiques traditionnalistes,  et va aux manifestations contre le spectacle de Roméo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu puis ira aux marches contre le mariage pour tous. Avec le sentiment d’appartenir à une bonne société bien pensante…

Une adresse simple, factuelle. Tantôt la comédienne dit : je, tantôt elle prend du recul, avec un récit à la troisième personne. Mais banal, le personnage cerné par l’auteure s’avère complexe et cela, dès le début du récit : «Les enfants,  elle était envahie par eux. Elle les aimait et les détestait.» Pétrie de contradictions et d’angoisses, elle apostrophe de temps à autre  le public, en quête d’approbation : «Et vous vous allez à la messe ? » «Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? » …

Au fil du récit, on sent, à la tension du jeu de la comédienne, monter le drame final. La jeune femme ne l’aura pas  vu venir car, aveuglée par ses certitudes, elle est persuadée d’être dans le droit chemin, de lutter pour la bonne cause. Sa croisade contre le Mal, au nom de valeurs qui suintent la haine d’autrui, lui vaudra le pire des châtiments.

Rien de moraliste dans cette pièce, commande  de la compagnie l’Unijambiste, en réponse  à  l’essor de l’intégrisme catholique. Une analyse  froide et scrupuleuse des mécanismes à l’œuvre dans l’engrenage qui conduit à des engagements politiques nauséabonds, en toute inconscience.  « Cette fiction a un fort ancrage documentaire (…) Un travail de recherche sur les mouvements catholiques intégristes en France et sur d’autres mouvements plus policés et ambigus, a accompagné et précédé l’écriture du texte, note l’auteure. » 

 A la précision et l’efficacité du texte, répond une mise en scène sobre et rigoureuse. Et Emmanuelle Hiron, au jeu d’une grande intensité, tient le public en haleine pendant une heure vingt. La présence d’un jeune claveciniste qui apparaît de temps à autre sur le plateau, pas vraiment justifiée, apporte un contrechamp, une respiration dans le jeu serré et subtil de la comédienne qui, au plus près du personnage et de ses émotions, sait, en même temps, s’en tenir habilement à distance.

Cette mère de famille ordinaire, qui pourrait être notre sœur ou notre collègue, nous semble, à nous aussi, à la fois familière et lointaine. Du bel ouvrage, sans autre prétention que de nous révéler la face sombre et tragique de la bien-pensance.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu à la Maison des Métallos le 2 avril.
Festival Mythos à Rennes. T. : 02 99 79 00 11, les 6 et 7 avril.
Espace Malraux/ Chambéry (73) T. 04 79 85 55 43 , les 3, 4,10, 11 et 12 mai .
La Manufacture à Avignon T. 04 90 85 12 71 du 6 au 26 juillet.

 

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