La Résistible ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht

 

La Résistible ascension d’Arturo Ui de Bertolt Brecht, traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd, mise en scène de Katharina Thalbach

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©Brigitte Enguerand/Divergence

Seconde mise en scène de la pièce (1941), après  celle de Dominique Pitoiset  à la rentrée (voir Le Théâtre du blog) où il a essayé de rendre actuel le personnage d’Arturo Ui, avec un dirigeant de grande société, bien habillé, entouré de son équipe, à la fois très ambitieux et cynique, et qui sait qu’il à les moyens d’influencer la vie politique de son pays.En mur de fond, des écrans avec les cours de la Bourse en 2017. Et les tiroirs d’une morgue où reposeront les victimes d’Arturo Ui… Philippe Torreton, crée un élégant mais grossier personnage, inquiétant et pleins de tics (Dominique Pitoiset vise-t-il un ancien président de la République !). Très crédible,  il connaît bien les techniques de séduction auxquelles vont se laisser prendre les citoyens passifs d’une France déjà en proie à des idées nationalistes, et qui ne demandent qu’à l’écouter. Citoyens représentés par le public que Dominique fait participer,  de façon assez ambiguë… Une façon de monter  la pièce avec un regard contemporain.

Mais Katharina Talbach, elle, revient à une conception plus traditionnelle de la pièce de Bertolt Brecht, en la resituant, comme à l’origine, dans les années trente. Ici, Arturo Ui cherche à s’immiscer dans le trust du chou-fleur, alors que la situation économique est très mauvaise à Chicago. On retrouve ici les épisodes de l’œuvre que la metteuse en scène a respectés  avec, entre autres: la complicité du maire de Chicago, les aventures risquées du vieil Hindsborough qui se laisse corrompre, comme le président Hindenburg, impliqué dans un scandale financier, et qu’Arturo Ui, dont on voit clairement l’ascension vers le pouvoir, fera facilement chanter…

Il y  a aussi la scène bien connue où comme Hitler, le gangster prend des cours de déclamation avec un vieil acteur insupportable, et celle où les tensions naissent entre les complices d’Arturo Ui, Gori, Gobbola et Roma qui sera lui, éliminé sans scrupule. Comme Dolfoot, le maire de Cicero qu’il fera aussi assassiner, ce qui permettra à Arturo Ui, d’obtenir le contrôle absolu sur le commerce du chou-fleur dans les deux villes… Comme Hitler, avec la complicité efficace d’Hermann Goring et de Joseph Goebbels,  qui assassina le chancelier autrichien Dollfuss, avant d’envahir  son pays, puis la Tchécoslovaquie, la Pologne, la France, etc.

Cette  pièce métaphorique apparaît souvent datée et bavarde, même si la metteuse en scène a, avec raison, fait des coupes. Elle dit avoir voulu la traiter: « comme un des grands spectacles de foire annuelles-presque sous la forme d’une complainte, voire d’un mystère-en soulignant l’héritage des grands drames shakespeariens ». On veut bien, mais on est loin d’un théâtre populaire comme elle le souhaite, et ces deux heures vingt nous ont paru bien longuettes… Même si son travail est du genre impeccable, empreint de toute la rigueur et de la discipline allemandes. Mais sans guère de fantaisie, et elle semble à avoir eu quelque mal à créer un véritable divertissement comme le voulait Bertolt Brecht. Bref, le compte n’y est pas vraiment!

Pourquoi Katharina Talbach fait-elle ainsi criailler ses comédiens presque en permanence? Pourquoi a-t-elle aussi eu cette bizarre idée de demander à Ezio Toffoluti-qu’on a connu plus inspiré-de construire un plan très (trop!) incliné avec trappes, sans doute d’une belle qualité plastique mais pas du tout efficace, que vient régulièrement couvrir une grande toile d’araignée sur le plan de Berlin? Pour montrer l’emprise galopante du nazisme sur la ville? Comme si le texte n’y suffisait pas! Résultat de ce pléonasme : sur le plateau déjà pas si grand de la salle Richelieu, la mise en scène reste statique, et les comédiens semblent gênés dans leurs déplacements! Côté interprétation, toute la troupe est à l’aise : Laurent Stocker dans Arturo Ui, qui a quelque chose d’assez surréaliste en petit homme clownesque et caricatural d’Hitler, mais Philippe Torreton donne au personnage une autre dimension.

Il y a de bonnes surprises, comme la scène avec Michel Vuillermoz, toujours formidable de vérité, quand il joue avec panache et beaucoup de drôlerie, cet acteur imbu de lui-même, ou la composition de Bruno Raffaelli, en étonnant vieil Hindsborough. Mais conçu à partir d’une pièce pas très passionnante, un spectacle bien fait mais conventionnel.  Et on ne vous poussera pas à y aller…

Philippe du Vignal

Comédie-Française, salle Richelieu, Place Colette, Paris Ier. T : 01 44 58 15 15, jusqu’au 30 juin (en alternance).

 

 

 

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