La neuvième nuit, nous passerons la frontière

 

La neuvième nuit, nous passerons la frontière de Michel Agier et Catherine Portevin,  mise en scène de Marcel Bozonnet

 

(C)Pascale Gely

(C)Pascale Gely

Sous la verrière de la salle d’exposition de la Maison des Métallos nous découvrons,  à la tombée du jour,  disposés ça et là, un chariot de supermarché, des jerricanes, des valises… Côté jardin, un écran vidéo laisse apparaître de temps à autre, des images d’hommes, de femmes et d’enfants, comme venus de nulle part. Sur le mur du fond, tel un mirage, une tache de ciel bleu azur et la blancheur d’un nuage (peinture de Claude Durand) : un horizon, un paradis vers lequel se diriger ? Qui sommes-nous, que devenons-nous, lorsque l’exil prend la forme pour l’homme ou la femme déplacés : « d’une impossibilité à vie de rattraper un petit retard »,  comme dans Seuls de Wajdi Mouawad ?

Le thème du mouvement, du déplacement, mental et/ou géographique, est au cœur de cette pièce Pour Marcel Bozonnet: « Il est temps de penser autrement la mondialisation humaine, à l’heure où la Méditerranée est le tombeau de milliers d’immigrés (…) »
 Sous la forme d’un duo, un comédien, Roland Gervet « L’Homme sur la frontière », et une danseuse, Nach  « La Migrante », le metteur en scène crée un spectacle d’une nécessité politique et sociale incontestable.

Dans cette performance, les tableaux chorégraphiques composés par la merveilleuse Nach, danseuse d’une forte intensité poétique se succède, tandis que Roland Gervet, comédien et conteur, partage avec le public  réflexions et commentaires, anthropologiques, socio-politiques sur la question de l’identité et de l’exil.  Remarquable de justesse, le texte, co-écrit avec la journaliste Catherine Portevin à partir de témoignages, enquêtes et fictions, a été librement adapté d’un essai de Michel Agier, anthropologue et ethnologue,  Le Couloir des Exilés.

 Comment construire un monde commun, quand l’effondrement des frontières donne lieu à la construction de murs ?  A l’ère de la mondialisation, où la personne humaine est appelée trop souvent à fuir et à tout quitter pour survivre et non pour découvrir le monde et ses richesses en toute liberté,  cette création pose une question essentielle. Elle offre une approche sensible et poétique mais aussi épistémologique de ceux que l’on nomme, souvent avec mépris et ignorance,  l’immigré, le migrant, le déplacé, l’exilé. « Celles et ceux qui partent, On les appelle les migrants, les migrantes. Ou bien on les appelle les réfugiés. Ou bien on les appelle les déplacés. »

La figure noble de l’exilé affrontant les épreuves, en quête de découvertes et d’exploration du monde, s’est tragiquement transformée en celle de pestiféré : «Pourquoi celui qui bouge, dérange-t-il plus, que celui qui reste ? Et pourquoi n’aime-t-on pas que celui qui bouge, se mette à rester, à habiter là ?», se demande le nomade en apostrophant l’habitant d’ici.

Face à cette question d’une actualité brûlante, cette mise en scène d’une grande qualité (texte, musique, danse), apporte une analyse scientifique, à un large public, et en particulier,  aux jeunes générations. L’objectif politique et humaniste  de Marcel Bozonnet, Michel Agier, et  Catherine Portevin : « suspendre les jugements hâtifs et renverser les points de vue, est ici tenu avec intelligence et sans démagogie par le metteur en scène ».  Difficile, après ce spectacle, de continuer à ignorer la violence et la réalité quotidienne de cette tragédie du XXIème siècle…

Elisabeth Naud

Maison des Métallos,  94  rue Jean-Pierre Timbaud Paris XIème. T. : 01 47 00 25 20.  Le spectacle a été joué du 16  au 23 avril.

Les couloir des exilés, éditions Le Croquant

 

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