La Mouette, d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas

La Mouette d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas en lituanien (sous-titrée en français)

 

photo D.Mmatvejev

photo D.Mmatvejev

Encore une Mouette ! Une vraie, et en direct :  pas une création collective «d’après », pas une adaptation,. Deux remarques, cependant : même trafiquée, même mal jouée, c’est toujours une belle pièce, et les jeunes gens n’ont rien à perdre à la découvrir. Ensuite, le désir de la monter, plus encore que la pièce elle-même, serait le symptôme d’une guerre des générations particulièrement chaude, un  siècle après son écriture. Faut voir.

On voit dans La Mouette une Arkadina, actrice connue, pas encore  sur le retour, mais assez haut dans  l’échelle des âges et de sa carrière, pour craindre de redescendre ; elle rejette les tentatives d’écriture et de création de son fils, et accessoirement, une possible jeune rivale…
Ajouter à cela une circulation des amours qui vaut celle d’Andromaque de Racine : Macha aime Constantin (dit Kostia) qui aime Nina, laquelle est attirée par Trigorine, qui n’aime personne, même pas lui-même, qu’Arkadina aime et tient en laisse à coups de compliments démesurés. Polina, la femme de l’intendant aime le docteur Dörn qui la néglige… Et l’on n’oublie pas le vieux Sorine qui n’a jamais aimé, ou alors toutes les femmes et toute sa vie (et Nina, avoue-t-il à la fin), ni l’instituteur fauché qui aime Macha… et voilà la boucle bouclée.  Comme dit le docteur, « comme tout le monde est nerveux, et que d’amour ! ». Le tout fait quand même une comédie, comme l’espérait Anton Tchékhov, mais qui finit tragiquement.

Oskaras Korsunovas n’y va pas par quatre chemins. Pas de décor, inutile. Pas de costumes d’époque, inutiles et même contre-productifs. Les acteurs, déjà présents à l’entrée du public, attendent de jouer, comme la petite société dans la pièce attend Nina et la pièce de Treplev (Kostia). Et, parce que le metteur en scène est un malin, ils commencent déjà à jouer, en douce, et à évoquer par quelques traits les rôles qu’ils interpèteront  ensuite frontalement.

Idem pour les « non-costumes » qui, l’air de rien, évoquent le rôle que chacun va tenir, et même son itinéraire: Nina en talons hauts, triste présage d’un déclassement pour cette gentille provinciale,  rêve de gloire sur les  scènes de la capitale. Pas de chichis, les comédiens jouent au moins autant avec le public, qu’entre eux, se questionnant et nous questionnant : « Suis-je trop vieille pour être aimée ? ».

Tout le jeu, et rien que le jeu : les acteurs et la mise en scène s’appuient sur une double énergie, celle, vitale et mortelle, de l’amour et du désir, et celle, ravageuse, d’une jeunesse empêchée qui se retourne contre elle-même. Question de vie ou de mort : cela fait toute la dynamique du spectacle et sa justesse.  Avec des moments où l’on rit : quand, par exemple, d’un trait un peu appuyé, Trigorine l’écrivain à succès prend son carnet de notes en toutes occasions, en particulier celles qu’on lui signale.

Une belle énergie, donc. Le mobilier (des chaises pliantes grises) en prend un coup, tout comme le sentimentalisme. La pièce en sort complètement décapée.  Sans doute pas la seule lecture possible, mais c’est très fort. A voir d’urgence.

 Christine Friedel

Théâtre 71 Malakoff  jusqu’au 27 avril. T. 01 55 48 91 00 puis à Festival Passages de Metz les 5 et 6 mai. T. : 07 81 68 34 40

 


Archive pour 26 avril, 2017

La Mouette, d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas

La Mouette d’Anton Tchékhov, mise en scène d’Oskaras Korsunovas en lituanien (sous-titrée en français)

 

photo D.Mmatvejev

photo D.Mmatvejev

Encore une Mouette ! Une vraie, et en direct :  pas une création collective «d’après », pas une adaptation,. Deux remarques, cependant : même trafiquée, même mal jouée, c’est toujours une belle pièce, et les jeunes gens n’ont rien à perdre à la découvrir. Ensuite, le désir de la monter, plus encore que la pièce elle-même, serait le symptôme d’une guerre des générations particulièrement chaude, un  siècle après son écriture. Faut voir.

On voit dans La Mouette une Arkadina, actrice connue, pas encore  sur le retour, mais assez haut dans  l’échelle des âges et de sa carrière, pour craindre de redescendre ; elle rejette les tentatives d’écriture et de création de son fils, et accessoirement, une possible jeune rivale…
Ajouter à cela une circulation des amours qui vaut celle d’Andromaque de Racine : Macha aime Constantin (dit Kostia) qui aime Nina, laquelle est attirée par Trigorine, qui n’aime personne, même pas lui-même, qu’Arkadina aime et tient en laisse à coups de compliments démesurés. Polina, la femme de l’intendant aime le docteur Dörn qui la néglige… Et l’on n’oublie pas le vieux Sorine qui n’a jamais aimé, ou alors toutes les femmes et toute sa vie (et Nina, avoue-t-il à la fin), ni l’instituteur fauché qui aime Macha… et voilà la boucle bouclée.  Comme dit le docteur, « comme tout le monde est nerveux, et que d’amour ! ». Le tout fait quand même une comédie, comme l’espérait Anton Tchékhov, mais qui finit tragiquement.

Oskaras Korsunovas n’y va pas par quatre chemins. Pas de décor, inutile. Pas de costumes d’époque, inutiles et même contre-productifs. Les acteurs, déjà présents à l’entrée du public, attendent de jouer, comme la petite société dans la pièce attend Nina et la pièce de Treplev (Kostia). Et, parce que le metteur en scène est un malin, ils commencent déjà à jouer, en douce, et à évoquer par quelques traits les rôles qu’ils interpèteront  ensuite frontalement.

Idem pour les « non-costumes » qui, l’air de rien, évoquent le rôle que chacun va tenir, et même son itinéraire: Nina en talons hauts, triste présage d’un déclassement pour cette gentille provinciale,  rêve de gloire sur les  scènes de la capitale. Pas de chichis, les comédiens jouent au moins autant avec le public, qu’entre eux, se questionnant et nous questionnant : « Suis-je trop vieille pour être aimée ? ».

Tout le jeu, et rien que le jeu : les acteurs et la mise en scène s’appuient sur une double énergie, celle, vitale et mortelle, de l’amour et du désir, et celle, ravageuse, d’une jeunesse empêchée qui se retourne contre elle-même. Question de vie ou de mort : cela fait toute la dynamique du spectacle et sa justesse.  Avec des moments où l’on rit : quand, par exemple, d’un trait un peu appuyé, Trigorine l’écrivain à succès prend son carnet de notes en toutes occasions, en particulier celles qu’on lui signale.

Une belle énergie, donc. Le mobilier (des chaises pliantes grises) en prend un coup, tout comme le sentimentalisme. La pièce en sort complètement décapée.  Sans doute pas la seule lecture possible, mais c’est très fort. A voir d’urgence.

 Christine Friedel

Théâtre 71 Malakoff  jusqu’au 27 avril. T. 01 55 48 91 00 puis à Festival Passages de Metz les 5 et 6 mai. T. : 07 81 68 34 40

 

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