La Mouette d’Anton Tchékhov mise en scène d’Isabelle Hurtin


 

La Mouette d’Anton Tchékhov, traduction d’Antoine Vitez, mise en scène d’Isabelle Hurtin

©© Kevin Chemla

©© Kevin Chemla

D’abord une pensée émue pour Antoine Vitez; aujourd’hui, il y a déjà vingt-sept ans,  jour pour jour (et c’était aussi un dimanche vers 17 heures  comme  au moment de cette représentation), il fut terrassé par une hémorragie cérébrale!

Donc encore une Mouette ce mois-ci,  la troisième ce mois-ci! (voir Le Théâtre du Blog). Disons sans doute quelque peu influencée par Antoine Vitez, dont Isabelle Hurtin fut l’élève, et qui monta  remarquablement La Mouette à Chaillot.

Cela se passe en un peu plus de deux heures, dans le petit théâtre du Ranelagh en bois et stuc de style Renaissance flamande, tout près de la place de la Muette (XVIème) que Louis Mors, un constructeur automobile, fit bâtir en 1895, à côté de son hôtel particulier…Tiens, la même année où Anton Tchékhov écrivit sa célèbre Mouette, créée en octobre 1896 à Saint-Pétersbourg, avec Vera Komissarievskaia dans le rôle principal, et qui fut un échec, avant d’être reprise, trois ans plus tard, par Constantin Stanislavski avec succès au Théâtre d’Art de Moscou. La première de ses grandes pièces-devenues cultes dans le théâtre contemporain: Les Trois sœurs, Oncle Vania et La Cerisaie

On connaît le scénario aux amours à tiroirs, comme dans Andromaque,  dit notre amie Christine Fridedel. Treplev aime Nina qui veut être comédienne et qui joue dans la première pièce de son amoureux, lequel se croit déjà un écrivain, sur une petite scène dans un jardin : c’est une sorte de manifeste pour un théâtre nouveau et un monde meilleur. Mais bon, le texte comme la mise en scène sont ceux d’un débutant et le résultat frise la catastrophe… Arkadina, la mère du jeune Treplev, une comédienne connue mais qui n’a plus guère de succès, est l’amante de Trigorine, un écrivain lui aussi connu, est très déçue  par ce petit spectacle et le dit à Treplev, son fils que  Nina quittera pour Trigorine. Il y a aussi Macha qui aime le jeune Treplev qui donc aime Nina.
Polina, la femme de l’intendant, aime sans espoir le docteur Dörn et le vieux Sorine  semble aimer un peu Nina, et Medvedenko, l’instituteur aime Macha… Deux ans plus tard, Nina et Treplev se reverront mais elle a raté sa carrière de comédienne et Trigorine l’a quittée pour retrouver Arkadina…. Treplev accablé, se suicidera

« Cette création se passe entre les larmes du lac, les couleurs claires et limpides de l’espoir, de la jeunesse, de l’amour, les brumes de la vie. » On veut bien… mais Isabelle Hurtin a préféré une scène nue qui, même avec des pendrillons noirs relevés sur le côté, est  singulièrement encombrée par la petite scène où va jouer Nina et par un fatras de chaises. Cela réduit singulièrement, sur un plateau déjà pas bien grand, l’espace vital des comédiens qui jouent trop souvent-on se demande bien pourquoi-face public, et sous-éclairés: ce qui n’arrange pas les choses! Isablle Hurtin aurait pu aussi nous épargner ces jeux hors scène dans une corbeille  ou dans le couloirr central du parterre

Cette mise en scène, on dira honnête, prend en compte le texte mais a des défauts trop évidents qui plombent la représentation. D’abord, un rythme trop lent, avec des changements d’acte qui n’en finissent pas, et des images projetées, très pléonastiques comme, entre autres, la silhouette verte de cette jeune femme qui est aussi sur l’affiche, le dessin d’une maison au bord d’un lac  au moment où on en parle,  ou celui, à la fin quand Treplev se suicide, d’une mouette tachée de sang! Tous aux abris…

Par ailleurs, la distribution est trop inégale: Isabelle Hurtin s’en sort dans Arkadina, comme Mathieu Saccuci (Treplev), Thomas Cousseau (Trigorine) ou Frédéric Cuif (le docteur Dorn) Mais grave problème, il faut se pincer  pour croire un instant que Léonor Ilitch puisse être la toute jeune Nina… La comédienne, qui a une diction pas toujours très sûre, ne semble pas vraiment à l’aise. C’est d’autant plus ennuyeux qu’elle est souvent sur scène! Et il n’y a guère d’émotion, sauf à la toute fin quand Treplev se suicide. Ce qui ne suffit évidemment pas

« Mélange de grande tendresse et de violence contemporaine » dit Isabelle Hurtin: désolé, mais nous n’avons pas ressenti cette tendresse dans cette  mise en scène faussement « moderne », trop longue, trop « bavarde », même s’il y a quelques belles images. Le public, pas dupe, a salué poliment. Dommage pour cette Mouette qui n’a  pas les mêmes qualités que celle d’Oskaras Korsunovas (voir Le Théâtre du Blog)… On ne vous poussera donc pas à y aller.

Philippe du Vignal

Théâtre Le Ranelagh , 5 rue des Vignes, Paris XVIème. T:  01.42.88.64.44 jusqu’au 30 avril.
Théâtre de l’Epée de Bois du 12 au 28 juin, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre. T: 01 48 08 39 74

 

 

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