Angelus Novus AntiFaust

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Angelus Novus AntiFaust mise en scène de Sylvain Creuzevault

«Il s’agit peut-être d’écrire un Faust contre son propre mythe un AntiFaust, dont le titre qualifie son démon, un Angelus novus», écrit Sylvian Creuzevault en préambule. Cette notion d’ange nouveau a sa source chez Paul Klee, comme le révèle Walter Benjamin dans Thèses sur la philosophie de l’histoire, et cité en insert, au cours du spectacle : «Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. (…) » Walter Benjamin avait acquis cette aquarelle dans laquelle il voyait «un ange face à la tempête du progrès porteur de catastrophe».

 Le metteur en scène pense, bien sûr, à notre époque: « Que devient, dit-il, le mythe de Faust dans notre société productrice de marchandises, à la division du travail si raffinée? » Ici, point de Méphisto tentateur, mais un piètre diable, boudiné dans un costume rembourré, Baal, dieu des mouches, qui entame ce spectacle de trois heures trente par un long monologue. Il explique que l’homme, dans un monde si complexe, est devenu son propre démon alors que, jadis, dans un monde binaire, il y avait «infusion entre l’homme et son démon». 

Faust se dédouble ici en un savant allumé, Kacim Nissim Yildirim (Arthur Igual) et un compositeur-chef d’orchestre, Theodor Zingg (Eric Charon). Ils se disputent la même femme, Marguerite Martin (Servane Ducorps), prix Nobel de chimie. Une fille est née du couple Kacim/ Marguerite, Alysée (Alysée Soudet), enfant exubérante mais aussi victime propitiatoire d’un sabbat de sorcières. Des personnages étranges surgissent comme la Glaneuse (Michèle Goddet), la Chiffonnière (Evelyne Didi), le soldat Valentin Martin, frère de Marguerite (Pierre Devérines)… et bien d’autres dont Mikhaïl Boulgakov. Le savant fait des recherches sur une souris de laboratoire, le compositeur se rêve en président de la République, Marguerite disparaît, séduite par Lilith,  et veut renoncer au monde qui va mal. Alysée, elle, garde l’enthousiasme et la naïveté de la jeunesse…

L’espace scénique, d’abord réduit à une longue table à l’avant-scène, répartie entre le laboratoire de Kacim, et l’univers familial de Théodore et Marguerite, s’ouvre aux pérégrinations des personnages, grâce à de nombreux châssis mobiles qui figurent les différentes aires de jeu et qui deviennent support de projections vidéo. Celle ci est utilisée à bonne escient,  forêt mouvante abritant les chassés-croisés des personnages,  ou écran pour un gros plan sur tel ou tel protagoniste. Des images naissent avec parfois les moyens rudimentaires du théâtre de tréteaux : une longue toile verte simule une mer démontée, balafrée d’éclairs produits par des néons intermittents. Quelques masques d’animaux apparaissent, un Belzébuth gigantesque s’exhibe en peinture…  

 De nombreuses péripéties agitent une (trop) longue première partie qui commence avec difficulté,  avec des discours sans fin, tenus par des personnages qui semblent n’exister que par des flots de paroles. Dont Marguerite et Alysée… intarissables. Mais tous ont  tant à dire sur l’état du monde…  Les images qui surgissent progressivement ne suffisent pas à modérer cette logorrhée qu’on finit par  ne plus écouter. Mais de bons mots, des scènes farcesques, un humour chansonnier permettent quelques respirations.

Il en va tout autrement de la deuxième partie,  jouée sur un tempo plus maîtrisé. D’abord un court opéra, Kind des Faust nous cueille ex-abrupto, avec un livret de Sylvain Creuzevault traduit en allemand, et une musique de Pierre-Yves Macé. Les voix résonnent bizarrement derrière les masques blafards des chanteurs. Phrases heurtées, invectives d’une larve emmaillotée comme une momie, enfant avortée de plusieurs Faust et de Marguerite, chantées par la soprano Juliette de Massy. Pour lui donner la réplique, un baryton-basse mêle sa voix à un contre-ténor. Bel exercice musical, étrangeté des mots, costumes et masques.

Puis, dans une époustouflante séquence finale, «l’ange de l’histoire », avec ses immenses ailes déployées, tourne sans fin au-dessus des protagonistes. En toile de fond, une immense peinture rappelle La Chute des anges rebelles de Peter Brueghel. Le spectacle finit en beauté, et même si l’on a trouvé le temps long dans la première partie, on ne regrette pas d’être venu !

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy, le 30 mars

 Comédie de Valence du 5 au 7 avril ; MC2 à Grenoble du 11 au 14 avril ; L’Archipel,
de Perpignan, les 20 et 21 avril ; La Filature de Mulhouse du 26 au 28 avril.
 Nouveau théâtre d’Angers, les 4 et 5 mai ; Parvis deTarbes, du 10 au 11 mai ; Montpellier /Printemps des comédiens, en juin.

 


Archive pour avril, 2017

Système Castafiore,Théorie des prodiges

 

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

Système Castafiore, Théorie des prodiges, mise en scène de Karl Biscuit, chorégraphie de Marcia Barcellos

Un spectacle singulier qui surprend, avec une esthétique très à la mode, mêlant théâtre,  chant, danse et projections vidéo. À partir d’un  manuscrit édité à Augsbourg vers 1552, le metteur en scène et la chorégraphe fabriquent un livre d’images, composé de douze tableaux oniriques, sur une musique planante, interprétée par deux excellentes chanteuses.

Le Livre des miracles, richement illustré, recense les manifestations divines ou surnaturelles, de la Genèse à L’Apocalypse de Saint-Jean, avec des témoignages de profanes, recueillis par les chroniqueurs, et cela, de l’Antiquité à la Renaissance : phénomènes astronomiques, météorologiques, géologiques, zoologiques, botaniques…

L’image virtuelle et projetée, d’une comédienne, guide le spectateur dans les différentes étapes de cette Théorie des prodiges. Cinq danseuses donnent corps à de curieux personnages mi-humains, mi-animaux. Tantôt semblant flotter dans les airs, tantôt jouant avec des lucioles qui volent autour d’elles.
Nous les distinguons à peine, au milieu d’images vidéo projetées sur le sol, en fond de plateau, et sur un tulle tendu en avant-scène. Et, très vite, nous oublions les commentaires pseudo-scientifiques ou philosophiques un peu flous, pour nous concentrer sur la qualité exceptionnelle des costumes de Christian Burle, mis en valeur par de lents mouvements chorégraphiques, dans une belle féerie poétique, parfois inquiétante…

De séquence en séquence,  nous sommes emportés, malgré quelques longueurs, dans un rêve éveillé d’une heure dix.

Jean Couturier

Le spectacle a été présenté au Théâtre National de la danse de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, Paris XVIème du 29 au 31 mars.

www.theatre-chaillot.fr  

 

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