Nicht Schlafen d’Alain Platel

 

Nicht Schlafen par les Ballets C de la B, chorégraphie d’Alain Platel

 

© CHRIS VAN DER BURGHT

© CHRIS VAN DER BURGHT

La MC 93 de Bobigny a enfin rouvert ses portes après trois ans de gros travaux. Un plus hall plus grand et plus accueillant, et une salle réaménagée et confortable. Spectacle d’inauguration : Nicht Schlafen (Ne pas dormir) créé à Lyon, l’an passé. La salle reste éclairée et on a eu le temps d’admirer l’impressionnante et très belle scénographie d’apocalypse imaginée par Berlinde De Bruyckere: sur une estrade, deux cadavres de chevaux et, en fond  de scène, un grand rideau beige usé et déchiré par endroits. Les neuf interprètes, dont une seule femme, arrivent puis restent immobiles. Aucune autre indication de temps ni d’espace. Mais un climat permanent de brutalité de souffrance et de mort. Au début, au cours d’une très violente bagarre, les personnages s’affrontent et se font déchirer leurs vêtements par leurs adversaires qui semblent comme eux, les ignorer.

Alain Platel s’est inspiré  de The Vertigo Years de l’écrivain britannique Philippe Blom  pour qui la première guerre mondiale n’a été qu’un catalyseur de la barbarie qui couvait déjà et qui s’est ensuite abattue sur la vieille Europe déjà bien malade sur le plan socio-politique et culturel. Mais que veut nous dire le créateur belge? Ne pas sombrer dans un optimisme béat, et nous inciter à la plus grande prudence: attention,  « Nicht Schlafen »: surtout « ne pas dormir  » ni céder à la tentation d’une troisième guerre mondiale? Sans  doute… Des extraits des symphonies de Gustav Mahler (1860-1911) ont servi de base à Steven Prengels qui avait déjà travaillé avec Alain Platel et qui  en  a fait un montage et ajouté des polyphonies africaines et des sonnailles.

Il y a de nombreux moments dansés dans le silence ou non, et plastiquement très réussis, mais, si les performances de ces  interprètes virtuoses, seuls ou la plupart du temps en groupe, restent étonnantes, nous n’avons pas été vraiment sensibles à ce discours visuel empreint d’une certaine froideur, qui a tout d’une sorte de rituel que nous ne sommes pas arrivés à décrypter.

Les fans du chorégraphe applaudissaient debout… les autres beaucoup moins , sans doute déçus de ne pas retrouver ici l’étonnant humour du Platel de ces dernières années, en particulier celui d’En avant marche ou de Coup fatal (voir Le Théâtre du Blog). Dommage…

 Philippe du Vignal

 Le spectacle s’est joué du 24  au 27 mai à la MC 93 à Bobigny

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Archive pour mai, 2017

Festival Friction(s) à Annemasse

 

Festival Friction(s) à Annemasse

visuel-page-webCinquième édition de ce festival insolite, tout près de la frontière avec la Suisse, qui fait dialoguer fanfares, conte, cirque et danse. Une belle découverte, entre le parc Montessuit et Château-Rouge. 

 Zone Utopique Lemanique, un lac deux pays, une utopie, conception de Jérôme Bouvet, Laurent Cadillac et Patrick Chambaz

 Issu de la compagnie 2 Rien merci, Jérôme Bouvet a conçu un étrange objet poétique qui  provoque commentaires et discussions à perte de vue chez les participants réunis autour d’une table faite d’un tronc d’arbre, au dessus de laquelle sont suspendues sur un fil avec des pinces à linge, des feuilles avec des phrases. Définie comme une «foire lacustre universelle», cette rêverie concrète nous invite à partager les imaginaires dans une sorte de laboratoire théâtral ambulant.

 Pour  zuler (Zone Utopique Lemanique), il suffit  d’ écrire ce qui nous passe par la tête, sur des feuilles vertes qu’on nous distribue. «Soit, dit Jérôme Bouvet, on est fragile et dépendant, soit on est fort. On joue avec les questions aux dés, chacun commente les phrases des autres.(…) Notre expérience est la seule lanterne qui éclaire notre passé: « Comment voir de près et de loin en même temps, comment être critique et optimiste, la vie est-elle un jeu? » S’il ne vous reste que cinq minutes à vivre, que feriez-vous ? »  « Comment se régénérer en étant seul, et plusieurs ? »

Toutes ces questions et beaucoup d’autres nous mobilisent pendant près de trois heures dans le joli parc Montessuit. Bref, zuler a vraiment passionné le public…

 

Voyage au bord du bout du monde par la compagnie Trois points de suspension, mise en scène de Gwen Aduh

  »Une nouvelle odyssée mélangeant acrobaties, échasses à air comprimé, musique, danse et théâtre d’objets ! »Du jamais vu, avec un incroyable décor fait de bidons, tête d’âne, violon, crucifix et un harmonium, qui accompagne cette épopée menée par des hommes en tenue de plongeurs.

C’est le théâtre des cinq frères Revox, l’un deux, en porte-jarretelles,  mène la danse avec un mégaphone, et évoque Sophoclès, un dinosaure venu du bout des mers du monde. « Tout a commencé, dit-il, dans la forêt terrible de l’à-propos.»

Nous  assistons à des combats titanesques où les protagonistes volent dans les airs, lancés à la catapulte, tombant derrière des murailles de bois, surplombées par  deux tours latérales. Ce Sophoclès sera vaincu, et on brandira sa tête sanglante dans les mers du bout du monde.

Un humour décapant, une maîtrise acrobatique exceptionnelle avec ici Beau Anobilé, Nicolas Chapoulier, Jérôme Colloud, Neil Price, Antony Revillard,font de ce spectacle-joué depuis dix ans-l’un des plus surprenants jamais vus.

 Edith Rappoport

Spectacles vus à Annemasse le 26 mai.


 

La septième vie de Patti Smith

 

Festival ZOOM #3 : du réel au poétique:

La septième vie de Patti Smith, un projet de Benoît Bradel, une performance musicale d’après Le corps plein d’un rêve et Les Sept vies de Patti Smith de Claudine Galea, adaptation de Benoît Bradel et Claudine Galea.

PS3A la fin des années 1970, raconte Claudine Galea, vivait dans un ancien village de pêcheurs à trente kilomètres de Marseille, une jeune adolescente maigre et timide de seize ans, l’auteure elle-même qui voulait faire de son existence, un temps dévolu au théâtre. Elle découvre la voix d’une femme plus âgée mais qui lui ressemble et qui, dès son premier disque, fut  consacrée rock star sur toutes les scènes du monde : avec Horses, Patti Smith pénètre alors dans la légende contemporaine.

 Pour l’adolescente de seize ans, amoureuse du poème  Roman  d’Arthur Rimbaud et de sa célèbre anaphore printanière : «On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », la vie est un vertige bienfaisant, si on la propulse dans le temps futur. Mais «cette après-midi de 1976, sur  « la Côte Bleue », le vertige prend corps avec Patti Smith.» La jeune fille en quête d’elle-même, se sent renaître et s’éveiller, grâce à la voix sensuelle de la chanteuse qui l’attire:  une brûlure concédée par le magnétisme solaire  de cette voix regorgeant d’humanité.

 L’adolescente se réinvente, troublée par la force incandescente de l’audace féminine qui se livre à elle, rebelle à travers : «Jesus died for somebody’ sins but not mine ». Claudine Galea croise  dans une belle prose poétique, le récit autobiographique de sa jeunesse  avec la carrière fulgurante de Patti Smith, icône de la beat generation et compagne artistique de William Burroughs, Allen Ginsberg, Janis Joplin…

«Elle est célèbre, a des fans dans le monde entier, je ne suis pas une fan, je n’écoute pas de rock, je n’ai pas d’idole, je ne connais pas le sexe, la drogue, l’alcool, les boîtes de nuits. Je suis une oie blanche, elle était une star. » L’icône américaine emporte les foules dans les salles, puis se pose peu à peu des questions récurrentes sur sa vie sentimentale qu’elle ressent comme insuffisamment accomplie. Elle goûte les plaisirs de la littérature et apprécie le souffle novateur de Marguerite Duras.

 Patti Smith revendique encore un geste politique d’engagement dans sa génération à son dernier concert en 1979 à Rome, puis annonce son retrait de la scène, refusant le statut d’une rock star qui chante pour 80.000 spectateurs. Elle veut, dit-elle, s’adresser à chacun en particulier qu’elle ne regarde plus dans les yeux : «Life is beauty Life is grace Life is happiness I’m fond of life … » Ses amis : Brian Jones, Jimi Hendrix et Janis Joplin sont morts, et beaucoup de ses proches le seront aussi.

 D’autres voyages l’appellent : compagnonnage, mariage, maternité, petits travaux quotidiens dans une maison habitée par une famille. Mais Patti Smith remontera sur scène… Reste dans les mémoires sa colère contre Georges W. Bush, président des Etats-Unis de 2001 à 2009. Elle harangue cet irresponsable qui fait la guerre en Irak sur des arguments mensongers.

 Dans la mise en scène harmonieuse de Benoît Bradel, Marie-Sophie Ferdane, réservée, avec un beau sourire, est impliquée dans la musique admirablement servie par le cœur et le professionnalisme de Sébastien Martel et Thomas Fernier. Et elle s’amuse à jouer les deux figures féminines, à la fois autres et semblables. Inquiètes, engagées, sensibles à l’air du temps, elle mordent à belles dents l’existence  à la saveur rare…

 Marie-Sophie Ferdane raconte sa présence au monde, passe la parole à l’un ou l’autre de ses musiciens, déclame avec tact du Rimbaud, chante le rock and roll, murmure les psaumes de Patti, danse  avec une grâce habitée.

 Véronique Hotte

Spectacle créé au Théâtre Ouvert-Centre National des Dramaturgies Contemporaines, 2 bis Passage Véron, Paris XVIIIème,  du 22 au 30 mai.

Pour le réconfort de Vincent Macaigne

 

Pour le réconfort  de Vincent Macaigne

IMG_7382Ce film a agi un peu comme un électrochoc, par son style et son propos, auprès des spectateurs qui ont eu le privilège d’assister à cette projection unique, à l’occasion des vingt-cinq ans de l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, une section parallèle au Festival de Cannes.
Vincent Macaigne filme ici avec simplicité et au plus près, des personnages que tout oppose, socialement et culturellement. Il donne ainsi à voir les cruelles fractures qui existent au sein de la société française actuelle. Le  scénario, inspiré de La Cerisaie d’Anton Tchekhov, met en scène les retrouvailles d’amis d’enfance, après des parcours de vie différents. Une histoire tendre et pleine de colère, où se développent des rapports de séduction  à la Marivaux ou à la Beaumarchais.

Metteur en scène et comédien de théâtre, Vincent Macaigne réalise ici son premier long-métrage, entouré de sa bande de fidèles acteurs notamment Pascal Réneric et Laure Calamy, tous exceptionnels et  justes. Il a travaillé pendant quatre ans à ce qu’il nomme son «film geste», tourné au caméscope : «J’ai réussi, dit-il, à garder, durant ces quatre années de post-production aventureuse, décourageante, excitante, burlesque, l’immense envie que ce film rencontre mes amis et ceux qui m’entourent. L’espoir, jamais entamé, d’être entendu».

Loin des productions habituelles, trop attendues, Pour le réconfort devrait intéresser un plus large public.  Les propos des personnages, libres et sans concession, apportent un souffle d’air frais à un festival avant tout commercial : le cinéma est une industrie… mais reste avant tout un art. On se souviendra longtemps de l’affrontement verbal, dans une voiture, entre ces deux amis que tout sépare : malgré l’amertume et la rancœur, une grande tendresse se dégage de leur propos.

Le trublion Vincent Macaigne nous invite à voir  «nos angoisses, à moi et à celles de mes acteurs, nos réflexions, notre immense amour et nos haines ridicules, notre aigreur sale, et notre immense besoin d’étreintes, et notre colère vulgaire. Parce qu’avant tout, c’est bel et bien pour s’étreindre qu’on fait des choses, comme des films, ou des pièces de théâtre, c’est bel et bien pour s’étreindre avec amour ou avec haine, peu importe… »

Jean Couturier

Film vu le 24 mai au festival de Cannes, sortie en salles le 1er novembre.

www.lacid.org 


Flower Power/ Le Pouvoir des fleurs à Chaumont-sur-Loire

 

Flower Power/ Le Pouvoir des fleurs à Chaumont-sur-Loire

Sur une colline dominant le fleuve, le château allie l’architecture défensive gothique du Moyen-Age à celle, ornementale, de la Renaissance. Pour l’anecdote, à la mort d’Henri ll, lors d’un tournoi, il fut donné par la reine Catherine de Médicis à Diane de Poitiers, maîtresse du défunt roi, en échange du château de Chenonceaux … Après être passé de famille en famille, sans trop subir les outrages du temps et des guerres, il sera donné à l’Etat en 1938, par la Princesse de Broglie, sa dernière propriétaire. Acquis par la Région-Centre en 2007, lors du transfert du patrimoine de l’État aux collectivités territoriales, le Domaine Régional de Chaumont-sur-Loire est devenu “Centre d’Arts et de Nature“.
 Donc, voué à la relation entre nature et culture, il se partage entre patrimoine, création artistique et intervention paysagère. Son immense parc en balcon sur la Loire accueille des installations d’artistes, temporaires aussi bien que pérennes, dont les œuvres ornent les allées, à l’ombre de cèdres bicentenaires, les appartements seigneuriaux et les communs. De l’autre côté du Château, le Festival International des jardins confie chaque printemps, à des artistes jardiniers venus du monde entier, vingt-cinq lopins de terre pour donner libre cours à leur créativité. La thématique de cette année: Le Pouvoir de la fleur (Flower Power) avait de quoi les inspirer…

 L’expression fut inventée en 1967 par des hippies américains, lors de Summer of Love, un rassemblement à San Francisco, avec, pour consigne: porter des fleurs, symboles de la non-violence, dans les cheveux, et les distribuer autour de soi. Le “pouvoir de la fleur“, c’était, par exemple, offrir une fleur à un policier, pendant une manifestation, ou glisser une fleur dans le canon d’un fusil.  Au-delà de cette symbolique récente, de tout temps, les fleurs ont eu un langage à elles. À nous de le décrypter dans les jardins que nous proposent les artistes d’aujourd’hui : « Toute fleur qui s’ouvre, on dirait qu’elle m’ouvre les yeux (…) Elle ouvre, en s’ouvrant, autre chose, beaucoup plus qu’elle-même. (…)  » écrit le poète Philippe Jaccottet, dans Aux liserons des champs

 Malgré le gel récent de la mi-mai, qui a ralenti, voire empêché la floraison de certains parterres dont la composition reposait uniquement sur une combinaison de formes et de couleurs, les créateurs paysagistes nous ont offert de belles surprises.

 De l’autre côté du miroir de Nicolas Stadler, designer, Alice Stadler, architecte d’intérieur et Thierry Giraut, paysagiste / France
Quel trésor se cache-t-il derrière ce grand cube de bois aux parois ruisselantes de lierre? Passons la petite porte : elle s’ouvre sur une nature, immense, dans une symétrie toute classique, un champ de fleurs multicolores à perte de vue, à l’infini des miroirs multifaces qui les démultiplient.

 La Fleur du mal de Lynda Harris, paysagiste, Nathan Crouzet, architecte urbaniste, et Arthur-Louis Ignoré, artiste urbain/ France
En cas de pluie ou de chaleur, il fera bon se réfugier sous une des quatre cabanes noires de ce village abandonné, et rêvasser sur des lits à opium. Dans cet espace structuré autour d’un grand bouleau argenté, s’écoule la végétation luxuriante de quatre jardins peuplés de plantes puissantes: stimulants neurologiques et physiologiques, drogues douces ou dures… On pourra ainsi contempler ,entre autres : Artemesia absinthium, Datisca cannabina, Digitalis purpurea , Nicotiana langsdorffii, mutabilis ou  tabacum, Papaver somniferum, Rosa glauca, Valeriana officinalis… Tout un programme !

 

 

 

¢Mireille Davidovici

¢Mireille Davidovici

Le Pouvoir des sorcières de Sung Hye PARK, architecte-paysagiste, et Byung-Eun De Gaulejac, chef de projet (Corée)

Face à la destruction de la faune et la flore, mais aussi au confinement des femmes dans la sphère domestique et reproductive déniant leurs pouvoirs et savoirs ancestraux, en particulier médicaux, et liés aux plantes, les sorcières se rebellent.  Elles perpétuent une relation bienveillante à la nature et utilisent les pouvoirs des fleurs. Un jardin médicinal leur est dédié aux tons rouges, violets et noirs symbolisant le sang des femmes et leurs pouvoirs retrouvés.

Papillonnez de Cyril Servettaz, paysagiste et Hannes Heuck, paysagiste (France / Allemagne)

S’inspirant du Papillon d’Hans Christian Andersen (1805-1875), ce jardin illustre le charme exercé par les nectars floraux sur les insectes et les humains. On y trouve uniquement des variétés blanches : marguerites, dahlias et menthes citées dans le conte, mais aussi les fameux arbres à papillons ou buddleias, des centaurées, et des scabieuses qui attirent des insectes butineurs, comme les abeilles. Bourdonnements garantis.

au pied du murAu pied du mur de Léa Lamerre, chargée de développement, Henry Flouzat et Clara Lamerre, architectes , Vincent Lahache, paysagiste et Elisabeth Crombecque, enseignante et diplômée en conception de jardin (France)

Un mur s’élève entre artificiel et vivant : d’un côté des images, composées de sachets de graines, promesses de fleurs parfaites sur papier glacé. De l’autre,  des plantations à différents degrés de maturité. On pense alors à Stéphane Mallarmé : « Je dis : une fleur ! et (…) musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tout bouquet. »

 

 © E. Sander

© E. Sander

Levant de Tian Tian, paysagiste et Di Wang, rédactrice-pigiste et professeure d’histoire (Chine)

Ici terre, eau, ciel et plantes s’agencent dans des alignements monotones. De longues nattes de cheveux noirs flottent au vent, en mémoire des générations de femmes qui s’y sont échinées. De leur labeur, naîtront ici des fleurs de jasmin. Devenue le symbole d’une révolution populaire déferlant sur le monde arabe ,ces plantes ont parfumé depuis la nuit des temps, les thés d’Orient. En Chine, paraît-il, le jasmin ne grimpe pas mais prend l’allure de gros arbustes.

 Monochrome Blanc/White Colors,  Quasar Design, University (Italie) :  Eugenio Beccari , Barbara di Carlantonio, Eufemia Iannace, Cristina Istoc, Sandra Liebe, Gianluca Pieran,  Samuel Sardi, Giulia Tasselli, et Christian Villa Marcello, étudiants et Lorenza Bartolazzi, Cristiana Cpstanzo, Fabio Manfredi, Simone Sante et Aurelio Valentini , enseignants.

Une enfilade de murs végétaux, de parois blanches de même hauteur où croissent des espèces différentes, peut sembler banale.  Mais il ne faut pas se fier aux apparences : le  miroir qui s’étale au fond du lopin, trahit déjà la monochromie et aurait du mettre la puce à l’oreille du visiteur. Quand il se retourne, il découvre un monde éclatant de couleurs. Chaque paroi végétale offre une savante profusion chromatique de fleurs et feuilles, jaunes, orangées, rouges, mauves, bleues, vertes. Etonnant !

monochrome blanc

Mireille Davidovici

Domaine de Chaumont-sur-Loire (Loire-et-Cher) jusqu’au 5 novembre. T. 02 54 20 99 22
http://www.domaine-chaumont.fr/

 

Domaine de Chaumont – 9ème saison d’art contemporain

 

©Mireille Davidovici

©Mireille Davidovici

Domaine de Chaumont – 9ème saison d’art contemporain 

Le domaine de Chaumont a inauguré fin mars sa neuvième saison d’art contemporain, naturellement sous le signe du végétal et du Pouvoir des fleurs. Priorité aux invités de l’année, mais on n’oubliera pas la découverte, au fil d’une promenade dans le parc, de l’extraordinaire collection de sculptures souvent monumentales, surprenantes, qui empruntent au végétal, s’immiscent dans la végétation, structurent les perspectives… Anne et Patrick Poirier, El Anatsui, Giuseppe Penone, Chris Drury, Yamou, excusez du peu ! Ils sont vingt-et-un, de cette trempe.

Dans la galerie du fenil, Sheila Hicks expose (jusqu’en 2019) Glossolalia, une commande de la région Centre-Val-de-Loire. On est surpris par la vivacité, la profusion des couleurs, qui parlent toutes les langues à la fois (d’où le titre, qui fait référence à la Pentecôte et au don des langues offert aux disciples du Christ). Coussins, énormes pelotes, tissages, fils tendus, la grange est entièrement occupée par cet hommage en grand format aux « ouvrages de dame ». Au-delà d’un clin d’œil à l’artisanat des années soixante-dix, cette Glossolalia évoque un pouvoir féminin qui se tisse, malgré tout, sur toute la planète.

ob_ed39fa_chaumont-andrea-wolfensbergerDes fleurs, Davide Quayola, nous en offre à la galerie basse du fenil  (jardins d’été) : filmées dans le domaine même, travaillées à l’ordinateur, cela donne une vidéo néo-impressionniste, agréable. Plus surprenantes sont les vidéos de Luzia Simons, (Blacklist), regard intime, en temps réel, sur le flirt entre les insectes et les fleurs et sur le glissement du végétal à l’animal. Ce que l’on retrouve avec le monumental Momento fecundo, de Henrique Oliveira, à la grange aux abeilles : un tronc, une poutre enroulée comme un anaconda, un concentré de puissance.

À côté, Sara Favrau met l’énergie de sa sculpture dans le grignotage d’un pilier, dans le découpage obstiné, jusqu’à la dentelle, d’un réseau de délicates cages de bois. Mais l’un des œuvres les plus riches de cette partie du parcours (galerie haute de l’Asinerie) est celle de l’artiste suisse Andrea Wolfensberger, qui travaille le carton jusqu’à y trouver des formes complexes, vivantes, si vivantes qu’il est presque impossible de les photographier.

Du côté des élégantes écuries du château : le rideau en 3D de fleurs odorantes de Rebecca Louise law, la Petite Loire de Mathieu Lehanneur, marbre vert intégré au sol de la cour, qui se révèle sous la pluie avec ses petites flaques et ses brillances. Dans le manège (un ancien four à plâtre), Stéphnae Guiran a planté Le nid des murmures, jardin de fleurs de quartz (les « fours » ouverts) accompagné d’une délicate bande-son, tendance et tentation pour beaucoup d’artistes plasticiens, mais ici parfaitement juste.

Mais nous n’aurons pas tout vu : il faudra revenir, avant tout pour le château, qui expose Sarkis, Gabriel Orozco, Sam Szafran et ses Papiers peints, Karine Bonneval et ses fleurs de sucre, Jannis Kounellis disparu en février dernier(une de ses dernières installations)… On aura toujours le bonheur de rencontrer les œuvres confrontées à la puissance des bâtiments et des jardins : elles ont pour elles l’espace, elles respirent, elles luttent, et elles tiennent. La force de l’art.

Christine Friedel

 

Domaine de Chaumont, jusqu’au 5 novembre.  T. 02 54 20 99 22.
www.domaine.Chaumont

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L’Age libre, mise en scène de Maya Ernest

 

tumblr_o8a2ojl8TP1vwdmwco1_1280L’Age libre,  mise en scène de Maya Ernest

 La compagnie Avant l’aube a eu sa première heure de gloire l’an passé, avec plusieurs prix de théâtre universitaire, et avait charmé une partie de la presse au festival off d’Avignon avec .. Avant l’aube-autrement dit Maya Ernest, Agathe Charnet, Inès Coville, Lucie Leclerc et Lillah Vial- et elle n’ont pas l’intention d’en rester là.

Elles ont voulu prendre à bras le corps la question de l’amour, grande question en effet, et ce collectif féminin se propose d’interroger les rapports masculin-féminin. Beau démarrage. Ramenons toutefois l’événement à ses justes proportions: il y a une vingtaine de spectateurs, ce qui n’est déjà pas mal à la Reine blanche, pour à peine une heure de spectacle, parfois un peu plus.

Bon point : les filles sont en culottes et brassières noires, mais, dans le genre sportif, sans la moindre dentelle ni découpe suggestive. Ce qui se montre de fesse, ne l’est ni plus ni moins qu’en maillot de bain. D’où une vraie liberté des corps, jolis de leur jeunesse, sans plus, délurés sans être provocants.

Mauvais point : le spectacle est inspiré (mais peu) des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. « N’est-ce donc rien pour vous, disait-il,  que d’être la fête de quelqu’un ? Oui, mais voilà…plus grande partie du texte est de leur crû, et plus banal que… cru. De Roland Barthes, restent à peine quelques paillettes, prétexte à des anecdotes d’adolescentes, et quelques têtes de chapitres. Si contentes de jouer, elles ne tiennent ni leur scénographie: un ring de boxe (mais aussitôt oublié et ne restent que de justes lumières de cabaret), ni leur « chorégraphie » (une seule sait vraiment danser) et il y a une bonne violoncelliste.

Quelques petites provocations qui font rire les spectateurs qui regardent et gênent ceux qui sont visés: rien de vraiment audacieux. Bref, un spectacle jeune pour les jeunes, pour les copains étudiants, avec les qualités et les défauts du genre, mais qui n’a rien de prétentieux… contrairement à la note d’intention qu’il vaut donc mieux oublier.

Elles avaient fait un succès avec ce spectacle  à Avignon en 2016, en parodiant, avec une joyeuse efficacité, une publicité pour les culottes DIM. Malentendu : ce ne sont pas elles qui ont fait ce succès, mais encore et toujours les petites culottes… La pub a disparu; quant aux filles, elles ont encore du travail devant elles…

Christine Friedel

Théâtre de la Reine Blanche 2bis Passage Ruelle, Paris XVIIIème, jusqu’au 10 juin. T.: 01 40 05 06 96.
Théâtre des Barriques  8 rue Ledru Rollin, Avignon, du 6 au 26 juillet.

 

Las Vegas suite : MindFreak live ! de Criss Angel

 

Las Vegas (suite) : MindFreak live ! de Criss Angel

 La superstar actuelle de la magie du XXIème siècle, décorée par l’International Magicians Society en 2010. Avec un statut équivalent à celui des rock stars comme Marilyn Manson ou Alice Cooper…  Christopher Nicholas Sarantakos a su créer un personnage d’illusionniste, gothique et asexué, jouant volontiers l’ambiguïté et la provocation spectaculaire. Au fil des années,  il a su développer une image de magicien de l’extrême, avec une promotion aux coûts très élevés, comme son modèle américain Harry Houdini (1874-1926). Et, dans les années 2000, il a été en compétition avec David Blaine dans des matchs d’épreuves physiques et de fakirisme.

 Criss Angel sait utiliser à merveille tous les moyens de communications modernes pour asseoir sa suprématie dans le domaine de l’illusion. Et pour cela, quoi de mieux que Las Vegas et qu’un mausolée en forme de pyramide comme résidence! Depuis 2008, le Luxor Hotel

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

(quatrième plus grand hôtel du monde, construit en 1993) abrite son roi-pharaon auquel rien ne résiste. Criss Angel, icône contemporaine internationale, l’a immortalisé à jamais, lors de sa spectaculaire lévitation au-dessus du bâtiment. Une performance-symbole qui trône dans le hall du Luxor, sous forme de sculpture….

 Le grand théâtre qui accueille son spectacle, est précédé de vastes espaces abritant sa collection de motos, de nombre de photos de lui avec des personnalités du showbiz, et de ses costumes, accessoires et éléments de décors de ses anciens spectacles qui  viennent ponctuer ce parcours en forme d’introduction. Le public est donc conditionné pour voir la méga star ! Il y a aussi bien entendu, des produits dérivés: sacs, T-shirt, casquettes, bijoux, verres, porte-clés, badges, etc., et même une ligne de vêtements!

Le Cirque du Soleil ne s’est pas trompé en s’associant à l’illusionniste; il a coproduit avec lui Believe (2008) et ce MindFreak live!  créé l’an passé,  ds vitrines taillées pour un succès public et commercial ! Le spectacle actuel reprend de nombreux tableaux du précédent mais débarrassés de tout folklore et d’un bestiaire un peu décalé qui le plombaient. Avec pour thème, ceux de la série d’émissions-cultes de l’illusionniste de 2005 à 2010. Criss Angel propose ici une immersion dans son univers « gothique » et dérangé. La mise en scène accentue différentes performances réalisées pour la télévision mais en en sublimant la dramaturgie, grâce à une débauche de technologies.

Dans l’immense salle du Luxor, reste l’imposant cadre de scène de son précédent spectacle avec des lapins stylisés genre Alice au pays des merveilles. Dans la pure tradition des magiciens mégalos, est projetée en une dizaine de minutes, son irrésistible ascension… avec  plusieurs extraits vidéos montrant ses débuts avec son groupe de hard rock sur la chaîne MTV, une interview de Randi le fameux escapologiste, l’épisode douloureux de la mort de son père en 1998, et ses défis physiques, comme passer vingt-quatre heures dans l’eau, ou rester suspendu par la peau pendant six heures.

Maestro, un magicien mexicain arrive sur scène avec sa partenaire, et propose au public le tour dit des épées de la mort. Dans un style comique décalé, Il avale une épée comme un fakir, fait ensuite choisir une carte par un spectateur dans un jeu « jumbo », puis le déguise avec un chapeau et lui tend un pistolet pour qu’il « tire » sa carte.
Le spectateur appuie sur la gâchette et fait voler le chapeau du magicien; tombe alors des cintres, une malle qui manque d’écraser Maestro et « tue » accidentellement un technicien derrière l’écran vidéo qui projette un décor de western. Pour finir, une carte apparaît sur l’écran: celle du spectateur…

 Fifi la blonde assistante annonce de façon comique Criss Angel et nous voyons arriver sa doublure: un Maestro, déguisé avec perruque et faux abdos, cabotinant et faisant apparaître une colombe… en plastique, puis une vraie colombe sur sa tête.

Suit une  autre séance narcissique… avec projection de vidéos présentant Criss Angel  avec ses diverses distinctions, sur les plateaux de télé, dans la série Las Vegas, ou des publicités, etc. Bref, cela rappelle l’auto-congratulation de David Copperfield  en 2005!

Puis, une vidéo nous montre Criss Angel au lit, réveillé par un bruit d’horloge. Le grand rideau de scène s’ouvre et l’on voit pendre des centaines d’ampoules. Un voile est tendu sur une grande plate-forme vide et le magicien fait son apparition dans un déluge de feu et de fumée  sur la musique d’un guitariste, et crie :« Las Vegas, êtes-vous prêt ? »Suit une série d’illusions qui en mettent plein la vue. Une grande boîte transparente vide arrive sur scène, sur laquelle on place un voile…Apparaissent alors quatre jeunes femmes puis une cinquième sur un porte-bagage vide, après avoir sauté virtuellement de l’écran…

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

Arrive un numéro à l’effet saisissant, dit de transposition : une assistante assise sur une chaise, est recouverte d’une cape. Seules tête et mains dépassent. Une malle est montrée vide et la fille disparaît alors de la chaise, pour se retrouver dans la malle… Escapologie et transposition : Harry Houdini  continue à inspiré Criss Angel qui a effectué plusieurs évasions houdiniennes et a ainsi obtenu  trois records du monde…

Nous voyons d’abord quelques vidéos de ses exploits et de son séjour à l’hôpital… à la suite d’une chute (belle dramatisation  pour la séquence suivante !) Puis, le rideau se lève, et on découvre, tout de noir vêtu, Cris Angel se faire attacher par ses assistants, dans une camisole de force et se faire suspendre par les pieds dans les cintres du théâtre. On projette une image de grande ville et sur six écrans LED latéraux, des visages de papier.

On compte trente secondes et Criss Angel se libère progressivement en tournoyant dans les airs, au rythme de la musique et des images vidéo qui accentuent la dramaturgie de cette performance, puis il tombe au sol dans un grand bruit… Ses assistants le placent alors dans un sac, puis dans une malle fermée. Une partenaire se place au-dessus et effectue une transposition grâce à un rideau. On voit alors Criss Angel libéré, dans un effet pyrotechnique. Une sorte d’hommage à Houdini, avec son évasion dans le célèbre numéro La Malle des Indes

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

«Le public, dit Criss Angel, veut voir de la magie révolutionnaire. » Un grand écran en tulle l’enferme dans un château projeté en fond de scène. Un chevalier arrive et se bat à l’épée avec le magicien. Effets effets visuels en 3D sur le tulle,  tournant alors à 360° sur une plate-forme dans un effet rappelant le film Matrix, dans un équilibre impossible. Débarrassé du « méchant », Angel court dos au public, et face à l’écran, comme dans un jeu vidéo, l’image avance. Cela finit par une transposition du méchant avec le magicien sur une malle.

Colombes

Une jeune femme ouvre un livre et va faire apparaître des danseurs les yeux bandés. Deux autres femmes, habillées de noir, portent de l’encens. Criss Angel produit du feu avec ses mains, puis une flamme lévite et se transforme en colombe.
 Le magicien retire son masque blanc et fait alors apparaître une deuxième colombe, puis des oiseaux dans un foulard rouge. Une colombe disparaît et se transforme en foulard qui s’envole dans les airs et se dirige vers une cage, pour se transformer en oiseau ! Effet de toute beauté !Une multitude de foulards tombe alors des cintres vers le magicien qui fait apparaître une dizaine de colombes.  Il transforme une plume en confettis qui  se change en une centaine de colombes qui viennent envahir la salle. Un superbe tableau romantique, d’une forte puissance émotionnelle,  magnifié par le décor et les effets vidéo.

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

Maestro va démontrer ses talents de manipulateur et dit qu’il va faire le tour des colombes mais avec des poulets. Il disparaît alors derrière un drap en rampant sur le sol : «Je suis Criss Angel ». Maestro disparaît derrière un rideau à la même texture que celui d’avant-scène, et se transforme alors en vrai Criss Angel.

 Puis un « close-up» transmis sur grand écran

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake: Criss Angel va s’asseoir à une table, au premier rang de la salle et fait pénétrer et voyager quatre pièces de monnaie dans un verre retourné… Il  fait ensuite  apparaître une multitude de pièces qui recouvrent entièrement la table, puis sort en cascade des demi-dollars de son nez et finit par le saut d’un élastique à cheveux entre ses doigts, un effet basique que l’on apprend dans les cours de récré ! Dommage…

 Triple transposition :

Sur une grande structure sur roulettes, et à trois  niveaux, Maestro et Fifi saluent le public. Leur assistante descend d’un niveau et fait remarquer que la partie centrale est vide. Couverts d’un grand tissu, les deux comiques disparaissent de la plate-forme, et trois assistants en noir arrivent dans le cube central, tandis qu’une assistante disparaît de la scène pour se retrouver au-dessus de la structure. Nous retrouvons ensuite Maestro et Fifi à cour et jardin sur le devant de la scène. Une grande illusion très impressionnante par son triple effet en cascade.

Motos Collection

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

Angel présente ses deux guitaristes et on voit sur écran sa collection de huit motos dont le nom est inscrit sur leur profil : une spectatrice est invitée à choisir au hasard une de ces motos et vérifie bien  qu’une plate-forme est vide et décollée du sol. Maestro dispose alors trois pans en carton et une projection vidéo diffuse, en boucle, les images des huit motos et s’arrête sur celle choisie par la spectatrice. Les cartons sont retirés  et apparaît immédiatement la moto réelle. Belle mise en scène et idée judicieuse de la vidéo-projection qui rend ce numéro encore plus fort.

Lames de rasoir

Une vidéo nous montre Criss Angel en train de se maquiller façon masque gothique. Un message : Attention apparaît, puis le mot :  Mort et la mention :« Ne faites pas ça chez vous ». Il découpe des feuilles de papier avec des lames de rasoir une par une  qu’il avale ensuite:  scène retransmise sur grand écran. Criss Angel bouge comme une marionnette et place ensuite un fil dans sa bouche, avale de l’eau et la recrache, pour en faire ressortir les lames de rasoir en chapelet sur une musique rock… Un filet de sang noir s’échappe de sa bouche.

Puis suit un numéro avec un lit suspendu. Une musique douce accompagne des images de fleurs projetées sur six écrans LED. Les fleurs se fanent doucement et les images se teintent de rouge. Un personnage masqué de blanc et aux yeux rouges perçants arrive alors, un couteau à la main…Le cauchemar prend alors le pas sur le réel : le lit s’envole  et une très imposante scie circulaire, surmontée d’une femme avec un fouet, arrive sur scène.  Criss Ang

Criss ANGEL / MINDFREAK live ! - Artefake

el tape alors sur cette grande scie avec un marteau pour bien montrer sa réalité et on ligote une de ses assistantes sur  la grande plaque métallique. Le magicien et Maestro lancent des boules de papier dans la salle et les deux spectateurs qui tombent sur un logo, sont invités à vérifier cette installation « de la mort », et que la femme est bien prisonnière de la plate-forme suspendue. Sur une musique rock tonitruante de deux guitaristes, la scie descend sur la pauvre partenaire ligotée et la découpe en deux dans un flot de sang arrosant la scène, puis la plaque se sépare, et on voit nettement de chaque côté son buste etses jambes.

 Lévitations

Des extraits vidéo montrent différentes lévitations réalisées par l’illusionniste lors de ses émissions Mindfreak. Il en profite pour délivrer un message d’urgence pour la cause des enfants atteints d’un cancer, via son association H.E.L.P.  On voit un contorsionniste en équilibre sur deux tiges plantées au sol, sur des images d’enfants malades. Criss Angel, en chemise blanche immaculée, entre alors avec une danseuse, fait tournoyer un voile autour d’elle et la fait apparaître derrière ce même voile en fond de scène. Elle lévite alors dans les airs, Angel la rejoint et la fait disparaître… Double lévitation, suivie du numéro Asrah de Servais Leroy (1865-1953) que tous les magiciens utilisent aujourd’hui sans grande originalité, et plombée par des «secousses» comme toujours !

On voit ensuite les images du magicien en pleurs : son fils a été diagnostiqué cancéreux il y a deux ans. Une chaise roulante vide arrive sur scène. Criss Angel lévite sous un drap jusqu’aux cintres et disparaît. Une assistante arrive alors dans la chaise roulante et Criss Angel surgit dans la salle en tapant dans les mains et invitant tous les spectateurs à « célébrer la vie » avec lui, pendant que des acrobates et danseurs font  leur numéro sur une musique entraînante. Une séance tire-larmes comme les aiment les Américains.

Lévitation n°2

Le rideau s’ouvre une dernière fois sur l’illusionniste en équilibre et pieds nus, sur une grande échelle double en bois. Il la descend à la verticale sur les marches et lévite totalement dans les airs en passant dessous, et en faisant des saltos, puis entre ensuite dans une énorme roue transparente,  et tourne à l’intérieur tel un hamster, ou un cosmonaute en apesanteur. Il en ressort et une femme vient léviter avec lui. Ils disparaissent dans les cintres et laissent sur la scène, un masque blanc aux yeux rouges  brillants. Un tableau très fort visuellement et une lévitation  réalisée en pleine lumière, fait rare pour ce genre d’effet. Avec une progression dramatique parfaite, même si le tout perd un peu de puissance, à cause de numéros précédents similaires…

Disparition

L’illusionniste revient sur scène pour parler de son association H.E.L.P et de l’urne prête à recevoir les dons des spectateurs à la fin du spectacle, puis disparaît sur la même plate-forme qu’au début. La boucle est bouclée. Mind Freak live ! assume un côté mégalo avec déploiements d’effets scéniques, sonores, pyrotechniques et technologiques dernier cri. Les spectateurs en prennent plein la vue et les oreilles et le rythme ne descend jamais, bien contrebalancé par des saynètes comiques avec l’excellent Maestro, alias Mateo Amieva Brenes, qui se moque gentiment de l’icône Criss Angel (avec sa bénédiction !).  Ce qui apporte un peu d’humanité à ce personnage public qui semble parfois inaccessible et hautain.

On sent bien sûr, ici, la patte du Cirque du Soleil, multinationale du divertissement  dont les  uniformiser ses spectacles tendent à s’uniformiser avec des dispositifs trop utilisés comme de vastes écrans LED, des musiciens jouant sur scène,  des créatures étranges et maniérées, et des numéros de circassiens… Cela rappelle l’excellent Michael Jackson créé au Mandalay Bay en 2013 (voir Le Théâtre du blog), mais marque aussi sans aucun doute le début d’épuisement d’une certaine formule… Que reste-t-il en effet de l’artiste dans ce flot incessant de technologies ? Une présence assez discrète, parfois à la limite de l’accessoire dans certains tableaux, quand il se contente d’être un démonstrateur d’effets. Par contre, l’illusionniste qu’il est encore, atteint un vrai degré d’étrangeté et sait déranger un public dans ses interventions « gothiques »:  le meilleur de son spectacle. Le personnage de Criss Angel, construit sur un univers très référentiel, s’épanouit dans une certaine forme d’excès métalo-gothico-gore!

MindFreak live ! ressemble à donc une monstrueuse créature pas vraiment finie : soit un spectacle un peu bancal, avec éléments et tours recyclés de Believe,  et une ligne directrice assez sommaire. Mais l’impression générale reste bonne: l’illusionniste sait conjuguer les talents et s’entourer de techniciens et scénographes de premier ordre; comme il n’est pas avare en effets, il donne au public ce qu’il attend : du spectaculaire et de belles émotions (mêmes fabriquées)…

Sébastien Bazou

Spectacle vu à Las Vegas le 15 mars.
Nos lecteurs qui s’intéressent à l’histoire, à la pratique et aux spectacle de magie peuvent utilement consulter en ligne la Lettre d’information d’Artefact dirigée par Sébastien Bazou.   Et prendre contact avec lui par courrier :
Artefake 16 rue Henri Gérard,21121 Fontaines-lès-Dijon.

 

 

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Chat noir d’Etienne Luneau

 Chat noir d’Etienne Luneau

chat noir Théâtre 13Ce célèbre cabaret fut fondé par Rodolphe Salis qui, en 1881, eut la géniale idée d’associer un débit de boissons et une petite scène où on chantait des chansons accompagnées… par un pianiste: chose alors inconnue à l’époque, et où on disait aussi des poèmes et des textes. Rodolphe Salis, mort en 97,  « cabaretier select»  selon Paul Verlaine,  y créa un théâtre d’ombres en couleurs…

 Très vite Le Chat noir, d’abord situé boulevard Rochechouart, au pied de la butte Montmartre, fut le rendez-vous de la bohème parisienne. Dans ce cabaret,  ensuite repris  par le chansonnier Henri Dreyfus dit Fursy, se réunissaient des peintres comme Willette, des artistes, notamment Aristide Bruant avec ses célèbres chansons comme Le Chat noir, A Saint-Lazare, Nini peau de chien,etc. où prédominait la syntaxe populaire parisienne avec suppression des e muets, abondance de « que »… Il connaissait bien l’argot de ce quartier mal famé qui avait encore des airs de campagne avec voleurs, très nombreuses et jeunes prostituées et souteneurs.

Le Chat noir réunissait aussi des poètes et écrivains comme Charles Cros, Jean Richepin, auteur de La Chanson des gueux (qui lui valut un délit d’outrance aux bonnes mœurs), Albert Samain, Alphonse Allais, Maurice Mac-Nab, Léon Bloy…. Il publia une  Revue du Chat-Noir, où écrivirent excusez du peu: Stéphane Mallarmé, Jules Vallès, et Paul Verlaine!

Avec six complices musiciens et chanteurs, Etienne Luneau a voulu redonner vie à une époque depuis longtemps disparue mais dont les chansons appartiennent au patrimoine français. Et cela donne quoi ? Une scénographie chichiteuse se voudrait inventive à base de caisses en bois et de quelques tables. De jolies chansons, toutes la plupart ultra-connues et bien chantées par cette bande de jeunes interprètes qui jouent aussi sur de nombreux instruments les musiques d’Erik Satie, Claude Debussy… Rien de très original mais on prend un vrai plaisir à les écouter en solo ou en chœur, et à les voir danser.

“Notre spectacle est un cabaret, dit Etienne Lumeau, c’est-à-dire une succession de numéros chantés, joués, dansés. Tous les comédiens chantent, dansent et jouent d’un ou plusieurs instruments. Il y a, bien sûr, des chansons, de la musique et nous nous sommes servis de toute la matière de l’époque (poèmes, articles du journal, citations, peinture…) pour écrire le reste du spectacle.”
Oui, tant qu’il y a des chansons mais ces textes, pas toujours intéressants, sont mal dits et/ou mal joués (sauf par Isabelle Ernoult qui a une belle présence), et la mise en scène, assez médiocre, au rythme trop lent, accumule les stéréotypes du genre: théâtre dans le théâtre auquel on ne peut croire une seconde, allers et retours des acteurs dans la salle, petits jeux avec le public assez racoleurs (cela semble être la marque de fabrique du Théâtre 13 Jardin, on se demande bien pourquoi!). Le cabaret et tous les comédiens le savent, est une rude école qui ne pardonne rien: il y faut à la fois beaucoup d’humilité et de savoir-faire pour  être en phase avec un public très proche de la scène, mais aussi savoir bien chanter et jouer la comédie…

 Alors à voir ? Si vous êtes du coin, oui, à la rigueur, et à condition de n’être vraiment pas trop exigeant, vous pouvez aller écouter cette petite bande sympathique !

 Philippe du Vignal

Théâtre 13  Jardin, 103 A Boulevard Auguste Blanqui, Paris XIIIème jusqu’au 3 juin.


 

 

 

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Du chœur à l’ouvrage, un opéra pour voix d’enfants

Du choeur à l'ouvrage

Du chœur à l’ouvrage, opéra pour voix d’enfants, conception, musique et mise en scène de Benjamin Dupé, livret original de Marie Desplechin, avec L’Instant Donné, ensemble instrumental (alto, violon, violoncelle, contrebasse, guitare, piano, percussions, flûte, cor, clarinette), et la Maîtrise de Caen, dirigée par Olivier Opdebeeck

C’est Marie Desplechin, l’auteure du livret. Bien connue pour, entre autres, ses livres pour enfants, elle a aussi écrit le scénario du Voyage en Arménie de Robert Guédiguian, et d’Au bois dormant pour la compagnie Thierry Thieu Niang.

Un bateau s’est échoué sur une île; il emmenait toute une bande de jeunes garçons, membres d’une maîtrise, partis chanter à un concert de Noël… Les trois chefs de chœur ont disparu. Ils se retrouvent donc livrés à eux-mêmes, et désespérés, n’ont pas d’autre choix pour s’occuper, que chanter, encore et toujours.
Les jeunes choristes se regroupent autour de Romain, l’aîné devient le chef de chœur. Jim, lui, a une voix parfaite, Romain un peu jaloux de cette voix qu’il n’a plus, rêve d’en faire la voix du groupe. Et certains vont refuser d’obéir au chef  et refusent de chanter.
Romain  leur fait alors répéter le fameux Douce nuit un chant de Noël. Puis sa voix se casse.
Les enfants fidèles proposent alors d’organiser un sacrifice: brûler les yeux de Jim pour lui redonner sa voix.  Sacrifice interrompu par les enfants rebelles mais le cercueil de la voix de Jim brûle, et on voit des voiles apparaissent… les secours arrivent!

Marie Desplechin  parle ici de l’enfance mais aussi de l’enseignement difficile de la musique, et des sacrifices exigés quand on veut progresser. Pour cette réalisation, aucun adulte sur le plateau mais trente-deux enfants de huit à treize ans qui sont aussi les personnages de cette histoire imaginée par  l’écrivaine qui s’est inspirée de leur vie et des méthodes de chant choral pour écrire ce livret. Benjamin Dupé lui a composé une musique avec, au second degré, de grands airs d’opéra, des récitatifs et grands chœurs. Avec un surtitrage qui est le bienvenu… vu la complexité de certains  moments  peut-être un peu trop littéraires…

«J’ai proposé à Marie Desplechin, dit le compositeur, d’écrire le livret original. Je lui ai suggéré que le texte que chante cette maîtrise, parle de la maîtrise. Qui sont ces enfants ? Quel est leur rapport intime à la musique ? Quelle est la vie musicale de la maîtrise ? Ce concept, dans lequel personnages et interprètes se confondent (…) permet aussi toutes sortes de jeux et de distanciations  où la musique et son apprentissage deviennent le sujet de la narration : figurer et faire chanter une leçon de solfège par exemple, aussi décalée que peut l’être la leçon d’arithmétique de L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel et Colette… Travailler sur l’enfance  est un défi pour un compositeur. C’est certainement chercher autant du côté de la fragilité (des voix, par exemple) que de la férocité (des voix, justement). Il y a dans l’enfance une ambivalence, une oscillation perpétuelle entre insouciance et gravité, entre rire et larmes, entre compassion et cruauté, dont je souhaite m’inspirer en termes de matériaux vocaux comme en termes d’agencements formels. ».

Sur un plateau nu ou presque Olivier Thomas a  imaginé une petite maison en bois sur pilotis, magique où tous les enfants entrent tous à plusieurs moments. Comment y tiennent-ils ? On ne vous le dira pas-mais c’est très malin et invisible du public, jusqu’à la fin-quand les murs en latte de bois de la maison s’écroulent…

Mais il y a un autre miracle : comment faire répéter à des enfants une musique pas toujours facile qui n’est pas avare de ruptures de rythmes, de modulations de la voix, de chuintements, voire de légers souffles et bégaiements? Benjamin Dupé les a d’abord écouté chanter puis a composé une partition. Ensuite  ils ont répété, accompagnés par un pianiste puis par l’orchestre. Il a fallu ensuite mettre en scène tous les enfants de cette maîtrise (qui suivent des classes à horaires aménagés, donc un peu habitués à un plateau). Les spectateurs adultes étaient étonnés de la solidité face public des jeunes et brillants solistes..

Et dans le grand Théâtre de Caen, devant un public de quelque huit cent jeunes, ce lundi après-midi-là, uniquement composé de classes du primaire et de collège-qui a suivi très attentif pendant un peu plus d’une heure, dans un remarquable silence.
De quoi bousculer pas mal d’idées reçues…Le succès de ce spectacle doit aussi beaucoup à la remarquable fluidité des mouvements de groupe, très bien dessinés par la chorégraphe Ana Gabriela Castro.

Cet opéra qui participe d’une mise en abyme de l’enfance sans appuyer trop sur le  thème du théâtre dans le théâtre, tient aussi d’une formidable expérience pédagogique; il se baladera en France mais avec d’autres maîtrises, cette fois mixtes, comme à Bondy. Il devrait intéresser à la fois les amateurs d’opéra et toux ceux qui s’intéressent à l’enseignement du chant.  Une occasion aussi d’entendre l’un des nombreuses maîtrises en France comme en Europe leur rôle est souvent méconnu elles ont pourtant été à l’origine de vocations musicales comme celles de Jean-Sébastien Bach, Frantz Schubert, etc..  Celle bien connue de Radio-France ou celle des Hauts-de-Seine, par exemple, qui dispense une formation musicale, vocale, scénique, chorale et… gratuite à quelque 470  enfants et possède aussi un groupe de jeunes, chœur d’enfants officiel de l’Opéra de Paris.

Philippe du Vignal

Spectacle créé au Théâtre de Caen, les 19, 20 et 22 mai. Puis au Nouveau Théâtre de Montreuil/Festival Mesure pour mesure, avec la Maîtrise de Radio-France-Bondy, du 16 au 23 novembre.
Et en 2018 :
A La Criée, Théâtre National de Marseille, en partenariat avec l’Opéra de Marseille, avec la Maîtrise des Bouches-du-Rhône, les 13 et 15 mars; au Théâtre Durance, scène conventionnée de Château-Arnoux/Saint-Auban, le 23 mars. Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, avec le Grand Théâtre de Provence, les 13 et 14 juin.

 Image de prévisualisation YouTube

 

 

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