Des peintres au charbon de Lee Hall

 

Des peintres au charbon de Lee Hall, inspiré de The Pitmen Painters de William Feaver, traduction de Fabrice Melquiot, mise en scène de Marc Delva

fbcad8b3ca2320a7bfae84ad2b8592bc C’est au départ une histoire vraie: en 1934, un groupe de mineurs, appartenant à l’Association pour l’Education  des Ouvriers, se retrouve malgré lui à suivre des cours d’histoire de l’art.

Ils rencontrent un professeur, Robert Lyon de l’Université Duhram de Newcastle-Upon-Tyne, passera ensuite à la pratique avec eux. Ces mineurs vite passionnés, vont alors peindre leur vie quotidienne dans leurs tableaux mais auront aussi une réflexion sur l’art et donc sur la société anglaise de l’époque.  Ce qui inspira à un critique et professeur William Feaver un livre célèbre en Angleterre, Les Mineurs peintres dont le titre en français/jeu de mots:  Des peintres au charbon a quelque chose d’un peu vulgaire. Bon tant pis…

Dans cette pièce qu’avait montée Marion Bierry en 2009, «Les mineurs  dit Marc Delva, se pensent aux  antipodes du monde des arts et se découvrent peu à peu un appétit pictural insatiable. Tiraillés entre leur nouvelle découverte, leur nouvelle soif,  et leur conviction qu’ils appartiennent à un monde  imperméable à l’art, le monde ouvrier. (…)Les questions politiques contemporaines de la pièce, liées au contexte historique des années 30, sont importantes et pour nous, l’occasion de généraliser le propos, pour aller vers la question plus large, plus politique encore, de notre place et de notre rôle dans la société actuelle, par le prisme de l’art. » On veut bien mais le texte de Lee Hall souvent bavard (deux heures!) et assez caricatural, tient parfois  du théâtre de boulevard, avec des effets téléphonés, et où la revendication sociale sous-brechtienne a quelque chose de plaqué et de pas franc du collier qui plombe un peu sa pièce.

Marc Delva a réuni ses copains pour reprendre avec eux leur travail d’école mais cette fois sur un vrai plateau. Le public entre accueilli par un mineur casqué, le visage couvert de charbon…  dans un sas aux murs très noirs simulant l’entrée de la mine, plein de bruits de machine avec des fumigènes !!!!? Puis on est prié de s’asseoir sur les gradins d’un dispositif bi-frontal sur la scène même, et sans autres sièges sans dossier garnis de minces coussins.

On devrait selon Marc Delva se sentir «dans un rapport intime  avec  les  comédiens« et cela devrait aussi permettre une mise en abyme: des cadres vides de tableaux surplombant par moments le premier rang du public, les rendant œuvre d’art à leur tour.» Ce qui rendrait donc selon lui, le spectateur plus actif. Mais dommage, cette scénographie bi-frontale qui n’en a que le nom, ne fonctionne pas vraiment et a quelque chose d’un peu naïf: le rideau de la salle n’est pas fermé et crée un trou noir désagréable.

Sur le plateau, juste un écran, une grande table, quelques chaises tubulaires d’une salle de cours ou d’exposition, ou un tapis rouge vite déroulé pour figurer une galerie branchée et surtout une équipe de jeunes comédiens bien dirigés par Marc Delva. Cela criaille beaucoup trop au début mais ensuite cela va mieux, et ces mineurs, mal costumés (trop bien habillés!) n’ont pas l’âge de leurs personnages, mais-miracle du théâtre-sont vite crédibles, en particulier: Paul-Emile Petre (le professeur Robert Lyon) qui, dans un rôle de composition assez étonnant, s’impose très vite, Hugo Bardin  remarquable en Ben Nicholson, le mineur qui résiste aux sirènes d’un contrat juteux d’une galerie privée dirigée par Helen Sutherland, la directrice de galerie et belle plante (Elodie Galmiche très solide) et Sola Forte (Le P’tit gars).

Le scénario a quelque chose de juste mais en même temps d’assez racoleur et Lee Hall ne craint pas les scènes caricaturales comme entre autres, l’arrivée de la galliériste, les discussion sur l’art entre leur prof et les mineurs, ou les hésitations à quitter la mine de Ben Nicholson pour faire une carrière de peintre donc quitter ses racines, sans être sûr de voler de ses propres ailes. Il y a quelque chose qui sonne un peu faux dans ce discours préci-précha…

Mais malgré cela, Marc Delva réussit à tenir le cap même s’il a parfois des difficultés à concilier le réalisme des situations et le symbolisme qu’il recherche dans sa mise en scène. D’où sans doute parfois un manque de rythme, et des scènes qui traînent en longueur. Mais, bon à 29 ans, il sait bien diriger des comédiens, et c’est l’essentiel ; il y a, à la fin, une belle scène où enfin les véritables et émouvants tableaux peints par ces mineurs défilent (mais  trop vite !), pendant qu’ils chantent la chanson de John Lennon Working class heroes.

Puis, en guise de conclusion un petit avertissement projeté en silence sur l’écran : AUCUNE UNIVERSITÉ NE FUT FONDÉE À ASHINGTON. WOODHORN COLLIERY A ÉTÉ FERMÉ EN 1981. EN 1995, LE LABOUR, LE PARTI TRAVAILLISTE, A SUPPRIMÉ DE LA CONSTITUTION L’APPEL POUR «LE PARTAGE DES MOYENS DE PRODUCTION, LA DISTRIBUTION ET L’ÉCHANGE».

Le public,pas très nombreux, semble apprécier le jeu des acteurs mais être aussi un peu découragé par les longueurs inutiles de la pièce… A vous de voir si cela vaut le déplacement ou pas.

Philippe du Vignal

Théâtre 13, 30 rue du Chevaleret, Paris XIIIème, jusqu’au 28 mai. T: 01 45 88 16 30
Le texte de la pièce est édité à l’Arche.

 

 

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