Progetto Handel, chorégraphie de Mauro Bigonzetti

 

Progetto Haendel - ph Brescia e Amisano Teatro alla Scala   686_K61A9507 xxProgetto Handel, chorégraphie de Mauro Bigonzetti

«Mettre à nu la musique»: l’annonce de Mauro Bigonzetti était alléchante et son projet ne manquait pas d’ambition, avec ce nouveau ballet entièrement consacré au compositeur Georg Friedrich Haendel, en deux parties : la reprise d’une pièce ancienne, suivie d’une création. Il s’ouvre sur une longue corde formée par les seize interprètes, un peu comme  dans Les Vainqueurs de Maurice Béjart.
Chaque danseuse se détache ensuite de l’ensemble, s’avance vers l’avant-scène et, dans une sorte de présentation de soi, entame un minuscule solo. Mais, tandis que le pianiste joue une des délicieuses Sarabandes du compositeur, on s’étonne de voir les danseuses l’une après l’autre tendre les seins, ouvrir les jambes en V, frétiller des fesses qu’un demi-tutu laisse presque nues, comme s’il s’agissait de séduire un public de cabaret !

Leurs corps ridiculement cambrés et leurs gestes presque obscènes font craindre le pire, et on commence à regarder sa montre. Heureusement, les choses s’arrangent un peu quand entre un groupe de garçons dont l’énergie et la précision technique viennent balayer la banale vulgarité de la première scène. Un solo de Roberto Bollé, la grande étoile du moment, torse nu, jambes moulées dans un simple pantalon noir, muscles visibles, provoque un engouement presque hystérique du public quand, léger comme l’air, il entame une série de sauts suivis de pirouettes impeccables.

 D’autres solos et duos composent cette première partie qui continue quand même à nous laisser songeur devant de belles séquences inventives (par exemple des portés qui transforment la femme en une espèce de mitraillette brandie par l’homme) mais régulièrement déchirées par des gestes incongrus, saccadés, brisant toute l’harmonie. Semblable au style d’un texte littéraire dont soudain un mot hors de propos vient détruire l’unité. Et on se demande quel besoin  a Mauro Bigonzetti, de disloquer les corps à ce point…

La deuxième partie se fait plus intéressante, sans doute par la grâce des interprètes de la Scala pour qui il l’a créée. Et aussi, bien sûr, par l’extraordinaire présence de Svetlana Zakharova chez qui chaque mouvement est une œuvre d’art. Le premier duo qu’elle y interprète avec Roberto Bollé reste le point d’acmé du ballet : elle s’y laisse tomber «belle d’abandon » dans les bras de son partenaire, et semble l’incarnation d’un poème de Charles Baudelaire. Gestes ou attitudes qui chez d’autres, seraient simplement ridicules, deviennent, avec elle, enchanteurs, tant la ligne de son corps est parfaite, et totale, la maîtrise qu’elle en a.

Mais dommage ! Le chorégraphe n’a pas su exploiter davantage de tels talents ! Et pourquoi une compréhension certaine de la musique de Haendel (que Bigonzetti prouve à plusieurs reprise), doit-elle s’accompagner ici d’un tel déni de l’esthétique, quand il la traduit en mouvements? Car il s’agit ici d’un ballet abstrait, et si l’entreprise consistait à déconstruire le ballet classique, alors, il faudrait posséder le génie d’un William Forsythe. Ce qui n’est pas le cas. Entre danse et gymnastique, acrobaties et commedia dell’arte,  ce Progetto Handel n’est vraiment sauvé que par la qualité des  interprètes entraînés par le couple vedette Zakharova/Bollé.

Sonia Schoonejans

Teatro alla Scala de Milan, jusqu’au 1er juin.

 

 

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