Flower Power/ Le Pouvoir des fleurs à Chaumont-sur-Loire

 

Flower Power/ Le Pouvoir des fleurs à Chaumont-sur-Loire

Sur une colline dominant le fleuve, le château allie l’architecture défensive gothique du Moyen-Age à celle, ornementale, de la Renaissance. Pour l’anecdote, à la mort d’Henri ll, lors d’un tournoi, il fut donné par la reine Catherine de Médicis à Diane de Poitiers, maîtresse du défunt roi, en échange du château de Chenonceaux … Après être passé de famille en famille, sans trop subir les outrages du temps et des guerres, il sera donné à l’Etat en 1938, par la Princesse de Broglie, sa dernière propriétaire. Acquis par la Région-Centre en 2007, lors du transfert du patrimoine de l’État aux collectivités territoriales, le Domaine Régional de Chaumont-sur-Loire est devenu “Centre d’Arts et de Nature“.
 Donc, voué à la relation entre nature et culture, il se partage entre patrimoine, création artistique et intervention paysagère. Son immense parc en balcon sur la Loire accueille des installations d’artistes, temporaires aussi bien que pérennes, dont les œuvres ornent les allées, à l’ombre de cèdres bicentenaires, les appartements seigneuriaux et les communs. De l’autre côté du Château, le Festival International des jardins confie chaque printemps, à des artistes jardiniers venus du monde entier, vingt-cinq lopins de terre pour donner libre cours à leur créativité. La thématique de cette année: Le Pouvoir de la fleur (Flower Power) avait de quoi les inspirer…

 L’expression fut inventée en 1967 par des hippies américains, lors de Summer of Love, un rassemblement à San Francisco, avec, pour consigne: porter des fleurs, symboles de la non-violence, dans les cheveux, et les distribuer autour de soi. Le “pouvoir de la fleur“, c’était, par exemple, offrir une fleur à un policier, pendant une manifestation, ou glisser une fleur dans le canon d’un fusil.  Au-delà de cette symbolique récente, de tout temps, les fleurs ont eu un langage à elles. À nous de le décrypter dans les jardins que nous proposent les artistes d’aujourd’hui : « Toute fleur qui s’ouvre, on dirait qu’elle m’ouvre les yeux (…) Elle ouvre, en s’ouvrant, autre chose, beaucoup plus qu’elle-même. (…)  » écrit le poète Philippe Jaccottet, dans Aux liserons des champs

 Malgré le gel récent de la mi-mai, qui a ralenti, voire empêché la floraison de certains parterres dont la composition reposait uniquement sur une combinaison de formes et de couleurs, les créateurs paysagistes nous ont offert de belles surprises.

 De l’autre côté du miroir de Nicolas Stadler, designer, Alice Stadler, architecte d’intérieur et Thierry Giraut, paysagiste / France
Quel trésor se cache-t-il derrière ce grand cube de bois aux parois ruisselantes de lierre? Passons la petite porte : elle s’ouvre sur une nature, immense, dans une symétrie toute classique, un champ de fleurs multicolores à perte de vue, à l’infini des miroirs multifaces qui les démultiplient.

 La Fleur du mal de Lynda Harris, paysagiste, Nathan Crouzet, architecte urbaniste, et Arthur-Louis Ignoré, artiste urbain/ France
En cas de pluie ou de chaleur, il fera bon se réfugier sous une des quatre cabanes noires de ce village abandonné, et rêvasser sur des lits à opium. Dans cet espace structuré autour d’un grand bouleau argenté, s’écoule la végétation luxuriante de quatre jardins peuplés de plantes puissantes: stimulants neurologiques et physiologiques, drogues douces ou dures… On pourra ainsi contempler ,entre autres : Artemesia absinthium, Datisca cannabina, Digitalis purpurea , Nicotiana langsdorffii, mutabilis ou  tabacum, Papaver somniferum, Rosa glauca, Valeriana officinalis… Tout un programme !

 

 

 

¢Mireille Davidovici

¢Mireille Davidovici

Le Pouvoir des sorcières de Sung Hye PARK, architecte-paysagiste, et Byung-Eun De Gaulejac, chef de projet (Corée)

Face à la destruction de la faune et la flore, mais aussi au confinement des femmes dans la sphère domestique et reproductive déniant leurs pouvoirs et savoirs ancestraux, en particulier médicaux, et liés aux plantes, les sorcières se rebellent.  Elles perpétuent une relation bienveillante à la nature et utilisent les pouvoirs des fleurs. Un jardin médicinal leur est dédié aux tons rouges, violets et noirs symbolisant le sang des femmes et leurs pouvoirs retrouvés.

Papillonnez de Cyril Servettaz, paysagiste et Hannes Heuck, paysagiste (France / Allemagne)

S’inspirant du Papillon d’Hans Christian Andersen (1805-1875), ce jardin illustre le charme exercé par les nectars floraux sur les insectes et les humains. On y trouve uniquement des variétés blanches : marguerites, dahlias et menthes citées dans le conte, mais aussi les fameux arbres à papillons ou buddleias, des centaurées, et des scabieuses qui attirent des insectes butineurs, comme les abeilles. Bourdonnements garantis.

au pied du murAu pied du mur de Léa Lamerre, chargée de développement, Henry Flouzat et Clara Lamerre, architectes , Vincent Lahache, paysagiste et Elisabeth Crombecque, enseignante et diplômée en conception de jardin (France)

Un mur s’élève entre artificiel et vivant : d’un côté des images, composées de sachets de graines, promesses de fleurs parfaites sur papier glacé. De l’autre,  des plantations à différents degrés de maturité. On pense alors à Stéphane Mallarmé : « Je dis : une fleur ! et (…) musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tout bouquet. »

 

 © E. Sander

© E. Sander

Levant de Tian Tian, paysagiste et Di Wang, rédactrice-pigiste et professeure d’histoire (Chine)

Ici terre, eau, ciel et plantes s’agencent dans des alignements monotones. De longues nattes de cheveux noirs flottent au vent, en mémoire des générations de femmes qui s’y sont échinées. De leur labeur, naîtront ici des fleurs de jasmin. Devenue le symbole d’une révolution populaire déferlant sur le monde arabe ,ces plantes ont parfumé depuis la nuit des temps, les thés d’Orient. En Chine, paraît-il, le jasmin ne grimpe pas mais prend l’allure de gros arbustes.

 Monochrome Blanc/White Colors,  Quasar Design, University (Italie) :  Eugenio Beccari , Barbara di Carlantonio, Eufemia Iannace, Cristina Istoc, Sandra Liebe, Gianluca Pieran,  Samuel Sardi, Giulia Tasselli, et Christian Villa Marcello, étudiants et Lorenza Bartolazzi, Cristiana Cpstanzo, Fabio Manfredi, Simone Sante et Aurelio Valentini , enseignants.

Une enfilade de murs végétaux, de parois blanches de même hauteur où croissent des espèces différentes, peut sembler banale.  Mais il ne faut pas se fier aux apparences : le  miroir qui s’étale au fond du lopin, trahit déjà la monochromie et aurait du mettre la puce à l’oreille du visiteur. Quand il se retourne, il découvre un monde éclatant de couleurs. Chaque paroi végétale offre une savante profusion chromatique de fleurs et feuilles, jaunes, orangées, rouges, mauves, bleues, vertes. Etonnant !

monochrome blanc

Mireille Davidovici

Domaine de Chaumont-sur-Loire (Loire-et-Cher) jusqu’au 5 novembre. T. 02 54 20 99 22
http://www.domaine-chaumont.fr/

 

 

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