Une Vie de Pascal Rambert

 

Une Vie texte et mise en scène de Pascal Rambert

Une vie © C. Raynaud de Lage, coll. CF_0547

©Christophe Raynaud de Lage

Le critique d’art lui demande pourquoi il peint de façon obsessionnelle tant de visages et de sexes ? Chose incompréhensible et enjeu de toute sa recherche esthétique, admet l’interviewé. Arrive alors sur le plateau une belle et élégante figure maternelle défunte, toute vêtue de noir avec voilette et talons hauts. (Cécile Brune parfaite dans cette incarnation passéiste). «Tu sais, dit-elle, très  pédagogue, les êtres vivent dans les phrases. »

La quête intime du peintre consistera dès lors à harceler à son tour cette mère envahissante, à la fois tant aimée et honnie, qui l’a couvé et bridé. Quand a-t-il été conçu? A l’hôtel Le Grand Plaza à Rome, lui dit cette mère qui avoue de rares instants de jouissance. Et le fils de s’appesantir sur des détails obsessionnels.

Ce peintre reconnu s’est finalement replié sur le figuratif puisque, pour lui, seule la forme est révolutionnaire, et non le  thème. Et il a choisi de peindre la vie, plutôt que dénoncer la guerre. En renonçant même à représenter les hommes, et en préférant peindre des lieux plantés de végétaux. Et il donne à ses tableaux des noms poétiques comme Bosquet près d’un lac, Pivoines au jardin… L’idée d’un jardin intérieur l’a toujours en effet préoccupé et sa mère a dans les bras un magnifique bouquet de belles pivoines. Le jardin est dans l’imaginaire des hommes, une représentation d’un paradis perdu, et la vision idéale d’un monde peuplé d’animaux et végétaux.

Le frère surgit à son tour sur le plateau, habité par un sentiment de haine-amour furieux (excellent Alexandre Pavloff). Un mépris mutuel et réciproque ancré dès la petite enfance de ces frères, surtout chez le surnommé Frère Amer.  Et qui trouve son origine dans le grand appartement de la rue de Lille à Paris, où les fils, dont la mère a toujours préféré le peintre au prêtre, entendent leur mère gémir de solitude.

L’art et la vie, comment faire la différence? Méditation sur le temps qui passe: u moment théâtral fort et Denis Podalydès prend un malin plaisir à jouer l’artiste, en se prêtant volontiers au jeu amusé des sacro-saintes interviews, mimant la folie puis un retour à soi plus assagi.

La vie s’organise comme un jardin, entre paysage naturel et ordonnancement, création personnelle dans un art complexe de l’espace et du temps. Une Vie met à nu la parole vivante d’une jeune fille aimée (Jennifer Decker), et l’ami infernal et dangereux, le Diable, qu’incarne avec un esprit facétieux Pierre-Louis Calixte.

Pascal Rambert met habilement en scène des apparitions surgies du passé, au-delà des regrets et déceptions…

Véronique Hotte

Théâtre du Vieux-Colombier-Comédie-Française, rue du Vieux-Colombier, Paris VIème  jusqu’au 2 juillet. T : 01 44 39 87 00/01.

 


Archive pour 2 juin, 2017

Une Vie de Pascal Rambert

 

Une Vie texte et mise en scène de Pascal Rambert

Une vie © C. Raynaud de Lage, coll. CF_0547

©Christophe Raynaud de Lage

Le critique d’art lui demande pourquoi il peint de façon obsessionnelle tant de visages et de sexes ? Chose incompréhensible et enjeu de toute sa recherche esthétique, admet l’interviewé. Arrive alors sur le plateau une belle et élégante figure maternelle défunte, toute vêtue de noir avec voilette et talons hauts. (Cécile Brune parfaite dans cette incarnation passéiste). «Tu sais, dit-elle, très  pédagogue, les êtres vivent dans les phrases. »

La quête intime du peintre consistera dès lors à harceler à son tour cette mère envahissante, à la fois tant aimée et honnie, qui l’a couvé et bridé. Quand a-t-il été conçu? A l’hôtel Le Grand Plaza à Rome, lui dit cette mère qui avoue de rares instants de jouissance. Et le fils de s’appesantir sur des détails obsessionnels.

Ce peintre reconnu s’est finalement replié sur le figuratif puisque, pour lui, seule la forme est révolutionnaire, et non le  thème. Et il a choisi de peindre la vie, plutôt que dénoncer la guerre. En renonçant même à représenter les hommes, et en préférant peindre des lieux plantés de végétaux. Et il donne à ses tableaux des noms poétiques comme Bosquet près d’un lac, Pivoines au jardin… L’idée d’un jardin intérieur l’a toujours en effet préoccupé et sa mère a dans les bras un magnifique bouquet de belles pivoines. Le jardin est dans l’imaginaire des hommes, une représentation d’un paradis perdu, et la vision idéale d’un monde peuplé d’animaux et végétaux.

Le frère surgit à son tour sur le plateau, habité par un sentiment de haine-amour furieux (excellent Alexandre Pavloff). Un mépris mutuel et réciproque ancré dès la petite enfance de ces frères, surtout chez le surnommé Frère Amer.  Et qui trouve son origine dans le grand appartement de la rue de Lille à Paris, où les fils, dont la mère a toujours préféré le peintre au prêtre, entendent leur mère gémir de solitude.

L’art et la vie, comment faire la différence? Méditation sur le temps qui passe: u moment théâtral fort et Denis Podalydès prend un malin plaisir à jouer l’artiste, en se prêtant volontiers au jeu amusé des sacro-saintes interviews, mimant la folie puis un retour à soi plus assagi.

La vie s’organise comme un jardin, entre paysage naturel et ordonnancement, création personnelle dans un art complexe de l’espace et du temps. Une Vie met à nu la parole vivante d’une jeune fille aimée (Jennifer Decker), et l’ami infernal et dangereux, le Diable, qu’incarne avec un esprit facétieux Pierre-Louis Calixte.

Pascal Rambert met habilement en scène des apparitions surgies du passé, au-delà des regrets et déceptions…

Véronique Hotte

Théâtre du Vieux-Colombier-Comédie-Française, rue du Vieux-Colombier, Paris VIème  jusqu’au 2 juillet. T : 01 44 39 87 00/01.

 

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