Biennale de Venise: événements collatéraux et off (suite)

 

Biennale de Venise: événements collatéraux et off (suite)

 

a bonsai of my dreamA Bonsai of my dream  de Wong Cheng Pou

Une visite récréative s’impose au Pavillon de Macao où sont exposées dix-sept petites sculptures. Bonsaï, mot japonais dérivé du chinois penjing (paysage miniature présenté dans une coupe) désigne, à l’origine, un jardin chinois traditionnel miniaturisé.

Les moines lettrés de la Chine ancienne, reclus, méditaient devant cette représentation symbolique de l’éternité et de l’harmonie entre l’homme et la nature et Wong Cheng Pou s’en inspire : «Mon travail s’inscrit en regard du développement de Macao où les espaces sont de plus en plus restreints, et la vie, de plus en plus tendue. Je construis un petit jardin que je rêverais de pouvoir cultiver au sein de ma ville».

Ce sculpteur peuple ses paysages de personnages mythologiques issus du Shan Haï Jing (Le Livre des montagnes et des mers), des êtres fantasmagoriques mi-humains, mi-animaux. Il nous renvoie à l’enfance de l’art asiatique, à ses racines profondes, et nous propose un parcours, à la fois ludique avec de petits bonshommes aux corps bizarres, et propice au recueillement avec cette tête de Bouddha qui change de physionomie grâce à un simple jeu de lumière…

Pavillon de Macao Arsenale, Castello, 2126/A (Campo della Tana), jusqu’au 14 août – www.icm.gov.mo ; www.mam.gov.mo

 

Songs for Disaster Relief de Samson Young

Ce compositeur s’interroge, dans ces «chants pour soulager du désastre», sur les aspects politiques de la musique. Son installation se «propose de revisiter les chansons caritatives à succès », comme We are the World, ou Do They know it’s Christmas. Avec le but de collecter des fonds pour lutter contre la famine en Ethiopie.

La première, écrite par Michael Jackson et Lionel Richie, enregistrée par Quincey Johns et le groupe américain USA for Africa en 1985, devint un succès mondial. Moins connu en France,  Do They Know It’s Christmas? (Savent-ils que c’est Noël ?), composé par Bob Geldof et Midge Ure ( 1984) et interprété par le collectif Band Aid, a battu pendant des années les records de ventes au Royaume-Uni … L’artiste de Hong-Kong détourne ces deux tubes en les plaçant dans un environnement insolite et poétique, et les fait entendre autrement :  dans l’espace d’une installation composée de dessins, films d’animation, objets et textes projetés… Un court métrage montre une chorale chinoise entonnant We are the World. Sans émettre un son, les chanteurs articulent ces paroles bien connues : poignant…

Un retour émouvant à l’objectif caritatif de ces chansons des années 1980, que le succès commercial a dévoyées. Songs for Disaster Relief propose un parcours amusant dans la mémoire collective pour partager ces moments  généreux  qui aujourd’hui ne semblent plus de mise. A la fois ludique et nostalgique.

 Pavillon de Hong Kong, Campo della Tana, Castello 2126-30, jusqu’au 26 novembre

 

I'm bird

« I’m bird » de Chimeddorj

Lost in Tngri, exposition collective d’artistes mongols

 Le titre Perdu dans les cieux renvoie à la situation d’un pays dont la civilisation nomade est confrontée à la modernité, avec son cortège de maux : pollution, déculturation, pillage des ressources naturelles. De vastes terres devenues, aux yeux des cinq artistes, des paradis perdus et souillés.

Une drôle d’armée en bronze nous accueille à l’entrée : des fusils tordus, juchés sur des pattes de grues montent la garde. En Asie, cet oiseau migrateur symbolise le bonheur et l’éternel retour. Le sculpteur  Chimeddorj a conçu I’m Bird un jour où il vit, à Oulan-Bator, une foule de jeunes Mongols se presser devant l’ambassade de Corée pour obtenir des visas de travail. Ses soixante inquiétants échassiers de bronze traduisent une inquiétude : jusqu’à quel point la conquête à marche forcée de mondes nouveaux va-t-elle détruire l’ancien ?

Même préoccupation chez Bolortuvshin, avec sa belle et sinistre installation : Raped (Violé). Sur un grand mur blanc, elle a disposé des restes d’animaux, de vieux tuyaux, des bidons de plastique, au sol, le désert s’étend… La jeune femme a été frappée, en traversant une région reculée de son pays, par les dégâts causés par l’exploitation minière illicite.

De même, Munkhbolor dans Karma of Eating témoigne avec ses crânes de chèvres peinturlurés et disposés dans des autels comme des fétiches shamaniques, de la désertification engendrée par les trop nombreux troupeaux élevés pour le commerce du cachemire. .

Eglise Santa Maria della Pietà, Calle della Pietà, Castello 3701, jusqu’au 26 novembre.

 

sylvester Khubayi

Sylvester Khubayi

Seeing Ourselves: Questioning our geographical landscape and the space we occupy from yesterday, today and tomorrow”  exposition collective pavillon du Zimbabwe

Quatre artistes répondent à la question : «Qui sommes nous ? Qu’en est-il de notre paysage géographique et de notre territoire d’hier, d’aujourd’hui et de demain?» Ce qui semble d’abord les préoccuper : l’hémorragie migratoire qui affecte leur pays. Depuis les peintures colorées et pointillistes de Charles Bhebe, au magnifique cortège d’escargots en céramique, sculptés par Sylvester Klubayi : les coquilles de ces lents voyageurs transportent des cargaisons humaines. Belle métaphore.

Eglise Santa Maria della Pietà, Calle della Pietà, Castello 3701

 

palais Pisanie conservatoire de musique

cour du Palais Pisani

Body and Soul. Performance Art – Past and Present exposition collective d’artiste du body art.

On a vite fait le tour de cette exposition au premier étage de l’Ecole de musique et consacrée à huit performeurs, dont certains anciens du body art dans les années 1960, comme la Française Orlan. Ici, avec L’Opéra de Pékin (2014), elle interroge cet art dominé par les hommes qui interprétaient les rôles féminins. Cette fois, elle n’intervient pas directement sur son corps mais l’a scanné pour fabriquer son avatar vidéo : la «reine des masque »  exécute des figures acrobatiques. Tout aussi ancienne dans le «body art»,  l’Autrichienne Valie Export, connue pour avoir exhibé ses parties génitales dans des performances théâtrales et cinématographiques, revendique ici sa féminité avec DELTA. Ein Stück ( DELTA. Une pièce) (1976/77) évoquant le triangle dans tous les sens du terme.

 
La Polonaise Katarzyna Kozyra se penche, elle, sur la question du genre. La Française Nicola L , avec The Blue Cape of evolution rend hommage au critique d’art Pierre Restany. Carolee Schneemann (Etats-Unis), qui a beaucoup travaillé sur le corps et qui vient de recevoir le Lion d’or 2017 pour l’ensemble de son œuvre, mêle dans une vidéo  images de la guerre du Viet Nam et scènes intimes. Cru et troublant.

Les nouveaux venus dans le paysage se concentrent sur des questions plus sociales et politiques, comme Derrick Adams (Etats-Unis), qui, à partir d’images d’archives de ses prédécesseurs Joseph Beuys, Adrian Piper, ou Bruce Nauman, tente un exercice d’admiration. L’Américaine Aisha Tandiwe Bell se penche sur nos identités fragmentées – elle est elle-même d’origine tanzanienne et jamaïcaine- et elle a réalisé Tricked out Trap ( Pièges déjoués),  des sculptures composites avec installations sonores et vidéo : «Je dénonce, dit-elle, tout ce qui nous piège, notamment le sexe, la race et la classe». John Bonafede (Etats-Unis), dans Faces (Visages), a filmé des danseurs au plus près, avec gros plans sur leurs visages, qui, pareils à des masques,  laissent voir leurs émotions, tensions, souffrances… 

Rien de passionnant dans ces œuvres gentiment contestataires qui ont un petit goût de réchauffé. En revanche le Palais Pisani qui les abrite mérite qu’on s’attarde un peu dans la cour. Loin des meute de touriste, bercé par les instruments des élèves et les répétitions d’orchestre, on peut y admirer ses hautes façades à colonnades du XVIe siècle un peu délabrées et y voir une œuvre amusante : avec son long corps de métal, une sorte de robot cyclopéen nous observe et son œil unique s’anime, sa pupille devient un cœur avant qu’elle n’éclate en un lâcher de papillons bleus. Lui font face des bustes de plâtre de style égyptien, têtes décharnées, vertèbres apparentes, mais rien de sinistre dans ce bel environnement…

Conservatoire de Musique Benedetto Marcello, Palazzo Pisani, San Marco, 2810 (Campiello Pisani), jusqu’au 26 novembre.
http://bodyandsoulvenezia.com

Mireille Davidovici

Oeuvres vues à la Biennale de Venise, Arsenale, Giardini  mais aussi dans de nombreux lieux de la ville, jusqu’au 26 novembre. Attention: certains pavillons «off» et «off off» ferment avant cette date. www.labiennale.org

 


Archive pour 4 juin, 2017

Biennale de Venise: événements collatéraux et off (suite)

 

Biennale de Venise: événements collatéraux et off (suite)

 

a bonsai of my dreamA Bonsai of my dream  de Wong Cheng Pou

Une visite récréative s’impose au Pavillon de Macao où sont exposées dix-sept petites sculptures. Bonsaï, mot japonais dérivé du chinois penjing (paysage miniature présenté dans une coupe) désigne, à l’origine, un jardin chinois traditionnel miniaturisé.

Les moines lettrés de la Chine ancienne, reclus, méditaient devant cette représentation symbolique de l’éternité et de l’harmonie entre l’homme et la nature et Wong Cheng Pou s’en inspire : «Mon travail s’inscrit en regard du développement de Macao où les espaces sont de plus en plus restreints, et la vie, de plus en plus tendue. Je construis un petit jardin que je rêverais de pouvoir cultiver au sein de ma ville».

Ce sculpteur peuple ses paysages de personnages mythologiques issus du Shan Haï Jing (Le Livre des montagnes et des mers), des êtres fantasmagoriques mi-humains, mi-animaux. Il nous renvoie à l’enfance de l’art asiatique, à ses racines profondes, et nous propose un parcours, à la fois ludique avec de petits bonshommes aux corps bizarres, et propice au recueillement avec cette tête de Bouddha qui change de physionomie grâce à un simple jeu de lumière…

Pavillon de Macao Arsenale, Castello, 2126/A (Campo della Tana), jusqu’au 14 août – www.icm.gov.mo ; www.mam.gov.mo

 

Songs for Disaster Relief de Samson Young

Ce compositeur s’interroge, dans ces «chants pour soulager du désastre», sur les aspects politiques de la musique. Son installation se «propose de revisiter les chansons caritatives à succès », comme We are the World, ou Do They know it’s Christmas. Avec le but de collecter des fonds pour lutter contre la famine en Ethiopie.

La première, écrite par Michael Jackson et Lionel Richie, enregistrée par Quincey Johns et le groupe américain USA for Africa en 1985, devint un succès mondial. Moins connu en France,  Do They Know It’s Christmas? (Savent-ils que c’est Noël ?), composé par Bob Geldof et Midge Ure ( 1984) et interprété par le collectif Band Aid, a battu pendant des années les records de ventes au Royaume-Uni … L’artiste de Hong-Kong détourne ces deux tubes en les plaçant dans un environnement insolite et poétique, et les fait entendre autrement :  dans l’espace d’une installation composée de dessins, films d’animation, objets et textes projetés… Un court métrage montre une chorale chinoise entonnant We are the World. Sans émettre un son, les chanteurs articulent ces paroles bien connues : poignant…

Un retour émouvant à l’objectif caritatif de ces chansons des années 1980, que le succès commercial a dévoyées. Songs for Disaster Relief propose un parcours amusant dans la mémoire collective pour partager ces moments  généreux  qui aujourd’hui ne semblent plus de mise. A la fois ludique et nostalgique.

 Pavillon de Hong Kong, Campo della Tana, Castello 2126-30, jusqu’au 26 novembre

 

I'm bird

« I’m bird » de Chimeddorj

Lost in Tngri, exposition collective d’artistes mongols

 Le titre Perdu dans les cieux renvoie à la situation d’un pays dont la civilisation nomade est confrontée à la modernité, avec son cortège de maux : pollution, déculturation, pillage des ressources naturelles. De vastes terres devenues, aux yeux des cinq artistes, des paradis perdus et souillés.

Une drôle d’armée en bronze nous accueille à l’entrée : des fusils tordus, juchés sur des pattes de grues montent la garde. En Asie, cet oiseau migrateur symbolise le bonheur et l’éternel retour. Le sculpteur  Chimeddorj a conçu I’m Bird un jour où il vit, à Oulan-Bator, une foule de jeunes Mongols se presser devant l’ambassade de Corée pour obtenir des visas de travail. Ses soixante inquiétants échassiers de bronze traduisent une inquiétude : jusqu’à quel point la conquête à marche forcée de mondes nouveaux va-t-elle détruire l’ancien ?

Même préoccupation chez Bolortuvshin, avec sa belle et sinistre installation : Raped (Violé). Sur un grand mur blanc, elle a disposé des restes d’animaux, de vieux tuyaux, des bidons de plastique, au sol, le désert s’étend… La jeune femme a été frappée, en traversant une région reculée de son pays, par les dégâts causés par l’exploitation minière illicite.

De même, Munkhbolor dans Karma of Eating témoigne avec ses crânes de chèvres peinturlurés et disposés dans des autels comme des fétiches shamaniques, de la désertification engendrée par les trop nombreux troupeaux élevés pour le commerce du cachemire. .

Eglise Santa Maria della Pietà, Calle della Pietà, Castello 3701, jusqu’au 26 novembre.

 

sylvester Khubayi

Sylvester Khubayi

Seeing Ourselves: Questioning our geographical landscape and the space we occupy from yesterday, today and tomorrow”  exposition collective pavillon du Zimbabwe

Quatre artistes répondent à la question : «Qui sommes nous ? Qu’en est-il de notre paysage géographique et de notre territoire d’hier, d’aujourd’hui et de demain?» Ce qui semble d’abord les préoccuper : l’hémorragie migratoire qui affecte leur pays. Depuis les peintures colorées et pointillistes de Charles Bhebe, au magnifique cortège d’escargots en céramique, sculptés par Sylvester Klubayi : les coquilles de ces lents voyageurs transportent des cargaisons humaines. Belle métaphore.

Eglise Santa Maria della Pietà, Calle della Pietà, Castello 3701

 

palais Pisanie conservatoire de musique

cour du Palais Pisani

Body and Soul. Performance Art – Past and Present exposition collective d’artiste du body art.

On a vite fait le tour de cette exposition au premier étage de l’Ecole de musique et consacrée à huit performeurs, dont certains anciens du body art dans les années 1960, comme la Française Orlan. Ici, avec L’Opéra de Pékin (2014), elle interroge cet art dominé par les hommes qui interprétaient les rôles féminins. Cette fois, elle n’intervient pas directement sur son corps mais l’a scanné pour fabriquer son avatar vidéo : la «reine des masque »  exécute des figures acrobatiques. Tout aussi ancienne dans le «body art»,  l’Autrichienne Valie Export, connue pour avoir exhibé ses parties génitales dans des performances théâtrales et cinématographiques, revendique ici sa féminité avec DELTA. Ein Stück ( DELTA. Une pièce) (1976/77) évoquant le triangle dans tous les sens du terme.

 
La Polonaise Katarzyna Kozyra se penche, elle, sur la question du genre. La Française Nicola L , avec The Blue Cape of evolution rend hommage au critique d’art Pierre Restany. Carolee Schneemann (Etats-Unis), qui a beaucoup travaillé sur le corps et qui vient de recevoir le Lion d’or 2017 pour l’ensemble de son œuvre, mêle dans une vidéo  images de la guerre du Viet Nam et scènes intimes. Cru et troublant.

Les nouveaux venus dans le paysage se concentrent sur des questions plus sociales et politiques, comme Derrick Adams (Etats-Unis), qui, à partir d’images d’archives de ses prédécesseurs Joseph Beuys, Adrian Piper, ou Bruce Nauman, tente un exercice d’admiration. L’Américaine Aisha Tandiwe Bell se penche sur nos identités fragmentées – elle est elle-même d’origine tanzanienne et jamaïcaine- et elle a réalisé Tricked out Trap ( Pièges déjoués),  des sculptures composites avec installations sonores et vidéo : «Je dénonce, dit-elle, tout ce qui nous piège, notamment le sexe, la race et la classe». John Bonafede (Etats-Unis), dans Faces (Visages), a filmé des danseurs au plus près, avec gros plans sur leurs visages, qui, pareils à des masques,  laissent voir leurs émotions, tensions, souffrances… 

Rien de passionnant dans ces œuvres gentiment contestataires qui ont un petit goût de réchauffé. En revanche le Palais Pisani qui les abrite mérite qu’on s’attarde un peu dans la cour. Loin des meute de touriste, bercé par les instruments des élèves et les répétitions d’orchestre, on peut y admirer ses hautes façades à colonnades du XVIe siècle un peu délabrées et y voir une œuvre amusante : avec son long corps de métal, une sorte de robot cyclopéen nous observe et son œil unique s’anime, sa pupille devient un cœur avant qu’elle n’éclate en un lâcher de papillons bleus. Lui font face des bustes de plâtre de style égyptien, têtes décharnées, vertèbres apparentes, mais rien de sinistre dans ce bel environnement…

Conservatoire de Musique Benedetto Marcello, Palazzo Pisani, San Marco, 2810 (Campiello Pisani), jusqu’au 26 novembre.
http://bodyandsoulvenezia.com

Mireille Davidovici

Oeuvres vues à la Biennale de Venise, Arsenale, Giardini  mais aussi dans de nombreux lieux de la ville, jusqu’au 26 novembre. Attention: certains pavillons «off» et «off off» ferment avant cette date. www.labiennale.org

 

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