Des Hommes en devenir

 

Des Hommes en devenir, d’après le roman de Bruce Machart, mise en scène, adaptation d’Emmanuel Meirieu

 

Bruce Machart connaît bien ses personnages qui vivent tous à Huston (Texas), ville dont il est lui-même originaire. Ils s’appellent : Ray, Tom, Vincent, Sean, Dean… et leur nom s’inscrit sur l’écran transparent tendu à l’avant du plateau, quand, à tour de rôle, ils se succèdent au micro, pour nous confier un épisode marquant de leur vie.

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 La femme de Ray, un auteur pour le magazine Reader’s digest, vient de le quitter et il raconte une histoire de chien écrasé sur le périphérique : «Là, dehors, l’homme s’était arrêté, il était là, à genoux sur l’asphalte, effondré au bord de l’autoroute, en train de pleurer sur un chien qu’il aimait, plus que tout (…). Ça a créé quelque chose de bizarre en moi, comme si on m’avait ouvert la poitrine, que ma poitrine était exposée à l’air libre (…) et le bruit de tout ça se mélangeait dans ma tête (…) avec la prière que j’étais en train de formuler, cette prière qui dit :« MON DIEU, MON DIEU, JE VOUS EN PRIE, FAITES QU’UN JOUR, MOI AUSSI, J’AI AUTANT À PERDRE !» Xavier Gallais campe ici un personnage  nerveux, au plus près de l’émotion. Sur son visage, qu’on observe parfois projeté en gros plan, le pathos-pas très loin-est retenu, comme chez les  acteurs qui le suivront. 

Jérôme Derre joue avec une grande humanité Tom, le directeur d’une scierie  qui a perdu un de ses fils et sa femme et  Jérôme Kircher interprète, lui, un modeste aide-soignant hospitalier, dont la femme vient d’accoucher d’un bébé mort né. Bébé que Dean, un chauffeur-livreur transporte à la morgue avec compassion, lui qui a perdu son intégrité physique lors d’un grave accident. Xavier Gallais,  revenu sur scène, méconnaissable, enveloppé de bandages aura le dernier mot du spectacle. Franchissant le quatrième mur, il s’approche du public pour délivrer son message : «Sachons qu’être un homme accompli, c’est faire en permanence l’expérience du manque. »

Emmanuel Meirieu , dont nous avions apprécié la belle adaptation de Mon traître d’après Sorj Chalandon (voir Le Théâtre du Blog), ne nous déçoit pas ; avec une sobre mise en scène et une direction d’acteurs efficace, il sait capter les émotions des personnages. Plus que leur tristesse-infinie-ressort leur courage, face aux pertes irrémédiables qu’ils ont subies. Une compassion chaleureuse que les comédiens, tous excellents, nous font partager avec générosité. Aidés en cela par les lumières et vidéos signées Seymour Laval et Emmanuel Meirieu.

Le dispositif  scénique souligne avec subtilité le jeu tout en finesse des interprètes. Comme Stéphane Balmino à la guitare, qui nous réserve par ailleurs l’apparition chantée d’un personnage secondaire de ce remarquable roman.  Cinq témoignages indispensables pour ne pas désespérer de l’espèce humaine. Il reste encore quelques jours à Paris.

Mireille Davidovici

 

Théâtre Paris-Villette 211 avenue Jean Jaurès Paris XIXème jusqu’au 10 juin.
Et du 10 au 14 octobre Théâtre de la Croix Rousse à Lyon ; du 8 au 11 Novembre, La Criée à Marseille; les 17 et 18 novembre, à Châteauvallon-Scène nationale (83); les 21 et 22 Novembre, Théâtre de l’Agora-Scène nationale d’Evry et de l’Essonne; du 24 au 26 novembre, L’Aire libre à Saint-Jacques-de-la-Lande (35) ; le 28 novembre,  L’Onde à Vélizy-Villacoublay  (78) ; le 1er décembre, L’Arc, au Creusot (71) ; les 19 et 20 décembre, Maison de la Culture de Tournai (Belgique).

 

Le roman,  traduction de François Happe, est paru aux  Editions Gallmeister

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