« Art » de Yasmina Reza, mise en scène de tg STAN et Dood Paard

©Sanne Peper

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«Art» de Yasmina Reza, mise en scène de tg STAN et Dood Paard

Ces habitués du théâtre de la Bastille arrivent tranquillement,  sans se soucier du brouhaha d’un public qui leur est acquis. Les Tg Stan commencent par s’installer sur le plateau nu: ils mènent la carriole de Mère Courage, le chariot des comédiens, en l’espèce; une remorque solide portant le fameux tableau blanc qui mettra le feu aux trois protagonistes  imaginés par Yasmina Reza.

Résumons : Serge, médecin aux revenus confortables, se fait un plaisir de montrer à son ami Marc le tableau qu’il vient d’acheter, d’un peintre dont l’œuvre a une très forte cote. Et l’ami éclate de rire devant un simple panneau blanc, payé une fortune ! Cette première goutte d’acide va ronger l’amitié entre les deux hommes, et l’arrivée du troisième avec ses ennuis familiaux n’arrangera rien, au contraire : le conciliateur reçoit toujours les coups et les tartes à la crème. Et puis, à trois, les jeux d’alliance, de retournement et de trahisons sont infinis, et tellement jouissifs.

Art a été jouée dans le monde entier, avec un inépuisable succès. À la création, en 1994, ce qu’on appelait pas encore le buzz avait tourné autour de l’art contemporain : escroquerie, imposture…, avec une évidente connivence entre le public, Serge, le riche dermatologue acquéreur du tableau en question, et Marc, l’ingénieur qui traite l’objet de «merde blanche». L’époque a changé : l’art contemporain ne fait plus scandale, dans les mêmes conditions de température et de pression, à milieu social équivalent. Et on s’est remis à croire à l’existence d’une nature humaine. Du coup, l’analyse psychologique prend le dessus : les amitiés sont fragiles, avec le temps, on ne grandit pas au même rythme que ses amis, les chemins s’écartent. On pense furieusement (merci à nos amies les Précieuses) à la pièce de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non (1981).

Pour un détail (à 200.000 francs quand même), le «Dieu du carnage » (titre d’une pièce plus récente de Yasmina Reza, dont Roman Polanski a tiré un film  en 2011), fait irruption à la grande jubilation de l’auteur, des acteurs Stan Kuno Bakker, Gillis Biesheuvel et Frank Vercruyssen, (impeccables) et du public. Bref tout le monde est content.

En grand virtuose de l’improvisation et du jeu avec les spectateurs, de la balle au bond et  de l’aparté, le collectif s’en donne à cœur joie. On peut penser le pire des êtres humains, se dire sur scène toutes les vacheries qu’on s’interdit  dans la «vraie vie». Un peu de pessimisme, surtout déversé avec un humour si généreux…ça fait tellement de bien en ces temps angoissants,

Christine Friedel

Théâtre de la Bastille, Paris jusqu’au 30 juin. T. 01 43 57 42 14

 

 


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