Dissident, il va sans dire de Michel Vinaver

 

Dissident, il va sans dire de Michel Vinaver, mise en scène de Nicole Charpentier et Christian Chabaud

Dans le cadre de Pyka Puppet Estival

  Consacré aux arts de la Marionnettes et des formes animées, Pyka Puppet Estival, troisième édition d’une semaine,  a lieu dans deux théâtres d’Ile-de-France. On pourra y voir six spectacles, de trois compagnies étrangères notamment la Compagnie de la Tortue noire, originaire du Canada-Québec et de trois troupes franciliennes, avec des adaptations d’œuvres de Bertolt Brecht, Michel Vinaver, ou encore de la bande dessinée Les Pieds Nickelés. Il y aura aussi une table ronde  avec les  artistes et un stage de marionnettes  pour professionnels.

f-c56-568fd6e41f8ca Le Théâtre de chambre de Michel Vinaver,  fondé sur le dialogue, ne se prête pas a priori au jeu de  marionnettes. Mais la compagnie Daru réussit pourtant à faire vivre le drame de cette mère isolée et de son fils, avec des pantins confinés sur un petit espace et manipulés à vue par un seul acteur.

En douze très courts tableaux, l’auteur raconte la dérive d’un adolescent qui habite chez sa mère : «Attachés l’un à l’autre, écrit Michel Vinaver. Mais lui passe son temps à se dégager d’elle, du monde. Dissident, il l’est avec passivité (…) il va sans dire. Elle n’est pas immobile, elle va et dit le discours (des parents) ». Dans une société faite par, et pour les gagnants, à l’instar du père absent, ces deux  perdants n’ont pas leur place, et sombrent imperceptiblement. 

Aux ellipses du texte correspond une esthétique en creux. Dans un décor minimaliste, inspiré d’Edward Hopper, les objets se transforment pour figurer les différentes pièces de l’appartement. Le mur latéral séparant ce jeune homme et cette femme mûre, encore belle,  dont les corps filiformes et raides s’articulent. Les  marionnettes sont d’une grande simplicité et leurs visages ont des traits réalistes .

Dans une immobilité apparente traduisant une situation sans issue, le moindre geste prend alors toute sa valeur : un doigt pointé, un corps affaissé sur un canapé, ou suspendu à l’horizontale, au plafond. Pour souligner le caractère fusionnel de ce couple, fils et mère parlent d’une seule voix, masculine, enregistrée, mais avec le risque que l’on confonde leurs répliques, malgré une manipulation très fine. L’acteur, présent derrière ses petites créatures, symbolise le père absent.

 La compagnie Daru-Thempô, implantée dans l’Essonne depuis vingt ans,  a créé un lieu de création et de fabrique et un pôle-ressources de la marionnette et elle reprend ici  son spectacle créé en 2004. La pièce, de Michel Vinaver qu’il a écrite dans les années soixante-dix, montrait déjà la violence du monde du travail et ses répercussions dans la sphère familiale et n’a rien perdu de son actualité ! Ce drame intime entre une mère qui va perdre son emploi et un fils chômeur trouve toute sa force dans une réalisation modeste qui garde ses distances et sait éviter le pathos, sans nous priver d’émotion.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu au Théâtre de l’Atalante

Pyka Pupper jusqu’au 10 juin  T. :01 82 01 52 02 www.lepilierdesanges.com:

Au Théâtre de l’Atalante,  place Charles Dullin, Paris XVIIIème 

Au Théâtre Roublot , 95 rue Roublot  Fontenay-sous-Bois (Val de Marne).

 

Le texte est publié par l’Arche éditeur, collection  Scène ouverte, 1997

 

 

 


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