Contagion de François Bégaudeau, mise en scène de Valérie Grail

 

Contagion de François Bégaudeau, mise en scène de Valérie Grail

IMG_703Ça va vite, ça va très vite, cette épidémie mondiale : on l’a dit, la vérité  ressemble à une opinion comme une autre, les complotistes triomphent, les fausses nouvelles se répandent, et l’endoctrinement fait, de la mort, la  vie réelle… Cela n’a rien d’une plaisanterie et fait même très peur. De cette angoisse commune, de ce mur mou auquel on ne peut même pas se heurter, puisqu’il absorbe tout, François Bégaudeau a fait une pièce, à la demande de Valérie Grail. En trois séquences : Contamination, Radicalisation, Exfiltration.

Un professeur d’histoire, censé savoir parler aux jeunes et les sortir des griffes de la radicalisation est mis en échec. Le combat verbal avec le fils d’un ami, tout juste bachelier et greffé à son ordinateur, à coups de logique et de paralogismes, finit en match nul. Le doute, méthodique pour l’un, défensif pour l’autre, contre les “manipulations du système », les laisse dos à dos. Et le petit moment de tendresse entre l’aîné et le cadet, a des airs de poignée de main après le round. Voilà pour la Contamination.

La proposition bâclée et opportuniste d’un rédacteur en chef qui parle par lieux communs, se vide d’avance par une quête du sensationnel  représenté par le personnage. Stéphane, le «spécialiste des jeunes », se radicalise à sa façon : non, vous n’aurez pas du sensationnel, vous aurez une tentative d’approche, nuancée, contradictoire, de la vérité. Vous n’en voulez pas ? J’entre en résistance. Voilà pour la radicalisation. Enfin, la tentative poétique patauge et s’épuise. «L’art c’est beau, mais c’est du boulot », disait Karl Valentin, laissant quand même une porte entrebâillée sur un mince filet d’espoir.

Logique du texte parfaite, observation aigüe, satire un peu appuyée: pourtant nous sommes restés à la porte… Une mise en scène réaliste et sobre sert loyalement la pièce mais n’aurait-il pas été plus fort, surtout dans la première séquence, d’en rester à un corps-à-corps purement verbal ? Il y a ici de vrais enjeux: conflit des générations, doigt posé sur la rupture anthropologique de la transmission, virage sans retour des médias vers le commercial,  ce qui engendre ses «résistants», tâtonnement des arts qui ne savent où aller…

Et pourtant,  cela ne marche pas. Comme si son auteur s’était enfermé dans la même impasse que son personnage, souffrant de ne pouvoir échapper à sa position de pédagogue, d’adulte, face à un jeune.  Semblant pris en effet par un devoir d’éveiller les consciences, François Bégaudeau ne peut s’empêcher d »expliquer » et cela freine sans doute ce théâtre-là. D’autant que le monde qu’on nous explique, nous le connaissons, même si nous n’avons pas mis les mots dessus. L’insatisfaction comme enjeu de la pièce ? On veut bien mais on attendrait d’être au moins un peu bouleversé. Faut-il écarter à ce point l’émotion ? Elle n’a pas forcément quelque chose d’un piège ou un leurre, et manque à ce spectacle intelligent et juste.

Respect… et déception.

Christine Friedel

Théâtre Paris-Villette jusqu’au 18 juin. T. 01 40 03 72 23. Et du 7 au 28 juillet à Arthéphile, Avignon.  

Focus sur François Bégaudeau au Théâtre Paris-Villette, et La Devise, mise en scène de Benoît Lambert, du 20 au 24 juin.

 

 


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