Rosa, textes de Rosa Luxemburg, adaptation et mise en scène de Sébastien Accart et Nina-Paloma Polly

Rosa, textes de Rosa Luxemburg, adaptation et mise en scène de Sébastien Accart et Nina-Paloma Polly

 

© Alexandre Delamadeleine

© Alexandre Delamadeleine

Née en 1871, près de Lublin en Pologne alors empire russe, la militante socialiste et théoricienne marxiste Rosa Luxemburg, figure emblématique de l’aile gauche de l’Internationale ouvrière et révolutionnaire de l’Internationalisme, s’opposera à la première guerre mondiale et  sera exclue du  Parti démocrate fondé en 1875.
Elle cofonde alors avec Karl Liebknecht, la Ligue spartakiste puis le Parti communiste d’Allemagne. Mais quinze jours plus tard, pendant la révolution en 1919, elle  meurt assassinée à Berlin, lors de la répression de la révolte spartakiste.

Selon Rosa Luxemburg, les révolutionnaires allemands ne doivent pas être des satellites du bolchevisme, même s’il reste le symbole du socialisme révolutionnaire et de la classe ouvrière, quand elle s’efforce de conquérir le pouvoir. Mais elle estime aussi que la révolution russe est condamnée, si les prolétaires de tous les pays ne lui viennent en aide…

Selon elle, l’autodétermination de la classe ouvrière est un droit, soutenu par la social-démocratie dans la mesure où seule la révolution socialiste internationale peut mettre fin à la domination nationale et à l’exploitation, à l’inégalité des sexes et au racisme. Imaginant des alternatives possibles au capitalisme, Rosa Luxemburg critique dès 1917, le communisme russe qu’elle voit comme la «dictature d’une clique»  qui  a pris le pouvoir mais qui feint d’appliquer la démocratie, en convoquant aux assemblées des ouvriers…  sans leur donner voix au chapitre. Pour elle, le parti doit jouer un rôle dans la Révolution mais  n’a pas à diriger la classe ouvrière.

 Rosa Luxemburg a laissé une correspondance littéraire exemplaire. Et l’écrivain Karl Kraus évoque une lettre écrite à Sonia Liebknecht depuis la prison pour femmes de Breslau, « un document d’humanité et de poésie unique en son genre». Sébastien Accart et Nina-Paloma Polly ont conçu Rosa à partir des lettres intimes et  écrits politiques  que  Rosa Luxemburg écrivit entre 1914 et 1918. Idéaliste, âme noble et sensible, elle se révolte contre les injustices et les atteintes à la liberté, se sent très proche de la nature qu’elle observe avec minutie, dans un respect instinctif dû à la vie.

Elle raconte avec émotion qu’elle a vu dans la cour de la prison, un soldat torturer à coups de fouet  des buffles roumains… « Il faut combattre, écrit-elle, tous ces hommes hostiles, aux terribles réactions, qui ne savent que frapper, faire saigner, faire cracher du sang … Ô mon pauvre buffle, mon cher frère, nous sommes là tous les deux si impuissants, sans voix, et nous ne sommes qu’un dans la douleur, la faiblesse et la nostalgie. »Ce récit contre la violence, fut repris par Albert Schweitzer dans son Eloge de Rosa Luxemburg.

 Pour interpréter cette icône révolutionnaire au destin tragique, féministe, socialiste mais surtout libre, il fallait toute la grâce et l’élégance-jeans et chemisier blanc de Nina-Paloma Polly. Elle surgit d’un rang de spectateurs et s’adresse à eux, puis monte sur le plateau nu  et met dans l’ombre une jupe longue.

La demi-obscurité est celle de la prison, de la nuit et de la pensée intérieure. Des palissades, à cour et à jardin, simulent des murs, et au-dessus du plateau, la lumière du soleil traverse des balcons aux lattes de fer. Imitation moqueuse et gazouillis joyeux : la comédienne attentive aux chants paisibles des oiseaux, chante aussi merveilleusement, parfois sur deux notes prolongées entre lesquelles elle glisse le battement rapide et ininterrompu d’un trille, signe sonore d’un printemps qui approche à grands pas.

Sa voix de cristal dit le chant de la mésange charbonnière à tête noire et des oiseaux des campagnes et des bois. Dans un décor minimaliste, métaphore d’un souffle vital inextinguible, Nina-Paloma Polly a une présence radieuse et nous offre avec ce spectacle, matière à la fois poétique et politique à la rêverie.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, 34 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris XIème jusqu’au au 11 juin. T: 01 47 00 25 20

 

 

 

 


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