Je m’appelle, d’après un texte d’Enzo Cormann, de Garniouze

photo François Serveau

photo François Serveau

 

Je m’appelle, d’après un texte d’Enzo Cormann, de Garniouze  

On avait vu il y a deux ans, Garniouze, alias Christophe Lafargue de son vrai nom, dire de façon remarquable à Montpellier, dans la vieille ville, et à Capdenac (Aveyron) Les Soliloques du pauvre de Jehan Rictus, attelé à un lourd chariot. une création musicale de François Boutibou l’accompagnait tout au long du spectacle. Après avoir fait ses premières armes au cirque Archaos, à Okupa Mobil, il a travaillé avec le Phun, une compagnie de Haute-Garonne de théâtre de rue, bien connue pour la mise en place de potagers urbains. Garniouze promène ainsi une série de personnages pathétiques depuis une vingtaine d’années…

Sur une grande « sucette » de publicité sont projetés des images, et il décline devant les identités d’ouvriers morts très jeunes, au terme d’un vie de luttes douloureuses:  une lancinante cohorte de victimes d’un siècle de guerre économique mondiale. «Quels abîmes de silence, les tonitruantes parades de cette fin de XXème siècle, travestissement kitch de l’Histoire, s’acharnent-elles à emmurer ? »

Garniouze est ainsi successivement: Émilien Casselage, Ramon Rodriguez, Lucien Bonnefard, Karim Belkacem, Franck Lynch, tous nés au XXe siècle à Rodez, Tolède, Béziers, Fos-sur-Mer, Belfast…  Des typographes, mineurs, caristes, saisonniers agricoles, ouvriers dans l’industrie.  Un autre dépressif depuis la mort de sa femme, avec des tentatives de suicide en 1970. Un troisième agite un trousseau de clefs avec ses 3.000 francs de retraite mensuelle. Jean Munoz  lui est né à Valencia en 1952 :« Suis passé devant le juge avec mon bras cassé en bandoulière.! Ça fait trente ans que je galope en rue, mais me voici damné ! »

L’acteur pose un chien en plastique qui se trémousse, et soulève une petite tour Eiffel. «Cinquante-six ans, je suis en vie, c’est tout ce que je peux dire». Il soulève le chien, agite un trousseau de clefs : «Chaque jour, je pense à ces containers dans les cargos. Ils m’ont piqué des milliers d’heures, et les ont balancées dans le ciel et la mer (…) Ils m’ont interrogé trois jours et trois nuits en se relayant toutes les deux heures (…) Les Irlandais, ils ont ouvert les portes de l’hélicoptère et m’ont assis au bord du vide. J’ai passé ma main sur ma tête et tous mes cheveux sont tombés devant moi ! La liberté est un rêve. »

Sur une place ensoleillée parisienne, ce solo pathétique et douloureux  écrit par Enzo Cormann il a plus de vingt ans, reste malheureusement bien actuel!

Edith Rappoport  

Spectacle vu place Edmond Michelet à Paris, IV ème, juste  à côté du centre Georges Pompidou.

 

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