Night in White Satie-L’Adami fête Satie

 

¢Giovanni Cittadini Cesi

¢Giovanni Cittadini Cesi

Night in White Satie-L’Adami fête Satie, textes et musiques d’Erik Satie, conception, textes additionnels et mise en scène de Pierre Notte

 Après une tournée en Angleterre, Maurice Ravel donne, le 16 janvier 1911, un récital à la Société musicale indépendante, en compagnie de son ami Vines. Erik Satie est à l’honneur  de cette soirée  consacrée à ses œuvres comme Les Gymnopédies, Les Gnossiennes. Mais on va y découvrir aussi ses mystérieux Morceaux en forme de poire, dont le titre fantasque ouvre sur un univers étrange et envoûtant.

 Maurice Ravel et Vines interprètent ce morceau à quatre mains, sans même savoir si le principal intéressé, Erik Satie, se trouve dans la salle. Les relations entre les deux avaient été en effet, disons plutôt fluctuantes, mais Maurice Ravel a favorisé la diffusion de la musique du second qui a, via l’invention subversive de ses Gymnopédies, inspiré son célèbre Boléro…

Le marginal d’Arcueil dans sa solitude, avec ses collections de parapluies et de pipes, est un compositeur atypique dont la personnalité intrigue. Les Gymnopédies, pièces éthérées, que l’on associe parfois à l’Ambient Music for Airports (1978) de Brian Eno, qui s’est inspiré des compositeurs minimalistes américains  pour écrire une musique fondée sur un concept de nappes mélodieuses, ou de voix sur un fond sonore calme. Les Gymnopédies ne relèvent pas de la musique dite d’ameublement, a dit Erik Satie, mais seront, du moins, repérées comme telles, quand les interprètera John Cage, à la fin du XXème siècle,.

Petites histoires de la musique, avec rivalités, ralliements ou rejets: Erik Satie se montrera perfide quand Maurice Ravel ne voudra pas recevoir la Légion d’honneur: «Il la refuse mais toute sa musique l’accepte. « Vladimir Jankélévitch dit de cette froideur qu’elle ne refuse qu’un romantisme latent.

On connaît par ailleurs les affinités naturelles d’Erik Satie avec Dada et Francis Picabia;  son sens du gag s’associe à l’art du collage des surréalistes : superposition de matériaux, formes, couleurs, et sujets incompatibles, jusqu’à suggérer une quotidienneté absurde mais au moins aussi juste que celle à laquelle nous sommes habitués… Comme dans un rêve, écrivait Hélène Politis  en 1978 dans Ecrit pour Vladimir Jankélévitch.

 Précédant le mouvement Dada de plusieurs années, le compositeur illustre la mise en cause du langage, dans un désir vain de communication, avec une langue cocasse faite de ruptures de ton, coq-à-l’âne et confusions. Le compositeur et philosophe d’Arcueil considère les échanges verbaux sur un mode comique, nous incite à ne pas nous prendre trop au sérieux, et surtout à «ne pas prendre un air désagréable.»

 Pierre Notte a réalisé un spectacle malicieux et très  frais, avec des musiques d’Erik Satie, des paroles et chansons de Jean Cocteau, Francis Picabia, Claude Debussy, Igor Stravinsky, Vladimir Jankélévitch et Léon-Paul Fargue… Le metteur en scène s’est inspiré de la biographie d’Erik Satie de Romaric Gergorin   pour évoquer  les cabarets et le Tout-Paris des années 1920, le dadaïsme et  les personnages en vogue de son avant-garde artistique.

 L’humour grinçant et la mélancolie vacharde  du compositeur respirent ici naturellement, dans une boîte noire avec juste un piano à jardin dont  la souriante Donia Berriri joue à merveille, un paravent sombre au fond, un coin cuisine où l’on mange des mets, plats, viandes, fruits et légumes uniquement blancs… Mais cette boîte scénique obscure fait briller les couleurs illuminées du cabaret, des amusements nocturnes et des facéties de la vie qui tourbillonne.

Anita Robillard et Nelson-Rafael Madell échangent un verbe cocasse avec humour et interprètent des chansons drôles, avec parfois des sautillements chorégraphiés. La belle artiste qu’est la chanteuse Nicole Croisllle accompagne avec joie les acteurs. Kevin Mischel, lui, danse la mesure existentielle d’Erik Satie, avec un corps vu de dos d’abord, se pliant et se contorsionnant, jouant les moments douloureux et les questionnements intimes, se repliant et s’éloignant, gisant  immobile, avant de se relever et de se mouvoir avec grâce.

Pour les cent-cinquante ans de la naissance d’Erik Satie mort en 1925, l’Adami-Société des artistes interprètes, a eu l’heureuse idée de demander à Pierre Notte et au Théâtre du Rond-Point, un spectacle qui révèlerait les multiples facettes de l’interprète et compositeur. Mission accomplie, dans un superbe esprit festif…

 Véronique Hotte

Spectacle vu en avant première au Théâtre du Rond-Point, avenue Franklin Roosevelt Paris VIIIème en avant-première, le 12 juin.

Théâtre du Balcon, rue Guillaume Puy, 38 Rue Guillaume Puy, 84000 Avignon. T : 04 90 85 00 80, du 7 au 30 juillet à 22h15, relâche les 11, 18 et 25 juillet.

 

 

 

 

 

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