Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis

 

¢Marc Domage

¢Marc Domage

Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis

 Héritières du concours de danse de Bagnolet, ces Rencontres, dirigées depuis 2002 par Anita Mathieu, sont nomades et se déroulent en 2017 dans douze théâtres partenaires, couvrant ainsi un vaste territoire et un large public. Les Rencontres poursuivent leur croissance cette année avec vingt-neuf chorégraphes, dont des artistes confirmés, et d’autres peu connus du public. La soirée de clôture, au Nouveau Théâtre de Montreuil, nous a donné un aperçu de la diversité des invités.

Combat de carnaval et Carême, d’après Peter Brueghel l’Ancien, chorégraphie d’Olivia Grandville

Après avoir dansé pour Maguy Marin, Bob Wilson et rejoint la compagnie Dominique Bagouet, Olivia Granville crée maintenant ses spectacles dont Le Cabaret discrépant il y a quelques années, que nous avions beaucoup apprécié et qui continue sa tournée (voir Le Théâtre du blog).

Dans Combat de Carnaval et Carême* de Pieter Brueghel l’Ancien, peint en 1559, se font face les cortèges de Carnaval avec ses excès, et celui de Carême, avec son abstinence. Ces rivaux s’affrontent sur une place de marché très animée. Une voix off décrit le tableau, et les danseurs adoptent les postures et mimiques des personnages annoncés dans le beau texte de la chorégraphe, d’après celui de Claude Gaignebet *:  Carnaval et Carême sont, pour le premier sur un gros tonneau et pour le second, sur une chaise étroite montée sur un plateau en bois à quatre roues.

Ces cortèges respectifs, avec des personnages aux masques inquiétants, gueules enfarinées, colliers d’œufs ou avec un chapeau pointu pour Carnaval. Dispersés tout autour,  aveugles et estropiés, mendiants, danseurs, musiciens, joueurs de cartes ou aux dés… Olivia Granville sait traduire ce foisonnement de corps et de visages, avec dix danseurs, tous formidables, qui  vont, une heure durant, figurer tour à tour les quelque cent soixante personnages du tableau. Les interprètes réagissent aux consignes qu’on leur donne à voix haute, puis grâce à un casque audio, vont obéir aux ordres murmurés à l’oreille.

Olivia Grandville, après avoir dansé pour Maguy Marin, Bob Wilson et rejoint la compagnie Dominique Bagouet de 1989 à 1992, crée maintenant ses propres spectacles dont Le Cabaret discrépant en 2011 que nous avions beaucoup apprécié et qui continue sa tournée ( Voir Le Théâtre du blog). Elle poursuit ici une démarche déjà éprouvée dans Foules, son précédent spectacle, réalisé avec cent amateurs… «Il s’agit, dit-elle, de l’exploration d’une écriture, qui offre à voir une partition créée à l’oreille. Une pièce portée par la question du rythme, et un dispositif scénique pensé comme une installation. Faire avec ce qui advient, c’est à dire, au fond, tout ce qui est la réalité d’un spectacle définitivement vivant, irréductible à quelques pré-texte, ou sous texte que ce soit. Et au bout de la chaîne, un spectacle plus vivant que vivant (…).  Encore une fois, tenter la danse : «le perpétuel engendrement de la forme par les mouvements des corps », et, foisonnante ou minimale, la laisser parler. »

Une formidable énergie anime le plateau, dans un désordre organisé qui jamais ne tourne à vide. Les danseurs, aux physiques contrastés, incarnent à merveille les personnages populaires de cette fête villageoise. Avec des mimiques et une gestuelle toujours renouvelées, avec leur corpulence ou leur maigreur, ils dessinent un tableau sans cesse recomposé, au rythme soutenu de la danse. Narratif, expressionniste réaliste ou abstrait… Olivia Grandville a offert à ces Rencontres chorégraphiques un magnifique bouquet final !

It’s Time chorégraphie d’Albert Quesada, Federica Porello, Zoltán Vakulya, composition musicale d’Octavi Rumbau

It’s time est né, selon la note d’intention, « d’un intérêt partagé par le danseur et chorégraphe Albert Quesada et la compositrice Octavi Rumbau pour la manière dont les spectateurs perçoivent le temps, quand ils regardent une pièce ».

Trois danseurs vont, une heure durant, se confronter aux musiciens regroupés au centre du plateau sous un dais de tulle noir. Un violon, un violoncelle, un alto et un vibraphone emplissent l’espace de sonorités étouffées et.. pas toujours harmonieuses. Octavi Rumbau contracte puis étire le temps de manière cyclique, et Albert Quesada, Federica Porello, Zoltán Vakulya s’amusent à traduire cette musique, en décomposant les mouvements à l’extrême et en alternant rythmes lents et rapides.

Cette création, soporifique voudrait jouer sur la perception du temps mais distille un remarquable ennui et prive de danse ses interprètes… comme le public.

Mireille Davidovici

Spectacles vus le 16 juin au Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil. T. : 01 48 70 48 90.

* Le Combat de Carnaval et de Carême de Claude Gaignebet, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1972,  vol. 27, no 2,‎ 1972, p. 313-345 (lire en ligne)

* Le tableau se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne (Autriche).

 

 

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