Ah tu verras, hommage à Claude Nougaro

 

Ah tu verras, hommage à Claude Nougaro, textes d’Hubert Drac, Didier Gustin et Jacques Plessis, mise en scène d’Hubert Drac

gustinLe dernier spectacle de Didier Gustin « voleur de voix », imitateur, s’ouvre sur le gimmick de Toulouse. Dans le noir, s’élève la voix de Claude Nougaro. Et, lorsque monte la lumière, c’est bien le «petit taureau de la Garonne» qui apparaît. On reconnaît la stature, la posture et la façon de se tenir en scène face aux musiciens.

À partir d’un argument très simple: « on ferait comme si », Didier Gustin fait défiler cinquante chanteurs et comédiens, certains disparus (ce qui nous vaut une émouvante séance de spiritisme en vidéo avec Philippe Noiret et Michel Serrault… un bel hommage). Il attribue à chacun de ses personnages une chanson de Claude Nougaro qui lui correspond: à Johnny Halliday, Quatre boules de cuir, à Joey Starr, Sing Sing ; Fabrice Lucchini dit Le Coq et la pendule, repris par Julien Clerc.  Gérard Depardieu interprète L’Alexandrin, que chante ensuite Michel Jonasz. En tout, une bonne vingtaine de chansons, entonnées à la manière de…  et qu’on retrouve avec plaisir.
Des mariages malicieux et toujours justes. Chaque titre est introduit par un sketch court, souvent drôle, jamais vulgaire et qui ne dévoile pas l’identité du personnage caricaturé. Au spectateur de deviner. De toute manière, il ne reconnaîtra pas tout le monde.

Pour l’aider, il y a la voix et la silhouette. Mais par-dessus tout, et le plus intéressant: on entend  la chanson telle que l’interprèterait le personnage: ainsi Serge Gainsbourg et ses musiciens  jouent Nougayork, avec le timbre et les arrangements de l’«Homme à tête de chou ». Il n’y a pas ici, un, mais trois imitateurs:  le guitariste Laurent Roubach, figure du jazz français et Hugo Dessanges au clavier, accompagnent Didier Gustin. Ils ont réalisé un travail extraordinaire: en utilisant les ressources de l’échantillonneur et du séquenceur, ils recréent chaque fois l’orchestre correspondant au personnage : un vrai voyage dans la Variété de ces trente dernières années.

 Didier Gustin, la cinquantaine sonnée, n’a plus rien à prouver. Arrivé à Paris en 1987, à vingt-et-un ans et armé de son seul talent, il donne son premier spectacle, Profession imitateur  au théâtre du Tourtour…Un succès qui le conduit, un an plus tard, au Théâtre de la Ville, puis à la télévision et ensuite au Zénith et à l’Olympia. Chanteurs, acteurs, personnalités, hommes politiques, il les a tous imités, et Dans la peau de Jacques Chirac lui a valu un César en 2005.

Deux choses rendent le métier d’imitateur difficile : tributaire de l’actualité, il doit sans cesse trouver de nouvelles cibles (qui songerait aujourd’hui à imiter De Gaulle?) Histrion, voué au brocardage, il lui faut faire rire à tout prix. Mais, ici, le fantaisiste s’efface devant Claude Nougaro, l’un des plus grands de la chanson française, décédé brutalement en 2004. Une innovation dans le monde de l’imitation.

Grâce à lui, on redécouvre le magicien des mots et l’amoureux du verbe truculent qu’il a su faire passer à travers la musique populaire, musette, jazz ou sud-américaine.  Didier Gustin réussit en outre un hommage aux artistes de variété en général. Et, dans le dernier morceau, Ah tu verras, qui donne son titre au spectacle, il en convoque au moins vingt. On ne s’y perd pas : Claude Nougaro ramasse la mise. En un mot, un spectacle drôle, mais pas que…

 Jean-Louis Verdier

Spectacle vu à l’Archipel, 17 boulevard de Strasbourg Paris X ème. T. 01 73 54 79 79 . Reprise à partir du 27 septembre jusqu’au 11 janvier.

Festival d’Avignon: Théâtre des Vents, 63 rue Guillaume Puy, du 7 au 31 juillet. T. : 06 20 17 24 12.

 

Anthologie des textes de Claude Nougaro, publiée aux éditions Seghers.

 

 

 


Autres articles

Un commentaire

  1. DAFFOS Dominique dit :

    Bonjour
    Et bravo, je dirais même 3 fois bravos pour ce compte rendu fidèle à la réalité du spectacle vu à l’Archipel.
    Je dirais même, que lorsque la voix de « l’original » est possédée à merveille par notre imitateur, il en ressort quelque chose de trouble où le cœur se sent transporté dans l’intimité de l’imité…

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...