Le Lac de Pascal Rambert

 

ESAD

© Miliana Bidault

Le Lac, texte de Pascal Rambert, mise en scène de Marie-Sophie Ferdane

C’est à l’origine, une commande faite par l’Ecole de la Manufacture de Lausanne donc une pièce sur-mesure qui avait été jouée il y a deux ans dans ce même Théâtre de l’Aquarium (voir Le Théâtre du Blog). Soit des monologues avec des personnages qui portent le même prénom que celui des onze jeunes acteurs du Studio d’Asnières. Comme dans La Répétition  qui avait suivi son fameuse et très belle pièce Clôture de l’amour.

Ici, ils s’appellent Tom, Juliette, Maika, Chloé…  et vont pendant presque deux heures répondre à cette proposition théâtrale. Autour d’un seul thème, l’absence définitive, insupportable de leur ami Thibaut dont a retrouvé le corps dans le lac. «Une histoire où la langue, dit Pascal Rambert,  est le premier sujet, une histoire de langue mettant en ligne seize corps moins un face à la mort, au sexe et au crime. Et il ne craint pas de convoquer l’horreur absolue: « Le corps a été découpé d’un côté il y a la bouche à côté les bras ont été rangés à côté des jambes qui ont été ficelées on a enlevé le sexe et on l’a rangé à côté à droite il y a un Opinel à gauche il y a un Opinel il y a des traces d’hommes nus qui ont froissé les branches jeunes il y a des traces de filles nues qui se sont roulées dans les herbes hautes et qui ont fait l’amour dans les herbes hautes il y a des marques de doigts et d’ongles enfoncés dans la terre quand ça jouissait il y des traces de l’amour partout. (…) ce soir je cède avait dit la fille qui s’était approchée de Thibault ce soir je lui cède le corps de Thibault j’en ai envie la fille avait pensé quand la journée avait commencée ce soir je cède à Thibault ce soir je prends le sexe de Thibault en moi sous les feuillages ce soir avant il y a la journée alors on apportera des canettes et on attendra au soleil le corps de Thibault ».

Pas de ponctuation dans ces monologues : c’est aux jeunes comédiens de trouver la bonne respiration, le bon rythme de ce texte à la fois dense et riche, souvent hautement poétique et sous tension, où fleurissent les répétitions, et où l’auteur  ne cesse de se demander comment on peut encore faire du théâtre en 2017 ? Il y a aussi, si on a bien compris, un certain mépris de la société de consommation occidentale, mais bon, de ce côté-là, on a déjà beaucoup donné depuis mai 68…

La direction d’acteurs de Marie-José Ferdane, très précise, très rigoureuse pour les monologues face au groupe des dix autres, met bien en valeur ces jeunes gens. C’est déjà cela…Côté mise en scène, on ne sait pas trop si on assiste à un vrai spectacle ou à un travail d’atelier (mais bon c’est une peu la loi du genre, avec ce que cela suppose de codes admis). Et Marie-José Ferdane n’évite pas toujours ce que l’on voit un peu partout: récit face public pendant de longues, trop longues minutes à la Stanislas Nordey, éclairage crépusculaire sur un grand plateau nu avec projos rasants latéraux, et diction parfois assez monotone, costumes du quotidien sans aucune recherche assez laids. Et, dans la chaleur caniculaire, on a du mal à garder la même attention durant ces presque deux heures, même si le texte a été  et heureusement raboté.

Les jeunes comédiens en formation en alternance (cours et pratique), ont tous une diction irréprochable et une bonne gestuelle mais les filles ont elle une vraie présence et comme d’habitude, côté interprétation, s’en sortent mieux que les garçons:  ils font le boulot mais ne semblent pas toujours vraiment à l’aise. Mais il y a  dans ce Lac quelques beaux moments dont, avant un genre de pause, un sacré beau monologue, très poétique, joué, si on ne se trompe pas, par Pauline Huriet.

François Rancillac, le directeur du Théâtre de l’Aquarium que le Ministère de la Culture, spécialiste des coups tordus avait voulu virer mais qui devant les protestations avait reculé, salue cette huitième édition du festival des Ecoles. C’est, dit-il, avec un beau coup de projecteur sur la transmission de l’art théâtral. Avis aux apprentis comédiens s’ils veulent voir à quoi ressemble l’aventure que reste toujours une création scénique avec de jeunes interprètes: on y apprend beaucoup.

Philippe du Vignal

Le Lac s’est joué du 22 au 25 juin; le Festival des écoles se poursuit jusqu’au 30 juin, au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes (entrée gratuite).
A noter, entre autres, Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare par le Théâtre-Ecole Kokilampoe de Saint-Laurent du Maroni.


 

 


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