Femme sans nom, d’après Des Couteaux dans les poules

Femme sans nom, d’après Des Couteaux dans les poules de David Harower, traduction de Jérôme Hankins, mise en scène de Netty Radvanyi

© Milan Szypura

© Milan Szypura

 On avait pu voir cette pièce au Théâtre des Amandiers, à Nanterre en 2000, mise en scène par Claude Régy : magie du conte à l’état pur, c’est-à-dire lesté par des acteurs comme Yann Boudaud, Jean-Quentin Châtelain, Valérie Dréville, de tout son poids de réel. David Harower, dramaturge anglais né en 1966, a écrit une pièce devenue un classique et jouée dans toute l’Europe, et à contre-courant des modes.
Trois personnages et un cheval suffisent pour poser la question : nous sommes des êtres de langage, pouvons-nous donc vivre sans nommer les choses ? Donc, il était une fois la jeune femme d’un laboureur dit Petit-Cheval William, et  un meunier. Un jour, parce qu’il a mieux à faire, parce que la jument va accoucher, le mari envoie sa femme chez le meunier. Un homme dangereux, mal famé, peut-être sorcier : elle a peur de lui. Et puis, de moins en moins : il n’a pas les mains dans la terre, et lui apprend les mots, les livres et plus tard, la ville. C’est tout simple : elle apprend avec lui bien autre chose que l’adultère : elle trouve son autonomie dans un monde qui s’agrandit.

Netty Radvanyi n’a pas une autre place que celle qu’elle se donne : acrobate, comédienne, mais aussi réalisatrice diplômée du Fresnois, à Tourcoing, elle a pratiqué la marionnette et les arts du cirque. Avec le collectif Z machine, elle intègre au spectacle la vidéo, la BD, la musique, mais a un souci assez puritain de leur pertinence : de toutes ces contributions au spectacle, elle ôte ce qui pourrait être décoratif ou légèrement pathétique.

Une belle gravité qui s’impose au travail de tous. Et pour cause, en jouant sur les mots : la pièce, elle même réduite “à l’os », est ici jouée par des acrobates, avec gravité. C’est aussi la posture du cheval Arto, dans son silence ; il n’en pense pas moins, à voir son regard et sa démarche contrôlée. Tout cela n’exclut pas l’humour, par moments, dans la joyeuse découverte des choses.

L’acrobatie crée un langage puissant, de la convulsion de ce qui cherche à naître, à la sidération sous le poids des choses qui n’ont pas encore de mots. Équilibre et déséquilibre, la rigueur du travail des corps donne à Sylvain Décure, Arthur Sidoroff et Julie Barès, une concentration rare, sans fioritures, en accord parfait avec la pièce. D’une maison-minimale-à l’autre, de l’écurie à la balance du meunier, le cheminement de la jeune femme entraîne librement le public. On se sent chez soi dans ce monde taiseux, intense, et d’une belle probité.

Christine Friedel

L’Échangeur à Bagnolet jusqu’au 3 juillet. T. : 01 43 62 71 20
Festival Éclats du Rue à Caen,  Eglise Saint-Nicolas, les 27 et 28 juillet à 22h.

 

 

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