Le Roman de Monsieur de Molière d’après Mihkaïl Boulgakov

© Just Loomis

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Le Roman de Monsieur de Molière d’après Mihkaïl Boulgakov, (Die Kabale der Scheinheilgen das Leben des Herrn de Molière), textes de Mikhaïl Boulgakov, Pierre Corneille, Rainer Werner Fassbinder, Molière, Jean Racine, traduction de Thomas Reschke, mise en scène de Frank Castorf

Frank Castorf, né à Berlin-Est il y a soixante-cinq ans, a signé nombre de mises en scène subversives de textes souvent non théâtraux, souvent romanesques et/ou philosophiques  (Heiner Müller, Antonin Artaud, William Shakespeare, Bertolt Brecht…  puis après la chute du Mur, il créera des spectacles en Allemagne de l’Ouest et en Europe.

Directeur de la Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz depuis 1992 jusqu’à il y a peu, il a monté Sophocle, Dostoïevski, Tchekhov, Strindberg, Beckett, Kleist…) Frank Castorf avait aussi créé avec succès en 2002 à Avignon Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.

Le propos du metteur en scène allemand? Montrer les rapports toujours complexes, parfois tendus, voire plus entre les artistes et le pouvoir politique. Avec deux figures emblématiques : Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), écrivain russe qui dut subir la censure sous le règne de Staline, et notre Molière, célébré à la cour de Louis XIV qui lui commande l’Impromptu de Versailles  puis disgracié à la fin de sa vie.

Et pour  dire cette fable sur les rapports tendus voire plus que tendus entre autorité politique et création littéraire te théâtrale, Frank Castorf a convoqué tout du beau monde d’abord et bien sûr, Mikhaïl Boulgakov, mais aussi Molière avec de courts extraits de L’Avare, etc., Pierre Corneille, ( Le Cid) Rainer Werner Fassbinder, Prenez garde à la sainte putain,  Jean Racine (quelques vers de Phèdre), et pour faire bon poids un peu de cette écriture dite “de plateau” très mode en ce moment en Allemagne comme en France, c’est à dire de courts dialogues imaginés par les acteurs au cours des répétitions.

« C’est souvent là qu’émergent les meilleures choses, dit Frank Castorf, car elles n’étaient pas pensées auparavant. Le théâtre vit de la surprise comme tout bon sport. Brecht exigea «plus de sport»! C’est dans ce sens que je conçois le théâtre: comme un sport de combat. » On veut bien mais ici, le sport de combat, c’est nenni ! Et quel ennui, malgré quelques belles images vers la fin de ces trois première heures!

Cela se passe au Palais des expositions dans la banlieue d’Avignon:sous un très vaste dôme à la charpente en bois lamellé, qui dégage une surface de plusieurs centaines de m2, impossible à trouver même sur un grand plateau de théâtre. Face public, une grande et belle toile peinte représentant un pont de pierres, et au lointain une campagne méditerranéenne, avec cyprès et champs,.
Il y  a aussi une grande charrette (avec une grande photo de Staline à l’intérieur, une sorte de bar, et trois tabourets hauts). Un des côtés se déplie pour offrir une petite scène, et il y a sur le toit un oriflamme avec le dessin d’une charrette ;  sur un des côtés de cette grande charrette, une autre petite charrette bâchée suspendue. Soit trois charrettes pour le prix d’une… Comprenne qui pourra!

Un peu plus loin derrière, un dais rouge foncé entouré d’une petite colonnade dorée comme dans la chambre du Roi à Versailles  et avec sur le toit, un grand disque qui tourne lentement marqué : VERSACE. (un remerciement pour mécénat ?). Plus loin un autre dais bleu foncé avec, à l’intérieur, sur un beau parquet de chêne clair, une table et quelques fauteuils.

Et suspendu, un grand écran vidéo-l’instrument favori du metteur en scène-la retransmission de scènes filmés par un cadreur et un preneur de son, en gros, voire en très gros plans, mais on ne voit que rarement ces scènes que l’on peut deviner de très loin sur cet immense plateau dont le fond blanc est éclairé par une guirlande de petites ampoules.

La scénographie signée Aleksandar Denic est de qualité mais n’a rien de vraiment indispensable. De temps à autre, des accessoiristes déplacent la charrette et les dais un peu plus loin à cour, ou dans le fond sans que l’on sache bien pourquoi… Il y a aussi un écran à jardin mais à peine visible où on croit discerner une rue de ville en ruine (allusion aux bombardements allemands en Russie ?) Et aussi un piano à queue noir et un clavecin contemporain.

Les personnages, ou du moins des ectoplasmes de personnages, sont à la fois ceux du dix-septième siècle : Molière, le Roi, Madeleine et Armande Béjart, etc. et des silhouettes contemporaines comme des gens de cinéma. C’est sur-joué tout le temps avec criailleries et minauderies,  et au micro par Jeanne Balibar (Madeleine Béjart) en guépière rouge et bas blancs, Jean-Damien Barbin ( le Marquis d’Orsini)  tous deux excellents comédiens mais ici pas très à l’aise, Georg Friedrich, (remarquable Louis XIV emperruqué et…en train de vapoter), Hanna Hilsdorf, Alexander Scheer, Daniel Zillmann…

Mais rien ne se passe ou si peu de ce que Frank Castorf voudrait nous raconter. D’abord à cause d’une dramaturgie brouillonne:  on a bien du mal à saisir dans cette mosaïque de textes, l’ombre d’un scénario solide, de dialogues assez plats mais aussi d’une mise en scène approximative où, on l’a dit, la plupart des scènes doivent être vues sur un écran!

Cherchez l’erreur… Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir réalisé un film ? Le public du festival d’Avignon est réputé pour être indulgent mais assis dans des sièges en plastique moulé, il trouvait le temps bien long, surtout dans un salle surchauffée… même si de temps à autre surgissaient quelques belles images!

Et l’hémorragie de spectateurs a commencé  dès le début de cette interminable première partie (trois heures !) de ce spectacle qui commence à 17 heures et qui se termine à 22h 45. Quand on a annoncé une heure d’entracte, nombre de gens dont une journaliste bien connue de radio, et votre serviteur ont abandonné la partie. Il y a des limites à la surdose. Vous aurez bien compris que l’on ne vous poussera pas à y aller. Notre amie Véronique Hotte qui avait vu le spectacle à Berlin à sa création l’an passé, nous avait bien prévenu…

« Le théâtre dit Frank Castorf n’est pas un lieu protégé et clos où l’on produit de l’art pour des niches ( sic! ne serait-ce pas des riches?)-au contraire: nous nous considérons comme un instrument politiquement actif. Et la confrontation avec le passé, avec des processus historiques et des états d’urgence sociétale tels qu’ils ont été travaillés dans des œuvres littéraires exceptionnelles nous aident à saisir les contraintes de notre présent pour y activer un levier artistique  par l’intermédiaire du divertissement. « 

Mais qui le metteur en scène veut-il atteindre avec un spectacle de ce genre ? En tout cas, on comprend mal le choix d’Olivier Py, même si Frank Castorf nous a offert autrefois de belles créations comme Les Frères Karamazov.

Philippe du Vignal

Parc des expositions, jusqu’au 13 juillet.

Le Roman de Monsieur de Molière de Mikhaïl Boulgakov, traduction de Michel Pétris, est publié aux éditions Gallimard

La Cabale des dévots de Mikhaïl Boulgakov, traduction de Jean-Louis Chavarot, Françoise Flamant, Christiane Rouquet et Édith Scherrer, est publié dans Le Maître et Marguerite et autres romans suivi de Théâtre, Oeuvres II par les éditions Gallimard dans la collection Bibliothèque de la Pléiade (n°505)

 

 

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