Nu dans le bain

 

©Dauphiné libéré

Nu dans le bain d’Andréa Kuchlewska, traduction de Grégoire Courtois, mise en scène de David Géry

 

Le peintre et son modèle : un couple qui hante l’histoire de l’art. Turbulences de la vie (voir les multiples infidélités de Pablo Picasso à ses compagnes successives et à ses modèles) calme impérial, énigmatique de la toile (voir la Saskia dorée de Rembrandt). Le modèle, presque toujours nu, est une femme.
Comme le rappelle l’auteure : un modèle habillé: un mécène, paie pour avoir son portrait ! Mais on paye un modèle pour poser nu, c’est donc un travail. Cette fille, dont nous ne saurons pas le nom, réputée  pour être un «bon» modèle,  ne sait pas pourquoi. Elle qui ne connaissait rien au monde de l’art,  y entre avec une question qui la tourmente : comment et où, Renée Monchaty, modèle et maîtresse de Pierre Bonnard, s’est-elle suicidée, après qu’il eut épousé Marthe ?

D’autres pensées traversent la femme nue et immobile, sculptée, à chaque changement de pose, par la main de l’artiste : le bras un peu plus étendu, les doigts un peu plus écartés… La liste des choses à faire et des questions à se poser : suivre ou non l’injonction du peintre d’aller au musée, comment a-t-elle été injustement chassée de son travail de serveuse ;  et pourquoi le peintre la paie-t-elle pour poser chez lui, en plus de l’école ?

Agnès Sourdillon offre son corps gracile et gracieux, au personnage. David Géry a pris soin de mettre le public en condition, en faisant distribuer feuilles et crayons : mieux qu’aucune parole, ce geste impose un regard respectueux sur le corps nu de la femme. Mais sa parole paralyse le dessin ; l’actrice, puisant sa force dans sa fragilité, impose une telle présence, toute simple, que les crayons tombent, et que l’on boit ses paroles, tout aussi simples.

David Géry, en peintre concentré sur son travail, la place, la guide, la remercie sans paroles, ou presque : ils forment un superbe duo professionnel. Du trouble et de l’innocence de ce corps exposé, de son souffle et presque du sang qui bat sur la peau, naît alors une émotion étrange, dont on a envie de remercier longtemps Agnès Sourdillon et son partenaire. Elle parle, il la soutient et, en silence, le public accompagne cette rencontre essentielle entre l’art du théâtre et celui de la peinture.

David Géry a créé Nu dans le bain,  après deux résidences à La Chartreuse/Centre national des écritures du spectacle. Il y a transporté son atelier de peintre et y expose un choix de toiles de Retour de Chine et Nuits noires. On pense bien sûr à Pierre Soulages, et puis on l’oublie : outre la lumière du noir, David Géry travaille sur la profondeur du tableau. D’un angle de vue à un autre, l’œuvre change, s’agrandit, d’une longue contemplation et s’approfondit. Il y a là quelque chose de puissant et de serein que l’on retrouve, avec des couleurs plus claires, dans le spectacle. Tout au bout du cloître de la Chartreuse, il faut aller à l’atelier de David Géry apprécier ce moment à part, qui remet la tête en place, loin du bruit, et qui ouvre le regard.

Christine Friedel

Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, les 11, 12 et 13 juillet à 16h et à 20h. T. : 04 90 15 24 24

 


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