Sopro (Souffle), texte et mise en scène de Tiago Rodrigues

 

Sopro (Souffle), texte et mise en scène de Tiago Rodrigues

 

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Par définition, la respiration du théâtre n’est ni visible ni saisissable mais Tiago Rodrigues a imaginé qu’il pouvait la montrer à travers la création d’un spectacle, en faisant du même coup, l’éloge de la souffleuse qui monte sur scène, égrainant les petites histoires du temps.

 Du début à la fin, cette dame digne et  toute en noir, est présente sur le plateau, texte  à  la main, suivant dans une rare discrétion, les personnages, qui, un à un, entrelacent leurs petites histoires vécues, et celles, fictionnelles, transcendées par l’art du théâtre.Cristina Vidal travaille en effet comme souffleuse depuis plus de vingt-cinq ans au Teatro Nacional D. Maria II à Lisbonne. Un métier en voie de disparition, ou déjà disparu. Et pour Tiago Rodrigues, elle  possède donc à elle seule, une fonction de mémoire, de discipline et de protection, avec humilité:  toujours dans les coulisses!

 Au plus près des comédiens, la souffleuse pleine d’humanité a comme naturellement et instinctivement, une posture singulière: « Elle est en eux, un peu comme la main du marionnettiste, dans la poupée de chiffon.»Cela se passe en 2080, dans les ruines  du Théâtre National; cette fiction a lieu dans un bâtiment recélant en lui des métiers artisanaux, des fonctions nobles et cachées, bref, une âme.L’idée, avoue le metteur en scène, celle d’une troupe avec un dispositif de spectacle autour de la souffleuse, est romantique, voire un rien mièvre dans sa forme,

 

Isabel Abreu, Beatriz Bras, Sofia Dias, Vitor Roriz et Joao Pedro Vaz, tous plus jeunes que cette femme de théâtre, sont des plus touchants et jouent autour d’elle, de leur présence, avec délicatesse, ouverture et bonheur d’être là. Imaginées par Thomas Walgrave qui aussi conçu les lumières, des herbes hautes et des  roseaux jonchent le parquet de bois, comme des traces du Temps, vainqueur de toutes choses…

 Une méridienne, objet de théâtre et de rencontre par excellence, est posée à jardin. Pourront ainsi se faire entendre dans la grâce et le sourire, des bribes, entre autres, de la Bérénice de Jean Racine, de L’Avare de Molière et des Trois Sœurs d’Anton Tchekhov …Face à cette installation plastique, à la fois subtile et rudimentaire, le public s’attend à ce que la représentation commence. Mais non! Et malgré la présence des comédiens, le théâtre n’arrive jamais: nous sommes déçus, comme si l’art de la souffleuse pouvait être à lui seul, un trésor vivant, une fin en soi à admirer.

Les meilleures intentions, on le sait, ne suffisent pas à investir un plateau, d’un souffle théâtral, qu’on l’appelle génie ou inspiration. Tiago Rodrigues semble nous donner une leçon de théâtre mais sans véritable nécessité intérieure, en s’enfermant dans des clichés convenus et bon marché, sur la mémoire du théâtre et l’art de sa transmission.

 Une manière de tourner en rond entre soi, sans toucher au monde vivant alentour!

 Véronique Hotte

 

 Cloître des Carmes, jusqu’au 16 juillet à 22 heures.

 

 


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