Ramona, texte, mise en scène, marionnettes et scénographie de Rezo Gabriadze

 

 

Festival d’Avignon

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Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Poète aux langages divers: écriture, dessin, sculpture, fabrication, peinture et composition musicale, Rezo Gabriadze, en artiste accompli, travaille dans un théâtre qu’il a fondé, en 1981, à Tbilissi (Géorgie). Le domaine du maître recouvre l’art de la marionnette et le théâtre d’objet : les figurines colorées évoluent parmi des objets pittoresques qui les caractérisent. Dans un monde où l’humour et sourires, jugements piquants et moqueries bienveillantes redonnent vie à l’enfance disparue, encore bien présente.

Chez Rezo Gabriadze, la relation est étroite entre l’inanimé, susceptible de mouvements, et l’intériorité. Dans ce tissu de rêves et dans une féérie presque palpable, il reste la mémoire de la réalité de l’Union soviétique, avec un excès d’autorité et une étroitesse d’esprit. Le chef de gare en uniforme, glaçant, avec un marteau tyrannique à la main, n’inspire pas la sympathie et provoque l’effroi, quand il surgit brutalement dans des apparitions régulières et suscite l’horreur.

 Dans une gare de l’Union des Républiques soviétiques (URSS), se démène Ramona, locomotive optimiste, curieuse et vive, qui s’éprend d’un solide engin d’acier, Ermon. Rezo Gabriadze  s’est inspiré d’une note de Rudyard Kipling :  «Les locomotives, avec les moteurs de bateau, sont les machines les plus promptes à éprouver des sentiments.» Le marionnettiste entretient ici une relation privilégiée avec la locomotive et le chapiteau de cirque, symboliques témoins d’un monde enfui.

Une occasion pour lui de déployer les mouvements intérieurs de ces cœurs en peine,  celui de la locomotive Ramona, figure radieuse, trop solitaire, selon son goût à elle, et qui aimerait bien que le train Ermon croise son chemin. Heureusement, placé sur la trajectoire des deux amants éloignés, un cirque et sa troupe d’acrobates, avec toute la magie des saltimbanques, entoure cette histoire d’amour ferroviaire que contrarient les missions d’un train viril, alors que la sage locomotive est assignée à résidence,  près de sa gare d’origine, empêchée de se mouvoir en adulte.

 La scénographie relève des petites merveilles que l’on dispense avec  trop de parcimonie : des trains passent en sifflant, petites chenilles aux fenêtres éclairées dans la nuit noire, lignes de vagues lumineuses qui montent et descendent, dans des «montagnes russes», en pleine Géorgie. Nous  redevenons des enfants avec plaisir, et suivons du regard tous les trains stridents du monde qui sillonnent les espaces géographiques,  et nous invitent au rêve et au voyage,  que nous soyons jeunes ou non. Ramona, l’héroïne, est particulièrement mise à l’honneur, gracieuse et féminine, et le train Ermon donne la preuve de son activité tendue.

Les acrobates-hommes ou femmes-marionnettes miniaturisées, semblent voler dans les airs et la tente du chapiteau coloré du cirque, est tendue, comme il se doit, grâce à des pieux et des fils visibles. Il suffit que, silencieux et suivant le timbre  d’une voix enregistrée, les manipulateurs nous offrent tout l’art délicat et subtil des marionnettes à fil. Accompagné par la voix off et par les musiques et les chants, les scènes s’enchaînent et la narration agit au plus près des sentiments, et nous  offrent des images claires, dans une exploration judicieuse, gratifiante et infinie, entre passé et présent…

 Véronique Hotte

 Maison Jean Vilar, Avignon, jusqu’au 17 juillet, à 16h et 19h.

 

 

 

 

 

 


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