Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, de Daniel Cling

 

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, un film documentaire de Daniel Cling
 
Nous vous avions parlé avec enthousiasme de ce remarquable film, aussi précis qu’émouvant, qui retrace, en un peu plus d’heure et demi,  toute  l’histoire du théâtre français récent en province et dont la première projection avait eu eu lieu le mois dernier à Paris.

Il y a tout du beau monde dans ce film des comédiens, metteurs en scène, hommes politiques, etc. ey bien entendu des morts mais aussi des vivants, sans lesquels la décentralisation n’aurait pas eu lieu et qui en parlent très bien… notamment Robert Abirached, Catherine et Jean Dasté, Pierre Debauche, le Général de Gaulle qui soutenu André Malraux le visionnaire, Gabriel Garran, Georges Goubert, Jean-Louis Hourdin, la grande Jeanne Laurent qui avait fait nommer Jean Vilar à la tête du T.N.P., Roger Planchon, Isabelle Sadoyan qui fut l’un de ses très bonnes comédiennes et qui vient de disparaître, Christian Schiaretti, Bernard Sobel, André Steiger, Arlette Téphany, Pierre Vial, Jack Ralite, Hélène et Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez…. (voir Le Théâtre du Blog).

Ce film est à nouveau projeté dans le cadre de ce 71ème festival. Si vous êtes en  Avignon et si vous êtes disponible demain, surtout ne ratez pas  ce documentaire. Une rencontre suivra avec  Daniel Cling, Jean-Pierre Vincent et d’ Arlette Théphany, de l’Union des artistes. 

 Philippe du Vignal

Cinéma Utopia-Manutention, Avignon ce mardi 19 juillet à 11h. Un DVD sortira prochainement.


Archive pour 17 juillet, 2017

Baie des Anges,de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

©Fabien Benhamou

©Fabien Benhamou

Baie des Anges, de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

Dans une atmosphère de polar américain et de film d’Orson Welles, la pièce  est toute d’angoisse nocturne, mais aussi, côté solaire, de joie de vivre, avec les musiques envoûtantes de films mythiques qui s’intensifient à mesure que s’accentue la menace énigmatique jusqu’à la catastrophe qui nous saisit. Avec aussi une montée d’adrénaline pour un suspense très fort, images fulgurantes de films-culte, tel celle avec le bruit de la chaussure du pendu qui cogne sur le battant d’un volet, la nuit dans une maison isolée. Le metteur en scène s’est amusé avec les poncifs attendus du genre noir : séduction, amour, argent,  et ses conséquences sur des êtres foncièrement solitaires.

 Dans ce récit, Serge Valetti explore ici l’étrangeté de toute existence. Gérard, un personnage inquiétant, qu’incarne avec flamboiement, David Ayala tout en rondeurs,  évoque un magnat de l’art qui s’emploie à rendre hommage à un ami volontairement suicidé à quarante ans, à l’âge exact de la mort de sa propre mère.

 Fabrication de guirlandes festives, avec virées commerciales en voiture, quête de belles amoureuses, et argent qui coule à flots, bref, la vie de Gérard résonne ici de rêves merveilleux… Et pourtant, il y a chez lui, comme un sentiment de solitude et de malheur ancré.

 Pour mettre en scène un projet de création cinématographique et de théâtre dans le théâtre avec mise en abyme vertigineuse, ce concepteur mélancolique fait appel à un acteur, Armand, joué avec distance et humour par Nicolas Rappo, et à une actrice, La Fille, que joue la glamour Joséphine Garreau, entre passé et présent, images anciennes et vignettes tendance. Tous trois mettent en place le spectacle, entre doutes, hésitations, choix artistiques, donnant à voir la magie de toute création collective.

Coups de colère et instants de joie se suivent jusqu’à atteindre la chute finale.Et, au fil des répétitions, vies personnelles et vies fictives inventées s’entremêlent, et les comédiens ne savent plus distinguer leur personnage réel de leur  fantôme. L’enquête policière installe les morceaux du puzzle d’une vie fascinante : dialogues sur le théâtre et sur la vie, photos et musiques- souvenirs, larmes et poésie.

Un spectacle remarquablement élaboré, et très bien joué, avec verres de whisky à gogo, et costume de lin blanc et panama pour  David Ayala! Le public ne boude pas son plaisir, devant le bel engagement des comédiens…

 Véronique Hotte

 Théâtre 11. Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail (ex-Flunch),  jusqu’au 28 juillet à 13h45.

Festival Scènes de rue à Mulhouse

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse

hqdefaultLes Filles du renard pâle de Johanne Humblet et Violette Legrand

Une funambule Johanne Humblet, issue de l’École du cirque de Bruxelles et de l’Académie Fratellini, s’installe sur son fil pour quatre heures ! Un peu crispés sur nos chaises dans un café, nous l’observons en-dessous du fil, danser, sauter, s’allonger avec une maîtrise incroyable.

La voix de la chanteuse Violette Legrand rythme ses évolutions, et le public retient  son souffle devant cette performance, mais, bon au bout d’une heure… nous partons à la découverte des vingt-cinq autres spectacles de ce festival !

Poilu, Purée de guerre de Nicolas Moreau

Beaucoup trop de monde pour que nous puissions bien percevoir les tribulations de ce poilu de la guerre de 14 ! Debout derrière de petits gradins, nous parvenons quand même à capter quelques bribes des paroles de Nicolas Moreau. Il reconstitue un champ de bataille, explosions et chairs déchirées, avec des pommes de terre, et nous entraîne dans les tranchées avec de simples cagettes. Mais, lassés de voir si peu de ce théâtre d’objets, nous le quittons  pour les autres spectacles qui ont lieu dans les rues de Mulhouse.

Zéro Killed  par Carnage Productions, mise en scène de Stéphane Filloque

Nous sommes convoqués devant un immeuble délabré menés par un groupe de neuf comédiens. Soit  quarante cinq minutes en immersion dans un univers clos, avec dehors, le chaos social. « Imaginez-vous faire partie d’un groupe de cent personnes qui demandent l’asile, mettez-vous dans la peau de quelqu’un de vulnérable face à une porte close, regardez-vous entrer à la hâte pour être sur d’être «admis», jouant des coudes, sans solidarité, de peur que … Vous y êtes, mais rien est joué , votre sort est entre les mains d’un groupe de dix jeunes gens, ce ne sont pas des soldats, des guerriers, mais ils sont armés et qui garderont-ils ? Quels sont leurs  critères ? »

 Ici, c’est marche ou crève, et la loi du marché dans des enclaves clandestines urbaines. Ils pénètrent dans cet immeuble, en ouvrent peu à peu les fenêtres et nous admonestent : « On est vingt, on a deux toilettes ». Une jeune femme descend du toit en rappel. On nous fait entrer par petits groupes dans des pièces délabrées où on nous délivre des discours obscurs, et on nous offre des chewing-gums.

Dans la première pièce, une fille ensanglantée se lave : « Mon domaine, c’est la beauté ! ». Elle ramasse sa lingerie, et nous changeons de pièce pour voir un tableau encore plus improbable, sur la période romantique allemande. Un homme la menace d’un revolver, elle s’enfuit, nous la suivons dehors. Il y a ici une forte présence dans ces tableaux sur la vie de réfugiés, et une fois sortis dans la cour, nous respirons enfin… soulagés du poids de ces migrations douloureuses.

Carnage Productions né en 1989, regroupe «une quinzaine d’imbéciles tous dévoués au ridicule et à l’humour cultivé, à force d’observation du monde qui les entoure». Stéphane Filloque revient à Mulhouse avec cette nouvelle création collective, inspirée des stages de survie sociale qu’il pratique depuis de nombreuses années.

 Las Vanitas par la compagnie Chris Cadillac.

Singulier, ce spectacle suisse, avec Cécile Druet, Sophie Lebrun, Mélanie Vinolo qui, d’emblée, ne s’avouent pas toutes comme faisant partie du jeu ! Une belle jeune femme en robe longue, au volant d’une voiture blanche, en ouvre la porte, fume une cigarette  et va danser avec un spectateur. Puis, elle  court sur place et s’écroule en hurlant : « Non, je suis en détresse ! ».

Une autre se détache du public,  et annonce deux thématiques, la fermeté et le cauchemar ! «Vous m’avez trouvée comment ? La féminité en tant que mère de famille ! » Et une troisième fille glousse en disant : «Le spectacle, c’est toi, c’est nous ! (…) C’est quoi ce délire, c’est le chaos (…) On me demande de venir sur scène, c’est quoi, ce routage de gueule ? (…) Je ne suis pas complètement prise au sérieux, alors que j’ai mis de la profondeur dans cette entreprise !».

D’abord déconcertés, nous nous laissons aller peu  à peu : ces Vanitas se donnent à fond dans un spectacle qui nous a souvent fait beaucoup rire. Mais  une partie du public a décroché…
 
Edith Rappoport

Le festival Scènes de rue à Mulhouse (Alsace) a eu lieu du 12 au 16 juillet.

Prison Possession, de et par François Cervantes

 

 

©Melania Avanzato

©Melania Avanzato

Prison Possession, de et par François Cervantes, à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand

François Cervantes témoigne ici d’une expérience épistolaire avec des détenus : soit l’écriture d’un homme seul, comme habité  par l’autre. En janvier 2012, l’auteur, metteur en scène et comédien, visite la prison du Pontet, près d’Avignon : les détenus, dit le bibliothécaire, demandent des recueils de poésie ou des autobiographies ; certains vont jusqu’à découvrir ici la fascination de la lecture et ses pouvoirs. L’un d’eux lui écrit un jour: «Je tiens un livre comme si j’avais ma vie entre mes mains, je ne peux plus le lâcher, je veux connaître la fin. »

 Ainsi, commencent des échanges de lettres avec des détenus isolés dans une société qui les exclut : ils savent qu’ils suscitent une incompréhension réelle: «La prison coupe les liens qui relient un individu aux autres et au monde. Un homme est amputé du monde, et le monde est amputé d’un homme. Et couper ces liens, ce la revient à couper ses pensées. »

 En même temps, l’acteur redécouvre le folklore du courrier postal, les enveloppes en circulation, les jolis timbres à coller, le mystère des écritures tracées  à la main.Entre l’écriture de l’émetteur et la réception de la lettre-différée-par le destinataire, s’ouvre un abîme, une attente, une possibilité d’ouverture, une espérance en travail.

 Il s’agit d’un simple lien, merveilleux (ni amitié, ni fraternité) dont l’importance est extrême, et à laquelle chacun des deux partenaires donne son plein consentement.  François Cervantes revient sur son enfance où il lui était difficile, de parler à ses proches : «J’apprenais à écrire pour apprendre à parler. »

 Erik, un détenu s’exprime à travers la parole de l’auteur qui livre ici son texte sur le plateau: même solitude et même isolement. L’un vit la situation à l’extérieur pour la transcender grâce à l’art de se dire et d’écrire, et l’autre ne peut échapper au gouffre immense qui le saisit. Toutefois, Erik, conscient de l’aventure qui le happe de façon inattendue, vit dans un néant sans fond, absent à lui-même par la force des choses. Puis il ressuscite à sa manière, dans le regard de l’auteur qui le place sur une scène pour qu’il puisse être entendu enfin comme individu.

 Le prisonnier mis à l’isolement ne se sent plus vivre, ni appartenir à la société des hommes : la peine est trop lourde d’être ainsi coupé de son prochain. La réception des lettres de François constitue pour Erik ce à quoi, seul, démuni de tout, il peut accéder en dernier recours, un partage d’humanité. François Cervantes dispense patiemment la parole réfléchie et distante d’Eric, l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, une clarté éloquente, l’instinct de la présence de l’autre avec qui pouvoir parler, en toute liberté, gratuité et bonté.

 Un spectacle tendu et sincère pour un échange avec cet autre qui est soi-même.

 Véronique Hotte

Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail, Avignon (ancien Flunch) jusqu’au 28 juillet, à 12h25, relâche les 11, 18 et 25 juillet  (à partir de 13 ans). T : 04 90 89 82 63

 

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