Baie des Anges,de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

©Fabien Benhamou

©Fabien Benhamou

Baie des Anges, de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

Dans une atmosphère de polar américain et de film d’Orson Welles, la pièce  est toute d’angoisse nocturne, mais aussi, côté solaire, de joie de vivre, avec les musiques envoûtantes de films mythiques qui s’intensifient à mesure que s’accentue la menace énigmatique jusqu’à la catastrophe qui nous saisit. Avec aussi une montée d’adrénaline pour un suspense très fort, images fulgurantes de films-culte, tel celle avec le bruit de la chaussure du pendu qui cogne sur le battant d’un volet, la nuit dans une maison isolée. Le metteur en scène s’est amusé avec les poncifs attendus du genre noir : séduction, amour, argent,  et ses conséquences sur des êtres foncièrement solitaires.

 Dans ce récit, Serge Valetti explore ici l’étrangeté de toute existence. Gérard, un personnage inquiétant, qu’incarne avec flamboiement, David Ayala tout en rondeurs,  évoque un magnat de l’art qui s’emploie à rendre hommage à un ami volontairement suicidé à quarante ans, à l’âge exact de la mort de sa propre mère.

 Fabrication de guirlandes festives, avec virées commerciales en voiture, quête de belles amoureuses, et argent qui coule à flots, bref, la vie de Gérard résonne ici de rêves merveilleux… Et pourtant, il y a chez lui, comme un sentiment de solitude et de malheur ancré.

 Pour mettre en scène un projet de création cinématographique et de théâtre dans le théâtre avec mise en abyme vertigineuse, ce concepteur mélancolique fait appel à un acteur, Armand, joué avec distance et humour par Nicolas Rappo, et à une actrice, La Fille, que joue la glamour Joséphine Garreau, entre passé et présent, images anciennes et vignettes tendance. Tous trois mettent en place le spectacle, entre doutes, hésitations, choix artistiques, donnant à voir la magie de toute création collective.

Coups de colère et instants de joie se suivent jusqu’à atteindre la chute finale.Et, au fil des répétitions, vies personnelles et vies fictives inventées s’entremêlent, et les comédiens ne savent plus distinguer leur personnage réel de leur  fantôme. L’enquête policière installe les morceaux du puzzle d’une vie fascinante : dialogues sur le théâtre et sur la vie, photos et musiques- souvenirs, larmes et poésie.

Un spectacle remarquablement élaboré, et très bien joué, avec verres de whisky à gogo, et costume de lin blanc et panama pour  David Ayala! Le public ne boude pas son plaisir, devant le bel engagement des comédiens…

 Véronique Hotte

 Théâtre 11. Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail (ex-Flunch),  jusqu’au 28 juillet à 13h45.

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...