Prison Possession, de et par François Cervantes

 

 

©Melania Avanzato

©Melania Avanzato

Prison Possession, de et par François Cervantes, à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand

François Cervantes témoigne ici d’une expérience épistolaire avec des détenus : soit l’écriture d’un homme seul, comme habité  par l’autre. En janvier 2012, l’auteur, metteur en scène et comédien, visite la prison du Pontet, près d’Avignon : les détenus, dit le bibliothécaire, demandent des recueils de poésie ou des autobiographies ; certains vont jusqu’à découvrir ici la fascination de la lecture et ses pouvoirs. L’un d’eux lui écrit un jour: «Je tiens un livre comme si j’avais ma vie entre mes mains, je ne peux plus le lâcher, je veux connaître la fin. »

 Ainsi, commencent des échanges de lettres avec des détenus isolés dans une société qui les exclut : ils savent qu’ils suscitent une incompréhension réelle: «La prison coupe les liens qui relient un individu aux autres et au monde. Un homme est amputé du monde, et le monde est amputé d’un homme. Et couper ces liens, ce la revient à couper ses pensées. »

 En même temps, l’acteur redécouvre le folklore du courrier postal, les enveloppes en circulation, les jolis timbres à coller, le mystère des écritures tracées  à la main.Entre l’écriture de l’émetteur et la réception de la lettre-différée-par le destinataire, s’ouvre un abîme, une attente, une possibilité d’ouverture, une espérance en travail.

 Il s’agit d’un simple lien, merveilleux (ni amitié, ni fraternité) dont l’importance est extrême, et à laquelle chacun des deux partenaires donne son plein consentement.  François Cervantes revient sur son enfance où il lui était difficile, de parler à ses proches : «J’apprenais à écrire pour apprendre à parler. »

 Erik, un détenu s’exprime à travers la parole de l’auteur qui livre ici son texte sur le plateau: même solitude et même isolement. L’un vit la situation à l’extérieur pour la transcender grâce à l’art de se dire et d’écrire, et l’autre ne peut échapper au gouffre immense qui le saisit. Toutefois, Erik, conscient de l’aventure qui le happe de façon inattendue, vit dans un néant sans fond, absent à lui-même par la force des choses. Puis il ressuscite à sa manière, dans le regard de l’auteur qui le place sur une scène pour qu’il puisse être entendu enfin comme individu.

 Le prisonnier mis à l’isolement ne se sent plus vivre, ni appartenir à la société des hommes : la peine est trop lourde d’être ainsi coupé de son prochain. La réception des lettres de François constitue pour Erik ce à quoi, seul, démuni de tout, il peut accéder en dernier recours, un partage d’humanité. François Cervantes dispense patiemment la parole réfléchie et distante d’Eric, l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, une clarté éloquente, l’instinct de la présence de l’autre avec qui pouvoir parler, en toute liberté, gratuité et bonté.

 Un spectacle tendu et sincère pour un échange avec cet autre qui est soi-même.

 Véronique Hotte

Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail, Avignon (ancien Flunch) jusqu’au 28 juillet, à 12h25, relâche les 11, 18 et 25 juillet  (à partir de 13 ans). T : 04 90 89 82 63

 

 


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