De Meiden (Les Bonnes) de Jean Genet, mise en scène de Katie Mitchell

 

Festival d’Avignon

 © Jan Versweyveld

© Jan Versweyveld

De Meiden  (Les Bonnes) de  Jean Genet,  traduction de Marcel Otten, mise en scène de  Katie Mitchell, en néerlandais et polonais (surtitrés  en français)

Le crime des sœurs Papin, au Mans fit les choux gras de la presse populaire dans l’entre-deux-guerres et passionna les psychanalystes dont Jacques Lacan mais aussi des auteurs, des cinéastes dont Claude Chabrol, et des poètes comme Jean Genet qui en tira un «long suicide déclamatoire ».

Deux sœurs, Claire et Solange, employées de maison, vivent en vase clos dans un monde de fantasmes, et rêvent de tuer leur maîtresse. Au préalable, elles ont écrit des lettres de dénonciation, pour envoyer Monsieur en prison. Mais leur plan va échouer et se retourner contre elles:  «Elles sont des rêves qui rêvent d’engloutir leur rêveur», en a dit Jean-Paul Sartre. En une ultime cérémonie funèbre où elles s’imaginent en héroïnes du peuple,  elles sombrent dans le délire, entre schizophrénie, paranoïa et désespoir.

Katie Mitchell situe l’action aujourd’hui, dans une vaste suite parentale à Amsterdam, conçue par la scénographe Chloé Lamford,  avec un dressing et un couloir menant à la salle de bains. Claire et Solange, ici, sont Polonaises, à l’instar de ces bonnes, émigrées économiques, sous-payées et recluses dans la clandestinité, subissant l’écrasante supériorité de leurs maîtres. Leur destin fatal résonne cette fois avec la situation précaire  de milliers de femmes.

Quand le rideau s’ouvre, on les surprend en l’absence de leur maîtresse, en train de se déguiser en Madame: ce faisant, elles intervertissent aussi leur identité : Solange joue Claire, et Claire, Madame. Claire, assistée de Solange, qu’elle rudoie en l’appelant Claire, emprunte les robes, la voix, le maquillage, la perruque blonde et les attitudes de Madame.

Solange parodie la servilité de sa sœur, encaisse les coups et fait mine de l’étrangler. Au cours de ce rituel, elles jouent à se maltraiter, et à maltraiter Madame,  jusqu’à simuler le meurtre. Oubliant parfois leur jeu de rôles, elles passent spontanément du néerlandais au polonais. (surtitres  en français)

Madame apparaît, dans ses clinquants atours, et s’avère être un homme, quand les domestiques commencent à la dévêtir. L’ inversion des sexes s’affiche franchemene. Pour Katie Mitchell, il s’agit plus de soutenir une réflexion sur l’exploitation patriarcale, que de parler de la domination des femmes par les femmes. : «La féministe en moi, se refusait à raconter l’histoire d’une femme opprimant d’autres femmes»…

Cette artiste britannique renommée, qui a fait ses classes à la Royal Shakespeare Company et travaille dans le monde entier, veut nous raconter la dialectique avortée du maître et de l’esclave, et l’impossible retournement du rapport de force entre dominants et dominés. Jean Genet a toujours proscrit tout placage politique: il ne s’agit en aucun cas, affirmait-t-il, d’un «plaidoyer sur le sort des domestiques», mais bien plutôt d’une «architecture de vide et de mots ». Katie Mitchell s’emploie à situer la pièce dans un contexte européen bien précis, en faisant de Claire et Solange, des émigrées surexploitées.

Rien d’hystérique ni de paroxystique dans cette mise en scène qui se déroule dans l’univers feutré de la bourgeoisie néerlandaise Tout est finement réglé, de la présence discrète de la musique de Paul Clark, aux costumes léchés, un rien vulgaires,  de  Wojciech Dziedzic, dans des lumières de James Farncombe.

Les minutieuses séances à répétition d’habillage/déshabillage des uns et des autres renvoient au double travestissement des deux sœurs, et du masculin au féminin. L’apparition d’un homme, sous les traits de Madame, renforce la confusion des genres, mais aussi celle des rôles. Jusqu’au passage à l’acte: Claire meurt à la place de Madame, en ingérant la tisane destinée à sa patronne. Sans parler de la confusion des langues; elle passent parfois du néerlandais au polonais….

Subtilement dirigés, Thomas Cammaer, vulgaire et beau, incarne une Madame majestueuse et mondaine. Marieke Heebink est une Claire à double face, servile et modeste en domestique, plus hautaine en Madame mais toujours cruelle envers sa sœur, sa rivale en amour. Chris Nietvelt, avec sa silhouette frêle et longiligne, reste d’un bout à l’autre, une créature effacée. Tout ici est juste, et les intentions de la metteuse en scène, très claires.

Mais dans cet univers, il y a quelque chose d’amorti, d’étouffé qui met entre parenthèse la prose flamboyante  de Jean Genet  et le «long suicide déclamatoire» qu’il voyait dans sa pièce. On reste donc un peu sur sa faim malgré la grande qualité de cette  création…

 Mireille Davidovici

De Meiden, L’Autre Scène du Grand Avignon, à 15h 00, les 18, 20, 21 juillet, et à 22h00, le 17 juillet. En néerlandais et en polonais surtitrés.T: 04 90 14 14 14.

 voir aussi Five Truths, de Katie Mitchel, variations autour du personnage d’Ophelie dans Hamlet Maison Jean Vilar, de 11h 00 à 20h 30, jusqu’au 26 juillet. T : 04 90 86 59 66.

Les Bonnes de Jean Genet est publié aux éditions Gallimard.

 

 


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