Sévigné épistolière du Grand Siècle

Sévigné épistolière du Grand Siècle, au château de Grignan, commissaire de l’exposition : Chrystelle Burgard, scénographie de Jérôme Dumoux

 

"La marquise de Sévigné" de Claude Lefèbvre, tableau prêté par le musée parisien Carnavalet au château de Grignan.

« La marquise de Sévigné » de Claude Lefèbvre, tableau prêté par le musée parisien Carnavalet au château de Grignan.

Visiterions-nous ce château, y verrions-nous du théâtre, l’été, si la marquise de Sévigné n’y avait séjourné  et si la collégiale Saint-Sauveur, adjacente, n’y accueillit sa sépulture, en 1696, à son décès survenu lors de son quatrième voyage? Pourtant la demeure est indissociable de la fameuse épistolière depuis qu’elle connut, sans la chercher, une gloire posthume. On la célèbre ici tous les ans avec un festival de la Correspondance.

Comment le mythe sévignéen  s’est-il forgé? Quel rapport entre la mondaine parisienne et la demeure de son gendre, le comte François de Castellane-Adhémar de Monteil de Grignan (famille qui donna son nom à la ville de Montélimar) ? Elle y a pourtant passé peu de temps mais c’est là qu’ont été expédiées la plupart des 674 lettres à sa «bien-aimée» fille, qui suivit son mari en Provence, en 1671.

 L’exposition Sévigné épistolière du Grand Siècle retrace un parcours chronologique de la vie de la Marquise, via les demeures qu’elle a habitées -notamment à  Paris, et en Bretagne-, ses voyages, sa famille et ses fréquentations. Parcours illustré par de nombreux documents, et ponctué par des citations et des lettres dont les étapes se retrouvent dans un catalogue exhaustif, réalisé par des spécialistes.

 La Provence qu’elle considère d’abord comme un lieu inquiétant qui lui a «volé» sa fille, deviendra, au fil de ses quelques séjours, un endroit familier où elle a ses appartements et surtout,  à raison de deux ou trois lettres par semaine, l’occasion d’ «une conversation en absence» portant sur l’histoire familiale et les événements de son temps. Une mine pour les historiens, un plaisir pour les lecteurs.

 La scénographie met en scène une abondance d’éléments, en les superposant, selon la mode du XVII ème siècle : portraits de familles, gravures, miroirs,  mais aussi objets de la vie quotidienne au château comme vaisselle, chaussures, meubles… Parmi eux, une petite pharmacie de secours ou des instruments de chirurgie.

Cette accumulation nous restitue une époque mais il serait vain de vouloir tout explorer en une seule visite. A chacun de faire son choix. De nombreuses gravures montrent le château à diverses époques, depuis sa fondation au Moyen-Âge, jusqu’au au temps de sa magnificence : « une belle vue… un bel air » ou même « une ville », une « république », selon la marquise. Puis en ruines après la Révolution, avant sa restauration au début du XXème siècle.

On apprend que Grignan devint un lieu de pèlerinage romantique, dès les années 1770, d’abord pour les Anglais. Un touriste suisse témoigne, en 1787 : « Tous ceux qui ne sont pas étrangers à la littérature Françoise, doivent connaître le château de Grignan par les lettres de Madame de Sévigné […] La bise souffle là avec une telle violence qu’elle enlève le gravier de la terrasse et le lance jusqu’au second étage avec assez de violence pour casser le vitres. On comprend donc que Madame de Sévigné pouvait plaindre se fille d’être exposée aux bises de Grignan.»

 L’exposition s’ouvre sur un majestueux portrait de 1665, signé Claude Lefèvre. Bien en chair, sobrement vêtue, l’œil malicieux, Marie, née Rabutin-Chantal, a la trentaine épanouie. Veuve depuis 1651, elle peut donc vivre librement, voyager à loisir, et fréquenter artistes et milieux littéraires, comme Madame de Lafayette et Mademoiselle de Scudéry dont on voit la Carte du Tendre.

La visite se clôt sur l’épopée que fut la diffusion posthume de sa correspondance grâce à son cousin Roger de Bussy-Rabutin et  à sa petite-fille Pauline de Simiane qui censura certaines missives.

 Si Lorenzzacio, qui se joue dans la cour du château (voir Le Théâtre du Blog) vous mène jusqu’à Grignan, ne manquez pas cette exposition : elle  nous plonge en images au cœur d’une époque, d’une région, et dans  la vie intime et littéraire d’une femme qui, sans le chercher, passa à la postérité, et fit de ce petit bourg drômois un lieu de pèlerinage et de mémoire.

 Mireille Davidovici

 Château de Grignan, (Drôme) tous les jours jusqu’au 22 octobre. T.04 75 91 83 50

 Le catalogue est publié aux Éditions Libel à Lyon

 


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