Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 

Festival d’Avignon

Dans la vie aussi il y a des longueurs de et par Philippe Dorin

 2015-03-11 10.05.33L’un des auteurs estampillés «jeune public», parmi les plus intéressants de notre génération, a fondé avec son épouse Sylviane Fortuny, une compagnie qui met en scène ses pièces depuis de nombreuses année, et  avec un grand succès.

Dès le début, notre auteur se défend de nous jouer un spectacle, avec une malice qui ne le quittera jamais ; si il avait su faire des spectacles, dit-il, il n’en écrirait pas ! Dans sa conférence, il va nous détailler ce en quoi consiste pour lui, le métier d’auteur de théâtre jeune public.

Les enfants, au centre de son œuvre, sont présents aussi par le biais de citations glanées lors d’interventions  dans des classes. Toutes plus drôles et/ou absurdes. Il nous raconte que pour lui, l’écriture était un moyen pour entrer dans la grande famille du théâtre, que ses écrits sont souvent le fruit d’un miracle, qu’il ne contrôle pas tout et qu’il se trompe souvent. Il écrit comme on vit, et c’est pour cela que selon lui, , il y a des longueurs, des temps morts et des respirations dans ses textes comme dans la vie.

Il rappelle aussi que l’écriture jeune public est moins bien considérée, mais qu’il en tire finalement une plus grande liberté, puisqu’il ne se sent pas attendu au tournant. Sa conférence est émaillée de lectures d’extraits de son œuvre,  avec pêle-mêle,  Sacré Silence, En attendant le Petit Poucet, Abeilles, habillez-moi de vous, Sœur, je ne sais pas quoi frère ou Ils se marièrent et eurent beaucoup.

Comme Philippe Dorin aime jouer, il propose au public de participer et demande qu’une lectrice lui donne la réplique depuis la salle, et qu’un couple de lecteurs se tienne derrière un cercle de petits cailloux pour lire,  ou que quelqu’un vienne aussi lire à ses côtés. Au-delà de l’essentiel de son œuvre essentielle, on découvre un homme que le sourire ne quitte jamais, joyeux et joueur, d’une grande humilité.

Cette vraie fausse conférence est à son image, un beau et léger moment et qui rend hommage à la spontanéité des enfants. Le final, plein de poésie, permet au public tout entier de se retrouver,  pour une petite performance à base de papier. Comme le dit si bien un des enfants rencontrés par Philippe Dorin: «Finalement faire du théâtre, c’est pas faire semblant, c’est faire exprès »

 Julien Barsan

 La Parenthèse jusqu’au 21 juillet à 17 heures.  T. :04 90 87 46 81

 


Archive pour juillet, 2017

Le Groenland de Pauline Sales, mise en scène d’Anna Delbos-Zamore

 

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©Marc Ginot

«Marche, ne t’arrête pas tu ne vas pas tomber, ne crie pas … » Une voix dans la pénombre. Une femme, une mère qui s’adresse à sa fille. « Une expédition au Groenland, ça se décide sans prévenir, lui dit-elle.» On imagine la petite qui renâcle à l’aventure  où sa mère veut l’entraîner. On ne la verra pas, sa résistance et son incompréhension nous parvient par les mots de cette femme en fuite.

Petit à petit, la lumière gagne le plateau et la fugueuse se confie au public. En crise, reléguée au foyer, elle éprouve solitude et impression d’anéantissement. Une bonne mère pourtant, aux yeux des autres. Peur de n’a pas y arriver, surmenage, dépression. D’abord, c’est comme un jeu qu’elle propose à sa fille. Puis la situation s’aggrave, la nuit tombe, et la police s’en mêle…

Seule en scène, Florie Abras prend en charge ce texte énigmatique qui semble se perdre dans les grands froids, comme son héroïne. Son jeu, portée par une mise en scène sobre, a la dureté de l’iceberg, mais laisse émerger une sensibilité à fleur de peau, et évite les écueils du psychologisme où la pièce pourrait verser. L’auteure choisit un lieu métaphorique qui renvoie à un cœur gelé dans un corps qui s’étiole au sein du couple…

 Elle brosse ici l’envers du décor d’une maternité, supposée épanouissante. En contrepoint, quelques faits divers, égrenés par la comédienne, évoquent des  violences faites aux femmes. Le personnage de Pauline Sales n’est ni une Médée ni une Clytemnestre, et nous ne sommes pas dans la tragédie mais invités à partager le destin terrible d’une femme banale. De celles qu’on rencontre tous les jours et à laquelle Pauline Sales donne enfin les mots pour expliquer l’inexplicable.

Ce texte, écrit en 2003, continue par son actualité et sa belle écriture, à séduire de jeunes compagnies comme Les Grisettes, venue de Montpellier.

Mireille Davidovici

 

Arthephile 7 rue du Bourg-Neuf Avignon T. 04 90 03 01 90

La pièce est publiée aux Solitaires intempestifs

 

 

Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, mise en scène de Jérémie Stora

 

Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht, mise en scène de Jérémie Stora

(C) jean Couturier

(C) jean Couturier

 

Neuf jours avant sa mort, en 1956, Bertolt Brecht adressait ce message aux membres du Berliner Ensemble, lors d’une tournée à Londres: «Nous devons donc jouer vite, léger et vigoureux. Il ne s’agit pas d’excitation, mais de rapidité, non pas seulement jouer vite, mais pour penser vite. Ces répliques ne doivent pas être dites avec hésitation, comme l’on offre à quelqu’un sa dernière paire de chaussures, mais elles doivent être lancées comme des balles». La jeunesse et l’énergie de l’équipe de comédiens répond bien ici à ces conseils, plus de soixante ans après la disparition de leur auteur.

 Ecrite en 1921, sa deuxième pièce s’inspire de deux romans qui ont pour cadre Chicago: La Roue de Johannes Jensen (1905) et La Jungle d’Upton Sinclair  (1906) et sera montée pour la première fois en France au Studio des Champs-Élysées, à Paris, en 1962, par Antoine Bourseiller, avec Sami Frey.

Deux hommes s’affrontent : Shlink s’adresse à Garga pour lui acheter ses opinions et son libre arbitre. Ce combat singulier n’aura pas de vainqueur : Shlink va mourir détruit par celui qu’il voulait humilier et Garga, resté seul, voit sa vie et son entourage s’effondrer. Cette version de la pièce reste d’actualité même réduite à une heure vingt et tout à fait compréhensible; elle  a été autorisée par les éditions de l’Arche, détentrices des droits. Deux belles comédiennes et quatre comédiens, dont Jérémie Stora, jouent successivement plusieurs rôles, et s’engagent totalement dans ce drame destructeur de l’être humain.

Dans une salle de cinquante places, sur un espace de jeu exigu, le metteur en scène a réalisé une scénographie astucieuse : sur  des boîtes et châssis noirs mobiles, des inscriptions à la craie  pour indiquer les éléments de décor, et trois portes pour aller vite changer de costumes.

«On nous montre nos amours, nos jalousies, nos rêves de meurtre, et on nous les montre à froid séparés de nous, inaccessibles et terribles, d’autant plus étrangers  que ce sont les nôtres, que nous croyons les gouverner, et qu’ils se développent hors de notre atteinte avec une impitoyable rigueur que nous découvrons et reconnaissons tout à la fois.» Jean-Paul Sartre parlait ainsi de la distanciation brechtienne. Une distanciation renforcée ici avec la lecture des didascalies au mégaphone, par le metteur en scène, lors de courts moments où  le jeu se fige.

Des masques d’animaux, brièvement endossés par les comédiens, ajoutent une touche de légèreté à ce combat.  Initiative audacieuse que d’avoir monté Brecht dans le Off car, aujourd’hui, la plupart des spectateurs ne savent plus qui est cet auteur passé de mode dans la plupart de théâtres de l’Hexagone.

Jean Couturier

Pixel Avignon 18 rue Guillaume Puy, jusqu’au 30 juillet, relâche le 25 juillet.
www.pixelavignon.com     

L’Avenir dure longtemps, d’après de Louis Althusser, adaptation et mise en scène de Michel Bernard

 

Festival d’Avignon

© DR

© DR

L’Avenir dure longtemps, d’après L’Avenir dure longtemps de Louis Althusser, adaptation et mise en scène de Michel Bernard

 Le spectacle dont le titre est celui l’autobiographie posthume du philosophe marxiste Louis Althusser (1918-1990), qu’interprète ici l’excellent Angelo Bison, a quelque chose d’énigmatique. Professeur à l’Ecole normale supérieure de Paris, icône des intellos, est soigné pour des troubles psychiques dont il souffre depuis longtemps …

Louis Althusser étranglera son épouse Hélène Rytman, au matin du 16 novembre 1980, dans son appartement de Normale Sup’ que l’on videra, sans son consentement. Ce qui le blessera ! Stupéfaction de ses collègues, enseignants, étudiants, face à ce grand esprit qui s’est égaré à jamais, et consternation face à la réalité!

Il aura influencé Jacques Derrida, Claude Levi-Strauss, Jacques Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan, Pierre Bourdieu… Déclaré irresponsable pour démence, il est soigné à Sainte-Anne, mais bénéficiera d’un non-lieu.Le maniaco-dépressif se souviendra des électrochocs infligés par l’effrayant Staline à un soignant, parce qu’il portait comme lui, la moustache…

Deux années d’internement dont l’issue correspond à une prise de parole autonome : le criminel «involontaire» ou «absent à lui-même», veut assumer son acte. L’irresponsabilité  juridique qui le frappe, atteint profondément le maître qui voudrait pouvoir se défendre en public, et rendre ainsi rationnel un geste qui ne saurait recevoir la moindre tentative d’élucidation.  Le criminel voudrait un procès qu’on lui refuse,  alors qu’il aimait tant discourir et convaincre son auditoire qu’il fascinait  par son intelligence. Quand il s’analyse, il en souffre : “Le destin de ce non-lieu est devenu la pierre tombale du silence, alors que je suis vivant. Désormais, ni mort, ni vivant.”

Louis Althusser raconte de manière magnifique sa vie de penseur: difficultés affectives dès l’enfance, fragilité mentale, relation douloureuse avec la petite Hélène à qui, dès la première rencontre, il prend la main sous son manteau. Ces âmes se reconnaissent tout de suite, lui plus jeune de huit ans et séducteur : “On vivait tous les deux dans la clôture de notre enfer.”  Il se souvient des souffrances infligées à Hélène par inadvertance et/ou par calcul, quand il séduit des étudiantes sous son nez, mais le coupable fait amende honorable…

 L’excellent Angelo Bison porte une parole claire et bien articulée, aussi aigüe et ardente. Assis sur un tabouret, devant un drap blanc et des écrans vidéo montrant les toits de Paris , ou les barreaux de la prison sous  la neige qui tombe, l’acteur instille les élans du cœur et de la pensée, et le public est rivé à ses paroles. Comment peut-on échapper à soi-même, un spectacle magnifique, presque envoûtant…

Véronique Hotte

Théâtre des Doms, Avignon, jusqu’au 26 juillet, à 10h30.

 

 

Claire, Anton et eux mise en scène de François Cervantes

Festival d’Avignon

Claire, Anton et eux,  mise en scène de François Cervantes

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Sur le plateau nu, quelques chaises, et, en fond de scène, un portant chargé de costumes annonce des changements à vue. Les quatorze comédiens de la dernière promotion du Conservatoire national supérieur d’art dramatique se présentent, chacun interrogé par ses camarades pour informations supplémentaires : nom prénom, âge… «Je m’appelle Milena, j’adore le silence (…) Je m’appelle Lucie Grunstein. Je n’ai jamais su comment ça se prononçait», etc.

Toujours sur le même principe de questions/réponses, ce qui implique le groupe dans son ensemble, ils évoquent ensuite des souvenirs d’enfance joyeux ou douloureux, qui, la mort d’un animal qui, celle d’une grand-mère. Des jeux avec les cousins, les premiers baisers… Ils sont Français, Espagnols, Marocains, Algériens, Syriens, Suisses… Leurs histoires familiales se croisent devant nous.

Des apparitions sporadiques de personnages viennent interrompre les présentations. Le grand-père de l’un, la grand-mère d’une autre… ou des ancêtres plus éloignés, interprétés par leur descendant. Bientôt, ces apparitions se multiplient, puis on voyage dans le futur, les jeunes artistes se projetant dans leur propre vieillesse…

«J’avais envie de partir des acteurs, de leur présent, dit François Cervantes.(…) Pour ensuite convoquer des personnes importantes à leurs yeux (…) Le travail de l’acteur est d’offrir l’hospitalité toujours. » De cet atelier-théâtre, le metteur en scène, auteur associé au Conservatoire, a tiré un spectacle collectif, sympathique, constitué d’une mosaïque de personnages, et d’allers et retours dans le temps. Mais cette multiplication des « je»  et leur transformation en «eux», suffît-elle à donner du grain à moudre aux élèves, même si, de temps en temps, ils composent des personnages fictifs ?

Le Festival d’Avignon fait  cette année la part belle aux travaux du Cons, ouvrant ainsi ses portes aux futures générations. En ce sens, Claire, Anton et eux nous permet d’assister à un travail d’atelier collectif, et de découvrir la personnalité de ces jeunes acteurs, qui apprennent à être à l’écoute de l’autre, sur un plateau…

Mais cela reste un peu court pour apprécier leur  savoir-faire face à une pièce de théâtre qui ne serait pas forgée sur mesure. Chacun a généreusement fourni une belle matière à jouer, et il faut les citer tous : Gabriel Acremant, Théo Chédeville, Louise Chevillotte, Milena Csergo, Salomé Dienis Meulien, Lucie Grunstein, Roman Jean-Elie, Jean Joude, Kenza Lagnaoui, Sipan Mouradian, Solal Perret-Forte, Maroussia Pourpoint, Léa Tissier, et Sélim Zahrani.

 

Mireille Davidovici

 

Gymnase du lycée Saint-Joseph, jusqu’au 19 juillet à 18h.

Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila/Ça va, ça va, le monde!, RFI

 

Festival d’Avignon

 

©RFI/Pascal Gely

©RFI/Pascal Gely

Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila, adaptation et mise en lecture de Julie Kretzschmar, dans le cadre de Ça va ça va le monde!, cycle de lectures organisé par Radio-France Internationale

« Au commencement était  la pierre, et la pierre provoqua la possession, et la possession, la ruée… », ainsi l’auteur dénonce-t-il le système marchand qui s’est emparé de la planète, notamment de la ville-pays Lubumbashi. Depuis la gare du Nord à Paris, le texte nous entraîne au Congo, vers une autre ligne de chemin de fer construite, symbole de la colonisation, dans le sillage du voyage de l’explorateur Stanley.

 Constitué de récits enchâssés et d’allers et retours entre Afrique et Europe, ce premier roman du dramaturge congolais, adapté ici pour  la scène, brosse le portrait de la capitale minière, par le biais d’un lieu central symbolique,  le Tram 83. À la fois boîte de nuit et bordel cosmopolite où déboulent « creuseurs»  en mal de sexe,  touristes occidentaux, étudiants ou hommes d’affaires de tous horizons.

Là, Lucien, tout juste débarqué de l’arrière-pays pour échapper aux  polices politiques, s’accroche à son stylo, au milieu du tumulte et se retrouve dans les bras d’une fille «aux seins-grosses-tomates». « Je suis la reine de la nuit, dit-elle, et sans moi le tram est une succursale des rêves broyés. » Il y côtoie Requiem, son ex-pote, et Malingeau, amateur de chair fraîche et éditeur qui lui propose de le publier dans sa collection Train du bonheur ,  à condition qu’il réduise son texte à dix personnages, et qu’il évite de parler de la misère:  « On en a assez de la misère dans la littérature africaine (…) »

Tirer une heure de lecture radiophonique de ce texte poétique et imagé, buissonnant de digressions était une gageure, qu’ont pourtant réussie la metteuse en scène et ses comédiens : Astrid Bayiha Christophe Grégoire et Moanda Daddy Kamono, accompagnés des plages de musique bien dosées, composées et interprétées par  Sébastien Arnoux. Nous les retrouverons dans une création plus ample, avec une plus nombreuse distribution, aux prochaines Francophonies de Limoges.

 L’auteur, qui vit en Autriche, nous offre «un théâtre-conte qui traite de ce pays dans une perspective historique» d’une grande complexité, avec un portrait onirique et réaliste d’une Afrique contemporaine bouillonnante de vie. « Pourquoi, reproche Requiem à Lucien,  tu t’entêtes à rêver à un monde possible ? » C’’est pourtant ce que fait Fiston Mwanza Mujila, avec ce voyage halluciné et drôle dans la langue et l’énergie de son pays réinventé. À lire, à entendre, ou à voir

Mireille Davidovici

 Tram 83 (éditions Métailié, Paris 2014) sera créé le 22 septembre aux Francophonies en Limousin, à Limoges.

Prochaines lectures en Avignon: 18 juillet Le Décapsuleur Laetitia Ajanohun ( Belgique /Bénin) ; le 19 juillet Les Sans d’Ali Kiswinsida Ouedraogo; le 20 juillet Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diomé à 11 heures au Jardin de l’Hôtel de Mons, rue de Mons à Avignon.

 

Diffusion R.F.I. tous les dimanches à 12h, à partir du 30 juillet et sur rfi.fr : Fréquence Paris – RFI 89 FM / Abidjan – RFI 97,6 FM / Conakry – RFI 89 FM  Cotonou – RFI 90 FM / Dakar – RFI 92 FM / Lubumbashi – RFI 98 FM / Ouagadougou – RFI

Exodus, No longer Silent, Revelations par l’Alvin Ailey American Dance Theater.

 

Exodus, No longer Silent, Revelations par l’Alvin Ailey American Dance Theater.

La troupe américaine occupe la nouvelle scène de  l’île Seguin dans le cadre des Étés de la Danse. Pour son cinquième passage dans la capitale, et dans ce festival, la compagnie propose cinq programmes différents ; pleine de vitalité, elle rencontre un succès public qui ne se tarit pas, malgré un lieu peu adapté à la danse à cause de l’éloignement  de nombreux spectateurs. Difficile en effet de capter et de partager la folle énergie de ces danseurs sans une vraie proximité.

Après une première pièce inégale, Exodus, nous découvrons  l’impressionnante  chorégraphie de Robert Battle, directeur de la compagnie depuis 2011. Il a succédé à son mythique créateur, Alvin Ailey, mort du sida en 1989, puis à Judith Jamison une danseuse emblématique de la troupe, qui avait mis en place la Junior Company, Ailey 2. D’abord formée exclusivement de danseurs noirs, l’Alvin Ailey Dance Company, qui va fêter l’année prochaine ses soixante ans, offre aujourd’hui davantage de mixité.

Avec No longer Silent,  Robert Battle mobilise  l’ensemble des danseurs sur une musique d’Erwin Schulhoff, un compositeur juif traqué par les nazis et mort en camp de concentration. Ce ballet, très rythmé et d’une grande violence, met en jeu quatre groupes qui se croisent, se séparent  et se reforment sans jamais quitter le plateau.

Gestes précis et mouvements complexes se succèdent dans une grande dureté, rappelant parfois Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski et exigeant un engagement physique total des artistes.
Revelations qui termine presque toujours la représentation, quel qu’en soit le programme, a été créée en 1960, sur une musique de gospels et de blues. La succession de tableaux festifs dans l’esprit des comédies musicales, et la virtuosité des danseurs, qu’il soient en solo, en duo, en trio ou en groupe nous éblouit, malgré des costumes un peu kitch nous transportant à l’époque du film, Autant en emporte le vent.

Jean Couturier

Seine Musicale jusqu’au 22 juillet, 53 cours de l’île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt  (Hauts-de-Seine)

www.lesetesdeladanse.com

The Hole, chorégraphie de Hsiao-Tzu Tien

Festival d’Avignon

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

The Hole, chorégraphie de Hsiao-Tzu Tien.

Ce spectacle, soutenu par le Centre culturel de Taïwan à Paris, et le ministère de la Culture de ce pays fait partie d’une riche programmation qu’il nous offre… pour la onzième  année dans le off ! Certaines de ses créations ont fait après Avignon,  de belles tournées internationales. Comme, l’année dernière, Floating Flowers,  par la compagnie B.Dance, (voir Le Théâtre du Blog).

 Hsiao-Tzu Tien, qui a obtenu l’an passé une bourse de résidence à la Cité Internationale des Arts de Paris, s’inspire de ses expériences personnelles et de ses sensations au quotidien. Elle cherche à traduire «ce sentiment de flottement entre l’homme et son environnement, entre l’intérieur et l’extérieur, propre, selon elle, à notre époque. «Les jours passent et je reste immobile, je n’arrive pas à entrer dans mon rêve », dit-elle, en voix off, au début du spectacle.

Cinq danseuses dont  elle, vont, pendant  cinquante minutes, tenter de nous faire partager cette état-frontière entre réel et imaginaire. Plusieurs tableaux se succèdent ainsi sur un mode répétitif: chutes des danseuses, piétinement des corps qui s’empilent les uns sur les autres, puis qui se séparent du groupe.

Libre à chacun d’interpréter ces images selon sa propre sensibilité, mais  il n’y a pas de véritable cohérence entre les scènes. Une paire de chaussures, un micro ou un téléphone font parfois  irruption sur le plateau et ajoutent à la confusion de la lecture : on entre difficilement dans cet univers, malgré certains tableaux d’une grande beauté sensuelle, comme la diagonale des corps dans un rayon de lumière, ou les courses folles de danseuses qui se croisent, en soulevant une poussière terreuse. Avec un engagement et une énergie sincères. Elles forment  un groupe cohérent  et ont une vraie écoute entre elles…

Dans cet espace nu, les sons et la musique de Li Yu-De accentuent la sensation d’étrangeté d’un monde un peu autiste où la chorégraphe essaye de nous faire entrer. Mais elle a du moins le courage de nous présenter une pièce qui ne manque pas d’ambition, parmi les dizaines de spectacles de danse souvent racoleuses dans le Off. Impression donc mitigée !

De belles intentions ne font pas toujours mouche, mais, comme il est rare de croiser de telles œuvres, vous pouvez, si vous laissez de côté votre rationalisme, faire un voyage  atypique dans un imaginaire complexe,  issu d’une autre culture…

Jean Couturier

Hivernales, Centre de développement chorégraphique,  18 rue Guillaume Puy, Avignon, jusqu’au 19 juillet, à 21 H 45.

hivernales-avignon.com               

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, de Daniel Cling

 

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, un film documentaire de Daniel Cling
 
Nous vous avions parlé avec enthousiasme de ce remarquable film, aussi précis qu’émouvant, qui retrace, en un peu plus d’heure et demi,  toute  l’histoire du théâtre français récent en province et dont la première projection avait eu eu lieu le mois dernier à Paris.

Il y a tout du beau monde dans ce film des comédiens, metteurs en scène, hommes politiques, etc. ey bien entendu des morts mais aussi des vivants, sans lesquels la décentralisation n’aurait pas eu lieu et qui en parlent très bien… notamment Robert Abirached, Catherine et Jean Dasté, Pierre Debauche, le Général de Gaulle qui soutenu André Malraux le visionnaire, Gabriel Garran, Georges Goubert, Jean-Louis Hourdin, la grande Jeanne Laurent qui avait fait nommer Jean Vilar à la tête du T.N.P., Roger Planchon, Isabelle Sadoyan qui fut l’un de ses très bonnes comédiennes et qui vient de disparaître, Christian Schiaretti, Bernard Sobel, André Steiger, Arlette Téphany, Pierre Vial, Jack Ralite, Hélène et Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez…. (voir Le Théâtre du Blog).

Ce film est à nouveau projeté dans le cadre de ce 71ème festival. Si vous êtes en  Avignon et si vous êtes disponible demain, surtout ne ratez pas  ce documentaire. Une rencontre suivra avec  Daniel Cling, Jean-Pierre Vincent et d’ Arlette Théphany, de l’Union des artistes. 

 Philippe du Vignal

Cinéma Utopia-Manutention, Avignon ce mardi 19 juillet à 11h. Un DVD sortira prochainement.

Baie des Anges,de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

©Fabien Benhamou

©Fabien Benhamou

Baie des Anges, de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

Dans une atmosphère de polar américain et de film d’Orson Welles, la pièce  est toute d’angoisse nocturne, mais aussi, côté solaire, de joie de vivre, avec les musiques envoûtantes de films mythiques qui s’intensifient à mesure que s’accentue la menace énigmatique jusqu’à la catastrophe qui nous saisit. Avec aussi une montée d’adrénaline pour un suspense très fort, images fulgurantes de films-culte, tel celle avec le bruit de la chaussure du pendu qui cogne sur le battant d’un volet, la nuit dans une maison isolée. Le metteur en scène s’est amusé avec les poncifs attendus du genre noir : séduction, amour, argent,  et ses conséquences sur des êtres foncièrement solitaires.

 Dans ce récit, Serge Valetti explore ici l’étrangeté de toute existence. Gérard, un personnage inquiétant, qu’incarne avec flamboiement, David Ayala tout en rondeurs,  évoque un magnat de l’art qui s’emploie à rendre hommage à un ami volontairement suicidé à quarante ans, à l’âge exact de la mort de sa propre mère.

 Fabrication de guirlandes festives, avec virées commerciales en voiture, quête de belles amoureuses, et argent qui coule à flots, bref, la vie de Gérard résonne ici de rêves merveilleux… Et pourtant, il y a chez lui, comme un sentiment de solitude et de malheur ancré.

 Pour mettre en scène un projet de création cinématographique et de théâtre dans le théâtre avec mise en abyme vertigineuse, ce concepteur mélancolique fait appel à un acteur, Armand, joué avec distance et humour par Nicolas Rappo, et à une actrice, La Fille, que joue la glamour Joséphine Garreau, entre passé et présent, images anciennes et vignettes tendance. Tous trois mettent en place le spectacle, entre doutes, hésitations, choix artistiques, donnant à voir la magie de toute création collective.

Coups de colère et instants de joie se suivent jusqu’à atteindre la chute finale.Et, au fil des répétitions, vies personnelles et vies fictives inventées s’entremêlent, et les comédiens ne savent plus distinguer leur personnage réel de leur  fantôme. L’enquête policière installe les morceaux du puzzle d’une vie fascinante : dialogues sur le théâtre et sur la vie, photos et musiques- souvenirs, larmes et poésie.

Un spectacle remarquablement élaboré, et très bien joué, avec verres de whisky à gogo, et costume de lin blanc et panama pour  David Ayala! Le public ne boude pas son plaisir, devant le bel engagement des comédiens…

 Véronique Hotte

 Théâtre 11. Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail (ex-Flunch),  jusqu’au 28 juillet à 13h45.

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