La Dame de chez Maxim… ou presque!de Georges Feydeau/Jacques Offenbach

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

 

La Dame de chez Maxim… ou presque! de Georges Feydeau/Jacques Offenbach, adaptation de Marie-Claire Utz et Vincent Goethals, mise en scène de Vincent Goethals, direction musicale de Gabriel Mattei

 On retrouve ici la dimension loufoque, triviale et farcesque, de la célèbre pièce: lors  d’une nuit de beuverie, le docteur Petypon, bourgeois caricatural, a ramené dans le lit  conjugal, la Môme Crevette, danseuse au Moulin Rouge: facéties et galipettes garanties. Bref, une fête absurde avec des personnages aux réactions dues à un stress insensé et à une sensibilité exacerbée, où ils  sont en proie à la démesure et à une perte de leurs repères. Surtout ce mari infidèle et hypocrite dont les mensonges vont le trahir.

Coups de colère et de théâtre, quiproquos et miroirs aux alouettes: le public assiste émerveillé au jeu plutôt lourd des hommes, dès que la sexualité s’en mêle; ici tout est bafoué: identité sociale, notabilité et liens amicaux ou familiaux. Un soi égoïste s’impose, qu’il faut sortir des embarras…Le docteur Petypon (Frédéric Cherboeuf) se tire de façon incroyable de sa très mauvaise affaire en cours, mais après bien des péripéties ; il saute par-dessus les chaises, se cache sous un sofa s’alarme et vocifère, tenant de main de maître tous les liens qui font avancer les chevaux emballés de la voiture de poste.

A ses côtés, Valérie Dablemont est une Môme Crevette nature, provocatrice et sensuelle, rieuse et libérée au possible. Une très jeune personne dévergondée qui prend grand plaisir à se moquer de tous ces mâles aussi peu adroits dont certains ne se renient pas et assument l’insulte, comme un Général caricatural, oncle de Petypon, qu’interprète avec beaucoup de gouaille Marc Schapira.

 L’épouse de Petypon ( Mélanie Moussay) que tous  couvrent de sarcasmes, garde un sourire serein et une constance que  rien ne vient bousculer. La cantatrice radieuse assure le travail vocal de tous les interprètes pour les airs et les chansons de Jacques Offenbach, accompagnés par une petit orchestre:  violoncelle, accordéon, contrebasse, violon, flûte et contrebasse que dirige Gabriel Mattei en abbé taquin aux airs nigauds de Fernandel.

 Belle scénographie qui sert au mieux  le chœur  de ces bourgeois, ici de bons comédiens amateurs, pour  un mariage grotesque en Touraine. Ils boivent leurs coupe de champagne, habillés  de costumes de province désuets, qu’il soient serviteurs raides, officiers et civils  peu dégrossis ou dames  en quête à la fois d’amour et de Paris. La scène flaubertienne vaut vraiment le coup d’œil, et les metteurs en scène offrent au public ravi une forêt de Bussang exceptionnelle de vérité puisque bien réelle, (photo ci-dessus), avec son  son hêtre centenaire, dans une belle mise en abyme qui relie le théâtre à la nature dans un rire moqueur.

Véronique Hotte

Spectacle vu aux Estivales 2017,  du 14 juillet au 26 août.
Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang. T : +33 (0)3 29 61 62 47 – info@theatredupeuple.com

 


Archive pour 6 août, 2017

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas

 

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas,  de Steve Gagnon, mise en scène de Vincent Goethals

 Vincent Goethals choisit l’épure de la modernité, via la chorégraphie de Louise Hakim. Des châssis  transparents montent et descendent, s’ouvrent ou se ferment, alors que l’on distingue à peine en théâtre d’ombres,  le guitariste Bernard Vallery qui assure l’environnement sonore : angoisse presque palpable.

 Des lits au design blanc, parallèles, dont la configuration varie, baignoire ou bien table, meublent le plateau nu animé par les lumières subtiles de Philippe Catalano.Les personnages de ce huis-clos sulfureux, tous à la fois victimes et bourreaux dans cette histoire tragique de famille, sont incarnés avec vérité par Sébastien Amblard, Violette Chauveau, Lyndsay Ginepri, Aurélien Labruyère et Marion Lambert.

 L’histoire n’est pas tant celle du Britannicus de Racine que d’une famille traditionnelle où  deux frères s’aiment et se jalousent de tout temps, jusqu’au jour où l’un éprouve un désir infernal pour la femme de l’autre.La mère évidemment n’est pas pour rien dans cette rivalité entre les deux frères que seule, elle voudrait posséder mais qui, à la fin, lui échapperont en la détruisant.Tension, sentiment d’oppression, impossibilité de dénouement heureux, il y a ici un poids émotionnel qui envahit scène et salle. Comment en effet échapper à l’inéluctable et à l’irréparable de conflits qui ne se dominent pas,  pour cause d’immaturité, d’absence de raisonnement et de laisser-aller de soi ?

 Un moment de théâtre âcre tenu par la belle tension des objets obscurs du désir.


Véronique Hotte

©Jean-Jacques Utz

©Jean-Jacques Utz

Petit Bisou, un spectacle de Arnault Mougenot, est écrit à partir des témoignages de ceux qui font le spectacle : régisseurs, éclairagistes, costumières, maquilleuses, responsables de la billetterie, de la production… On assiste à hauteur du regard, aux allées et venues des protagonistes, techniciens et autres installés sur un radeau en lattes de bois. Avec des Des silhouettes apparaissant puis disparaissant en dessous de leur radeau de survie ou derrière, incarnant nombre de professionnels du théâtre.

 Coups de fil avec petit bisou, chuchotements, discours de panique ou de stress: le public se fait le réceptacle des angoisses des techniciens et personnels de théâtre mais aussi des doutes, rumeurs, médisances, souffrances et harcèlements.Tous se plaignent mais ne s’en sentent pas moins des êtres les plus heureux de la terre à travailler au service du théâtre, au plus près de la création et des artistes, construisant collectivement et pas à pas une œuvre humaine et artistique à venir.

 Valérie Dablemont et Solo Gomez s’amusent de ce jeu de théâtre dans le théâtre, l’une plus inquiète et fébrile, et l’autre, plus paisible et ironique, changeant de costume et de coiffure, mimant tel partenaire ou tel autre, incarnant la fatigue ou la colère, mais retournant travailler en dépit de tout, dans ce beau sérail.Un spectacle sincère qui joue malicieusement avec les codes du théâtre.

 Véronique Hotte

 
Estivales 2017 au Théâtre du Peuple de Bussang, du 14 juillet au 27 août.

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