Le Cercle des utopistes anonymes d’Eugène Durif

 

Festival d’Avignon : suite et fin…

 

Le Cercle des utopistes anonymes d’Eugène Durif, mise en scène de Jean-Louis Hourdin

 IMG_0850Le calme règne dans la petite salle de la Maison de la Poésie. Le public aussi est paisible, presque sérieux. Est-ce dû au thème de la pièce : comment dans nos sociétés consuméristes et matérialistes, recevoir et penser l’utopie ? Le mot latin -qui vient d’Utopia (1516) de Thomas More, écrivain anglais (1478-1535) et il n’existe pas de terme équivalent en grec ancien-, est construit avec les mots ou et topos, « lieu qui n’existe pas », ou avec eu et topos, « lieu heureux »…

En compagnie d’Eugène, un poète-philosophe, de Stéphanie, une jeune comédienne idéaliste, et de Pierre, musicien désabusé (les noms des personnages sont ceux des acteurs), le public va partager un moment festif, mais aussi philosophique et  poétique sur la question de l’utopie.

Scénographie sobre, réduite au minimum : une table, une chaise, des caisses en bois qui feront office de tabouret ou de podium, et, à cour, un piano, sans oublier un rideau rouge bien sûr ! Dans ce spectacle théâtral et musical, il s’agit d’aller à l’essentiel du thème. Eugène (Eugène Durif), dès son entrée en scène, nous y invite. Il s’assoit à la table et regarde la salle avec un air posé mais insistant et malicieux.

 Brusquement, alors que tout semble propice à une réflexion concentrée autour de l’utopie, débarque Stéphanie. Dans une sorte de prologue, ambiance théâtre de boulevard,  la jeune femme va mettre fin au duo artistique et «pépère » d’Eugène et Pierre. Désormais ils seront trois!

Pierre à Eugène : « 
-Ce qu’elle fait là, elle? C’est qui.  -Stéphanie ! lui répond Eugène, elle est dans le spectacle !
(il présente) Stéphanie, Pierre, Pierre, Stéphanie… (…)
- On aurait pu me prévenir… – Si je suis de trop, là, je peux, déclare Stéphanie. – Nous en reparlerons, Pierre, là, il y a du monde qui nous regarde, nous attend et NOUS ENTEND. »

Ici, au rythme des chansons, de la musique et de la danse aussi, l’humour côtoie la finesse de l’esprit, la question politique et celle de la liberté. Pour le plus grand enchantement du public, ce trio haut en couleur n’a pas peur des mots, des paradoxes, ni des idées dérangeantes qui en disent long ! « -Eugène : Préférons les énigmes aux certitudes,
 les spasmes des slogans aux phrases bien construites, les pieds de nez, les pieds de nique aux langues de bois. » Qu’on se le dise, l’utopie est donc bien vivante mais aussi nécessaire ! 

Dans cette mise en scène sans paillettes ni effets, place avant tout au langage, aux mots, à leurs jeux et à la pensée, leur fidèle amie ou ennemie : « -Eugène : (…) Que les mots vous viennent à la bouche, vous viennent justes…Vous serez portée et transportée par une parole qui vous dépasse et vous transcende… LA PAROLE, quoi ».

Eugène Durif et Jean-Louis Hourdin ont le goût et le sens du paradoxe, de la plaisanterie, des anecdotes savoureuses, de la poésie, pour notre plus grand plaisir. Parfois sous forme de citations ou de proverbes : -«Plus on pédale moins fort, moins, on avance plus vite…» aime à rappeler Eugène, en citant son grand-père. Ou, bien encore : « Pierre, n’oubliez pas, quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt… » (Confucius)…

On voyage, direction l’utopie, à travers le temps, avec les poètes et philosophes de l’imaginaire: Rutebeuf, Rabelais, Thomas More, Charles Fourrier à propos de «Son nouveau monde amoureux », mais aussi Nietzsche : « Il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile dansante », Hölderlin, Guy Debord….

 Le timbre de voix d’Eugène, tout en douceur, avec une pointe d’ironie de temps à autre, son corps bonhomme et rond, la féminité et le charme rieur de Stéphanie, l’air blasé mais attachant de Pierre donnent au spectacle une vivacité et une dimension théâtrale à l’utopie étonnante, très instructive, et si drôle ! Hilarante la séquence des chansons, ou bien encore, celle de « Quoi l’amour ».

Autre qualité historique et politique, de ce texte : celle de faire (re)entendre, découvrir mai 68 par les jeunes générations, avec un regard à la fois nostalgique mais aussi sans détours: « -Pierre : Ouvrez les yeux, fermez la télé…c’était un slogan autrefois dans les manifs…. Là, on a tous chopé un écran dans les yeux, la seule fenêtre qui soit ouverte en non-stop… ». «-Eugène :
 En même temps, « vivre sans temps mort, jouir sans entraves », un des mots d’ordre de 68 est devenu l’idéal hédoniste de cette nouvelle bourgeoisie de gauche (celle qui cite si facilement Guy Debord ou Raoul Vaneigem…).
 Les escrocs de l’âme, ces ex de tout, se sont hâtés de pactiser au mieux de leurs intérêts avec ce vieux monde qu’ils rêvaient d’anéantir ! »

Un des spectacles forts du off cette année. Au sortir de la salle, le soleil d’Avignon resplendit comme un écho magnifique à ce moment théâtral gorgé de rêves, d’espoirs, déçus ou à venir. Mais à poursuivre coûte que coûte, et pour cause, « Eugène : – Non, Pierre, L’utopie, c’est l’avenir en mieux… dit un élève de troisième pro du lycée Edouard Vaillant de Saint-Julien, et j’approuve absolument ».   

Elisabeth Naud

Spectacle vu à la Maison de la Poésie d’Avignon.


Archive pour 10 août, 2017

For ever Fortune par Les Musiciens de Saint-Julien

©DR

©DR

 

Festival Interceltique de Lorient

 

For ever Fortune par Les Musiciens de Saint-Julien

Musiques, poèmes et chansons du XVIII ème siècle baroque écossais, l’instrumentarium rare des Musiciens de Saint-Julien  imposent sa splendeur à un public ébloui. La flûte, à bec et  traversière est ici à l’honneur, avec violoncelle, viole de gambe, mandoline et harpe baroque aux cordes de métal ou de boyau mais aussi, comme en majesté picturale, les musettes, les small pipes (cornemuses écossaises) du chercheur et flûtiste inspiré François Lazarevitch.

 Les Musiciens de Saint-Julien jouent avec des copies d’instruments d’époque; ils ont une fraîcheur musicale très intuitive, à l’écoute des sensibilités atemporelles qui émeuvent pareillement, au fil des siècles. Ce groupe de chambre baroque déploie une virtuosité au service de la redécouverte mémorielle de pratiques populaires et de fonds musicaux. Avec, comme matériau de réflexion, des partitions retrouvées grâce à la transmission écrite ou orale.

Univers acoustique en soi, ce répertoire écossais est joué à la mode du XVIII ème siècle. Les Musiciens de Saint-Julien ont représenté la Bretagne au Festival Interceltique de Lorient, s’amusant de  « reels  » et de gigues, suites et contredanses – menuets, gavottes et autres pavanes – à un rythme lent ou enjoué, et le chanteur  fait résonner  la stridence d’une voix puissante qu’il contrôle parfaitement, au service du seul poème.

Un instant rare et précieux  sur les chemins baroque d’un dix-huitième siècle écossais vif et inventif, les compositions datant du début, du milieu ou de la fin de cette époque, collectées et éditées (souvent sur le fonds Oswald). Quand il joue avec des  small pipes, le maître du jeu François Lazarevitch avoue la timidité qui l’envahit à jouer ainsi devant un public composé aussi de pipers très talentueux,  écossais, irlandais, gallois et bretons, à Lorient.

Le spectacle s’achève sur des airs classiques et traditionnels baroques irlandais dont la cadence n’a rien à envier à ceux de l’Ecosse. Et le charme ne s’épuise jamais à l’écoute de ces musiques profondes, alertes ou lentes,  vives ou contemplatives, proches s’il est possible de tant de perfection.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Palais des Congrès de Lorient, le 8 août.

Livres et revues

Livres et revues

Ennemis de sang d’Arkas, traduction du grec en français de Dimitris Filias

  La renommée d’Arkas est plutôt attachée au grand succès  qu’ont les  bandes dessinées de cet écrivain grec qui donne une véritable spiritualité à ses personnages mais aussi une bonne dose de théâtralité. Après tout, la B.D. peut combiner une information avec un message concret. Arkas met aussi l’accent sur un paradoxe: il y a, pour lui, un besoin impérieux de porter à la lumière du jour, les vices de nos sociétés occidentales, hypocrites et imbues d’implicites absurdes.

 Dans Ennemis de sang, sa première pièce écrite en 2007, les trois personnages appartiennent à «cet autre monde», comme dirait Rabelais, qu’est l’homme comme entité entière : notre corps  avec ses organes consommateurs d’énergie, suivant leur fonction, représente un vaste territoire d’affinités qui conduisent à la profondeur de l’Etre où l’on cherche à voir les amis de sang.

Selon l’écrivain et dessinateur, l’entente entre tous les organes  assure son harmonie et son bon fonctionnement. Arkas, par le biais de sa thématique, en apparence singulière, nous montre les grandes similitudes entre matière charnelle et matière spirituelle, mais aussi et surtout entre l’organisme humain et la société civilisée qui, selon lui, manque de cohérence. Comme faisant partie de la norme, le rapprochement de différents «services» obéit à un pouvoir central, qui fait juste un faible effort pour collaborer au profit de tous.

Ennemis de sang montre les conflits entre ces personnages que sont ici l’Intestin grêle, le Gros intestin et le Rein droit. L’esprit de dispute qui règne dans le corps, reflète surtout cette mauvaise entente qui conduit à la catastrophe finale de la communauté, ne serait-ce qu’au niveau de la coexistence de tous nos organes. Et à partir de ce microcosme, l’auteur veut nous signifier le malaise qui accable les macro-structures de l’humanité.

Le passage du texte grec au français par Dimitris Filias, professeur de traduction littéraire de l’Université Ionienne) a été difficile; Arkas passe en effet du réalisme langagier aux tournures excessives, en parodiant les mots et en les forçant à dépasser leur statut informationnel et sentimental. Dimitris Filias, est arrivé ainsi à traduire, avec une exactitude exquise l’apparat du paradoxal mais aussi les compromis du mot «masqué »,  fondement de la parodie.

      C’est le problème posé par tout essai de traduction de la langue grecque dans une autre qui n’a aucun rapport avec elle. Mais il a le mérite d’être efficace dans un ensemble d’un baroque aussi «réalistique» que plein d’humour.

 Nektarios-Georgios Konstantinidis

Editions Grigoris, Athènes (98 pages).

 

 Le Festival mondial du théâtre de Nancy-une utopie théâtrale 1963-1983, un récit écrit et documenté par Jean-Pierre Thibaudat

©Pierre Chaussat

©Pierre Chaussat

 De 1963 à 1983, le Festival mondial du théâtre de Nancy, créé par Jack Lang, a bouleversé le paysage. Exemple exceptionnel du théâtre universitaire en Europe dans les années soixante, ce Festival devint rapidement mondial et professionnel, et Jack Lang parcourut la planète pour faire venir à Nancy les nouveaux talents étrangers.  La France découvre ainsi le Teatro Campesino, le Bread and Puppet, les théâtres de Bob Wilson, Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski, les chorégraphies de Pina Bausch, Shuji Terayama, Kazuo Öno, la Cuadra de Séville, le Teatro Comuna de Lisbonne et l’auteur et metteur en scène brésilien Augusto Boal.

 Durant ces vingt ans marqués par les guerres, dictatures, coups d’état mais aussi par les événements de mai 68, les subventions restent modestes, mais de nombreux bénévoles dévoués et enthousiastes s’engagent au service du Festival qui devint un foyer de théâtre protestataire, un laboratoire de l’utopie où s’inventent des formes dramatiques nouvelles, et où on remet en question la trop grande suprématie du texte.

 Jean-Pierre Thibaudat, à la fois attentif au monde et sensible aux soubresauts divers du Festival, a écrit un livre truffé d’archives et de documents qui porte en exergue les mots de l’actrice Valérie Lang : «C’est le Festival de Nancy qui m’a constituée… La nouveauté permanente… Toute la ville était envahie par l’idée du théâtre.» Sur la couverture, une photo du Bread and Puppet Theatre en 1968, place Stanislas à Nancy, où on peut reconnaître dans le public des figures majeures du monde théâtral:  Denis Bablet, Antoine Vitez, Jacques Blanc, Bernard Dort, Françoise Kourilsky, Jean-Jacques Hocquart.

D’autres photos éloquentes arrêtent le regard comme celles de Gilles Sandier, critique dramatique, et de metteurs en scène: Jacques Nichet, Jerzy Grotowski, Patrice Chéreau. Mais il y a aussi celles du Regard du sourd de Bob Wilson, des dessins de Tadeusz Kantor pour La Poule d’eau, une création singulière où Jean-Pierre Léonardini, dans L’Humanité, voyait «une illusion théâtrale à la fois minée et battue en brèche. Les voix usent d’intonations-déchets et les corps d’attitudes-clichés prises dans la vie quotidienne. »

 L’ouvrage amuse l’œil et l’esprit avec un choix d’informations politiques et culturelles sur les événements majeurs de l’Histoire. Jean-Pierre Thibaudat affronte le monde avec le sourire implicite.  1964,  deuxième année du festival : «La France reconnaît la Chine populaire ; Jean-Paul Sartre refuse le prix Nobel de littérature ; le Parti communiste français pleure Maurice Thorez ; André Malraux fait entrer Jean Moulin au Panthéon ; Pierre Bourdieu et André Passeron publient Les Héritiers ; à Nancy, le Festival devient mondial, on parle pour la première fois de création collective, le Mexique triomphe,  et un homme aux lunettes noires venu de Pologne (Jerzy Grotowski) intrigue tout le monde. »

 En 1977, le festival de Nancy a déjà 15 ans, l’âge de la contestation, et Jean-Pierre Thibaudat souligne que cela a été l’année du  «Manifeste de la Charte 77 à Prague signé par des centaines de dissidents dont Vaclav Havel ; dernier voyage de l’Orient-Express ; dernier guillotiné ; Valéry Giscard d’Estaing inaugure le Centre Geroges Pompidou ; à Nancy, c’est le choc de La Classe morte de Tadeusz Kantor ; François Mitterrand et Mme Allende ouvrent les assises Europe-Amérique latine sur fond de dictatures ; le Festival est traversé de turbulences. »

 De 1963 à 1972, Jack Lang dirigera le Festival pour laisser la place, quand il est nommé directeur du Théâtre National de Chaillot en 1973, à Lev Bogdan, passionné de théâtre et sensible aux questions sociales et aux minorités, de gauche donc, mais plus taiseux que Jack Lang… Mais 1974 sera une année de transition sans Festival ; il sera dirigé à nouveau par Jack Lang. Michel Guy, secrétaire d’Etat à la Culture, a en effet mis fin à son contrat à Chaillot, malgré la protestation des milieux culturels.

 Lev Bogdan est associé à la direction du festival, et en 1975, en restera le seul directeur. Puis,  ce sera, de 1976 à 1977, Michelle Kokosowski, puis Lev Bogdan de nouveau en 1979 . « Alors que « Rouhollah Moussavi Khomeini revient à Téhéran et impose le tchador aux femmes ; chute de Pol Pot au Cambodge ; Margaret Thatcher devient la Dame de fer ; les troupes soviétiques entrent en Afghanistan ; Bernard Hinault gagne encore le Tour de France ; ouverture du premier McDonald’s à Strasbourg ; François MItterrand triomphe au congrès du parti socialiste à Metz ; Jack Lang devient son conseiller à l’Action culturelle ; à Nancy , le Festival a lieu pour la première fois à Noël, et le Bread and Puppet est venue des Etats-Unis là parmi d’autres pour célébrer la Nativité, et les artistes se déploient en Lorraine, y compris dans les villages. »

Mais en 1980, dit Jean-Pierre Thibaudat, malgré les« dernières grandes découvertes à Nancy, tels que les chorégraphies de Kazuo Öno, Café Müller de Pina Bausch et Macunaïma, le festival est au bord du gouffre financier, et Lev Bogdan démissionne. » Françoise Kourilsky reprendra les rênes en 1981 puis Mira Trailovic en 1983, mais le Festival se meurt en 1985. Onze ans plus tard à Nancy, un autre festival: Passages réveillera avec bonheur l’écho toujours présent de cette défunte fête mondiale du théâtre.

 Est évoqué aussi le Centre Universitaire International de Formation et de Recherche Dramatique (CUIFERD), successivement dirigé par Jean-Marie Villégier, Jean-Marie Patte, Michelle Kokosovski, Serge Ouaknine et Ricardo Basualdo. Revenons, pour conclure à la création de ce festival international de théâtre étudiant qui  fit l’effet d’une  bombe dans cette ville bourgeoise et conservatrice. De plus, ce jeune Nancéien de Jack Lang ne cache pas son engagement à gauche et le premier festival s’ouvrira le 24 avril 1963, avec Caligula d’Albert Camus, au Grand Théâtre, place Stanislas. Avec dans le rôle-titre, Jack Lang déclamant : «Oui. Enfin ! Mais je ne suis pas fou et même je n’ai jamais été aussi raisonnable. Simplement, je me suis senti tout d’un coup un besoin d’impossible. (Un temps.) Les choses, telles qu’elles sont, ne me semblent pas satisfaisantes. »

 Ce livre sur l’utopie théâtrale entre 1963 et 1983 que fut le festival de Nancy nous  offre une très utile plongée politico-culturelle ; ces deux décennies inventives changèrent la face conformiste d’un théâtre français obligé de s’ouvrir…

 Véronique Hotte

 Les Solitaires Intempestifs, 23 €.

Pour en finir avec le théâtre de Jean-Luc Jeener

 L’auteur est à la fois connu pour être critique dramatique mais aussi comédien,  metteur en scène et directeur du Théâtre du Nord-Ouest à Paris. Dans ce petit essai au titre provocateur, il se livre à une sorte de règlement de compte avec le théâtre contemporain, à qui il reproche, et cela dès la seconde page de l’introduction, de manquer d’incarnation, reproche qu’il déclinera sous une forme ou une autre, quelque cent cinquante fois!

Il y a parfois chez lui comme une saine colère contre des formes de théâtre qu’il juge peu abouties. En particulier, contre les aventures qui tiennent davantage de la recherche. Il l’avoue lui-même: “Ce n’est pas ma tasse de thé.” Oui, mais voilà, Jean-Luc Jeener tire un peu trop sur tout ce qui bouge et souvent, sans assez de discernement. Quitte à commettre des erreurs: Antoine Vitez ne fut jamais directeur du Conservatoire mais professeur. Et s’il semble apprécier l’artiste, il déteste cordialement ses mises en scène.  Comprenne qui pourra…

De même, Jean-Luc Jeener s’en prend au théâtre antique qui, selon lui “reste antique malgré les fulgurances?” Et il avoue préférer l’Antigone de Jean Anouilh qui n’est quand même pas un chef-d’œuvre, à celle de Sophocle! Tous aux abris! Et pas un mot sur Eschyle! Vous avez dit bizarre?  Et il semble assez obsédé jusqu’au bout par cette idée d »incarnation » des personnages qui lui semble être un indispensable antidote à la médiocrité de nombreuses mises en scène et “à l’unité véritable d”un peuple”.

Et il ajoute même: “ essentiel à la Cité”. On veut bien… mais il semble avoir quelque mal à le démontrer, autrement que par des rafales d’exorcismes contre le manque d’incarnation.


Ses grandes références restent les personnages classiques qu’il admire: Célimène, Bérénice, Alceste, Ruy Blas, etc. comme s’il refusait avec obstination de voir que le théâtre français depuis cinquante ans, a considérablement évolué, sous l’influence, entre autres, de Bob Wilson, Tadeusz  Kantor, etc. Et on ne peut guère partager son pessimisme, entre autres quand il parle des solos: il en est d’excellents, et rappelons-le, ils ont toujours fait partie de l’univers théâtral.

Plus lucides sont les pages qu’il consacre aux stéréotypes actuels comme l’emploi injustifié de la vidéo sur scène, et à l’intervention de l’Etat qui, après André Malraux, a rarement fait preuve de courage et de lucidité. On l’a encore vu  le mois dernier, quand la Ministre de la Culture a dû rattraper en catastrophe la belle gaffe de Régine Hatchondo, directrice des spectacles (voir Le Théâtre du Blog)…
Par ailleurs, Jean-Luc Jeener aurait dû faire plus attention: il écrit souvent un peu trop vite et truffe son texte de nombreux et inutiles adverbes de manière, et estropie des noms propres sans état d’âme. Visiblement, ce texte  n’a pas été relu… Dommage.

Un livre-coup de gueule qui, malgré l’indéniable engagement de son auteur, nous a laissé un peu  sur notre faim.

Philippe du Vignal

 Editions  Atlande

 

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