Festival Interceltique de Lorient : Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

 

Festival Interceltique de Lorient

(C)Claire Huteau

(C)Claire Huteau

Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

Edité en 1921, Ar en Deulin (A genoux) du poète breton Yann-Ber Calloc’h est un recueil de poèmes mystiques qui a trait à une terre et à une langue-celles de la Bretagne, mais aussi à une foi chrétienne et à l’attirance de la mort. L’ouvrage paraît grâce aux soins amicaux de Pierre Mocaër auquel l’auteur avait confié depuis le front en 1915, un manuscrit de trente poèmes qu’il  pria de le publier, si, jamais par malheur, il n’était plus en mesure de le faire.

L’intuition du poète devenu soldat s’est révélée cruellement juste! Né sur l’Ile de Groix en 1888, il tombe le 10 avril 1917 à Urvillers, dans l’Aisne. Son recueil comprend le célèbre poème Me zo ganet e kreiz ar mor (Je suis né au milieu de la mer), chanté sur une mélodie fameuse de Jef Le Penven. Poème repris ici par le chanteur et musicologue Yann-Fanch Kemener, au cours d’Ar en Deulin, un spectacle créé pour le centenaire de la mort de Yann-Ber Calloc’h, et qui a été commandé par l’association Amzer Nevez qui promeut la culture bretonne.

Il est accompagné par Erwann Thobie à l’accordéon diatonique, et Heikki Bourgault à la guitare, soit deux générations pour la musique bretonne. A l’honneur, le kan ha diskan, chant à répondre, avec tuilage spécifique du Centre-Bretagne où la voix dialogue entre mélodies et harmonies des deux instruments. Bleimor (loup de mer, requin) est le nom de barde de Yann-Ber Calloc’h, attentif à son île de Groix comme à la mer en général, et à la dure condition des marins pêcheurs appauvris et qui meurent en mer, tel son père : «Maître, écrit-il, quand il s’adresse au Créateur de toutes choses, pourquoi livres-tu à la disparition tragique, les plus modestes et les plus durs des travailleurs ?… »

La mer et ses sortilèges, richesses des fonds et catastrophes des disparitions, colères des vagues, vents forts, tempêtes et rochers amers, produit des résonances et correspondances sonores du bruit significatif de la fureur de la guerre. Horizon immédiat du travailleur de la mer, et ligne bleu horizon du Front: la situation dramatique est comparable : vie et mort, combat pour la survie et sauvegarde des familles avec épouses et enfants laissés sur le rivage.

Et si le poète s’exprime d’abord en français, il choisit ensuite  la breton pour se livrer. Paysages de terre et de mer, souvenirs  sous la lumière de l’été dans les champs de blé: il évoque ici l’imaginaire profus et libre d’une littérature existentielle, à la fois sombre et lumineuse, mélancolique et tournée vers la vie.

Un bateau de pêcheur avec sa voile levée, sert d’écran aux images projetées de femmes et enfants de marins qui retrouvent le pêcheur parti depuis longtemps. Silences et musiques, chants et poèmes déclamés, l’attachement à la terre bretonne et aux êtres se révèle des plus profonds et des plus vrais mais aussi des plus poétiques…

La statue de Yann-Ber Calloc’h sur l’ile de Groix s’élève majestueusement, et son image clôt le spectacle, entre musique et poésie, correspondances musicales et sentiment intime.
Yann-Fanch Kemener se met «à genoux» « Ar en Deulin », dans une belle et humble pose sur la terre des hommes, avec un regard fier et attentif  sur l’infini du rêve.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Palais des Congrès, le 10 août.


Archive pour 11 août, 2017

Festival Interceltique de Lorient : Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

 

Festival Interceltique de Lorient

(C)Claire Huteau

(C)Claire Huteau

Ar en Deulin de Yann-Fanch Kemener et son trio

Edité en 1921, Ar en Deulin (A genoux) du poète breton Yann-Ber Calloc’h est un recueil de poèmes mystiques qui a trait à une terre et à une langue-celles de la Bretagne, mais aussi à une foi chrétienne et à l’attirance de la mort. L’ouvrage paraît grâce aux soins amicaux de Pierre Mocaër auquel l’auteur avait confié depuis le front en 1915, un manuscrit de trente poèmes qu’il  pria de le publier, si, jamais par malheur, il n’était plus en mesure de le faire.

L’intuition du poète devenu soldat s’est révélée cruellement juste! Né sur l’Ile de Groix en 1888, il tombe le 10 avril 1917 à Urvillers, dans l’Aisne. Son recueil comprend le célèbre poème Me zo ganet e kreiz ar mor (Je suis né au milieu de la mer), chanté sur une mélodie fameuse de Jef Le Penven. Poème repris ici par le chanteur et musicologue Yann-Fanch Kemener, au cours d’Ar en Deulin, un spectacle créé pour le centenaire de la mort de Yann-Ber Calloc’h, et qui a été commandé par l’association Amzer Nevez qui promeut la culture bretonne.

Il est accompagné par Erwann Thobie à l’accordéon diatonique, et Heikki Bourgault à la guitare, soit deux générations pour la musique bretonne. A l’honneur, le kan ha diskan, chant à répondre, avec tuilage spécifique du Centre-Bretagne où la voix dialogue entre mélodies et harmonies des deux instruments. Bleimor (loup de mer, requin) est le nom de barde de Yann-Ber Calloc’h, attentif à son île de Groix comme à la mer en général, et à la dure condition des marins pêcheurs appauvris et qui meurent en mer, tel son père : «Maître, écrit-il, quand il s’adresse au Créateur de toutes choses, pourquoi livres-tu à la disparition tragique, les plus modestes et les plus durs des travailleurs ?… »

La mer et ses sortilèges, richesses des fonds et catastrophes des disparitions, colères des vagues, vents forts, tempêtes et rochers amers, produit des résonances et correspondances sonores du bruit significatif de la fureur de la guerre. Horizon immédiat du travailleur de la mer, et ligne bleu horizon du Front: la situation dramatique est comparable : vie et mort, combat pour la survie et sauvegarde des familles avec épouses et enfants laissés sur le rivage.

Et si le poète s’exprime d’abord en français, il choisit ensuite  la breton pour se livrer. Paysages de terre et de mer, souvenirs  sous la lumière de l’été dans les champs de blé: il évoque ici l’imaginaire profus et libre d’une littérature existentielle, à la fois sombre et lumineuse, mélancolique et tournée vers la vie.

Un bateau de pêcheur avec sa voile levée, sert d’écran aux images projetées de femmes et enfants de marins qui retrouvent le pêcheur parti depuis longtemps. Silences et musiques, chants et poèmes déclamés, l’attachement à la terre bretonne et aux êtres se révèle des plus profonds et des plus vrais mais aussi des plus poétiques…

La statue de Yann-Ber Calloc’h sur l’ile de Groix s’élève majestueusement, et son image clôt le spectacle, entre musique et poésie, correspondances musicales et sentiment intime.
Yann-Fanch Kemener se met «à genoux» « Ar en Deulin », dans une belle et humble pose sur la terre des hommes, avec un regard fier et attentif  sur l’infini du rêve.

Véronique Hotte

Spectacle vu au Palais des Congrès, le 10 août.

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